‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 105 sur 126 · INDUSTRIE DES FOURMIS · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DES FOURMIS

A eeHé des abeilles et organisée eôifitne la leur; elle se fkmtpose aussi de trois espèces d'individus: des mâles, des femelles et dés neutres ou des ouvrières; toutes tt^availlent d'un commun accord à l'édification des souterrains destinés à la eoBsertation des petits^ à la demeute de tous et à la garde des provisions. On aperçoit souvent dans Tété, des fourmis tradnant avec effort de petits objets qui ressemblent à un grain de blé et que beaucoup de personnes ont pris pour un de leurs œufs; niais c'est là une erreur contre laquelle Bonnet met en garde les jeunes (rt)servateurs. Cet œuf prétendu est la coque dans laquelle s'enveloppe le petit ter sorti de l'œuf. Les femelles des fourmis pondent de petits œufs, lisses, blanchâtres, oblongs, desquels il éclôt des vers à tête écailleuse, sans jambes, toujours roulés sur eux-mêmes et qui ne changent presque jamais de place. Ces vers se filent une coque de soie blanche dans laquelle ils subissent leur métamorphose. Ce sont ces coques, prises sou* vent pour des œufs, que les fourmis transportent pour les exposer à l'air et à la lumière, et sur lesquelles elles veillétrt avec un soin extrême. On les voit remplies de sollicitude pour ces coques qui renferment l'espoir de leur cité; elles en éloignent tout danger et s'il est nécessaire elles les défendent avec courage. Leur intrépidité est si grande que l'on a vti, dit notre naturaliste , une fourmi partagée par le milieu du corps transporter encore l'un après l'autre dix de ses nourrissons p«ir les mettre en sûreté. Les fourmis se réunissent en troupe et marchent en ordre pour se rendre où les ap* peilent les besoins de la communauté. Comme les chenilles, elles forment de longues processions qui semblent se diriger avec une parfaite connaissance d'un côté ou d'autre; ces insectes répandent une odeur particulière ipë a du rapport avec celle du musc et produite par l'acide formique qu'elles contiennent; peut-être cette odeur joue-t-elle un rôle dans

la manière dont elles se dirigent et dont elles parvieanM à suivre les traces les unes des autres. Cest là une cQ^jeor ture hasardée par Bonnet et qui paraît fondée.

On a élevé jusqu'à l'idéal la prévoyance des fourmis. On a prétendu Jiju'elles se construisaient des magasins dans lesquels elles disposaient à l'avance leurs provisions pour l'hiver; ij y a de l'inexactitMde dans ce récit; les merveilles de la nature sont déjà entourées d'assez de poésie pour que nous n'ayons pas besoin d'y ajouter celles de notre imagination. Cet usage prétendu de l'instinct des fourmis paraît, si nous en croyons Bonnet et après lui des naturalistes mo^ demes , démenti par des observations exactes. Les petits objets que ces insectes portent de côté et d'autre avec tant de soin et de sollicitude ne sont point des provisions, mais des matériaux de construction qu'ils destinent à leurs habitations souterraines; ils savent employer toute espèce d'objet, paille, bois, graines, débris de toutes sortes; de Geer fut lui-même trompé à ce sujet, et il en écrivit à Héaumur pour lui exprimer ses doutes au sujet de ce qu'il avait vu. Le naturaliste français lui répondit par des faits et établit solidement que les fourmis ne ramassent point de provisions, mais seulement des matériaux. Ce qui achève de le démontrer, c'est que ces insebtes restent engourdis et immobiles comme les marmottes pendant la durée de l'hiver. A quoi dès lors pourraient servir les provisions, et pourquoi ce besoin de ramasser tant de choses sans aucun résultat*?

A ces détails sur les mœurs des fourmis, peu connus sans doute des personnes qui ne s'occupent'pas spécialement de l'étude de la nature, ajoutons-en quelques autres non moins curieux et tirés également de la Contemplation de li| nature.

* Conumpiation, Xl« partie, chap. xxu.

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