‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 107 sur 126 · ANIMAUX INFÉRIEURS, COQUILLAGES · texte numérisé non relu

ANIMAUX INFÉRIEURS, COQUILLAGES

est rettfermé dans cette espèce de bourse qui , attachée au rocher par la base^ semble immobile ; au sommet du cône est une ouverture que Tanimal ouvre et ferme à son grè. Par cette ouverture supérieure, il fait sortir à son gré centcînquante cornes charnues semblables à celles des limaçons, de petits! jets d'eau sortent de ces cornes, qu'il contracte ou allonge à volonté. S'il veut se porter d'un côté, il fait couler sa liqueur dans les cornes placées de ce côté, les enÔe, raccourcrt et vide celles du côté opposé, qui, venant s'appuyer eontre la base du cône, servent à le reporter en avant. Tous les muscles ou toutes les cornes du côté placé en avant étant remplies, toutes celles situées en arrière étant vides, le corps entier penche et se porte sur un point, et voilà un mouvement de progression achevé. Si l'ortie veut marcher autrement, elle se renverse, met la base de son cône en haut; les cornes deviennent alors des pieds ou pattes, et l'ortie transformée en une espèce d'araignée se met à marcher à la manière de ces insectes en se cramponnant aux rochers. Les coquillages et les mollusques de mer possèdent aussi leur industrie. Une espèce de crustacé, du genre des pagures, celui que l'on connaît vulgairemetit sous le nom de Bernard l'ermite, parce qu'il vit presque toujours seul, n'a point de coquille et va se loger dans celles d'autres mollusques qu'il trouve abandoimées. Ce fiiit , successivement étudié par Aldrovande , Fabricius , Llnnée, a été contesté par Swammerdam. Il a été établi cependant par les naturalistes modernes qui ont vu que le pagure ne fournit pas les sécrétions nécessaires pour former la substance de la coquille. La sèche , mollusque de mer , armée de longues pattes qu'elle étend à volonté, possède une arme ou plutôt une défense qui ne ressemble à aucune de celles que nous connaissons; lorsqu'elle se voit poursuivie par un ennemi dangereux^ elle laisse échapper une sorte

d'encre ou de liqueur noirâtre qui trouble Teau et lui permet de s'échapper au milieu de ce nuage de nouvelle espèce. Cette substance^ qui, séchée, devient une poudre impalpable et nous sert dans Tindustrie pour fabriquer de l'encre de chine ou de la sépia, se trouve contenue dans une vessie placée dans le ventre de Tanimal et que celui-ci ouvre suivant sa volonté, ou, suivant d'autres naturalistes, involon* tairement lorsqu'il est pressé par le danger*.

Nous avons assez longtemps suivi l'auteur de la Contemplation de la nature dans sa description des merveilles de la zoologie et de l'industrie des animaux, et cependant nous n'avons fait qu'indiquer les traits les plus saillants de ce grand ouvrage et les choisir sur un très-grand nombre. 11 nous reste à extraire quelques-unes des idées de Bonnet sur l'instinct et l'intelligence.

Définir et expliquer l'instinct , cette faculté merveilleuse dont le Créateur a doué Tanimal, a toujours été une sérieuse difficulté pour tous les philosophes et les métaphysiciens. Si Bonnet n'a pas entièrement soulevé le voile dont se couvre la nature, au moins est-il certain qu'il a parfaite* ment classé et défini les facultés diverses qui servent par leur réunion et leur accord à composer ce précieux don accordé aux êtres animés. Si nous ne pouvons pénétrer absolument l'essence de cette faculté merveilleuse, nous pouvons du moins en séparant tous les éléments qui ne lui appartiennent pas immédiatement, spécifier la classe de phénomènes intellectuels qui la constituent. Or l'instinct n'est pas l'intelligence, ni la raison ; l'intelligence, faculté suprême qui isole l'homme du reste de la création, en le plaçant dans une sphère bien plus élevée, c'est là le signe qui le rapproche de la Divinité, le feu sacré qui l'élève, le

' (^onlemplationt XII*' partie, ch. xxvii.

RÉFLEXIONS SUR L*fNSTINGT. 281

grandit et a fait exprimer sa véritable nature par ces deui beaux vers du poëte de Tantiquité :

Os bominî sublime dédit, cœlamque tueri. jQssit et erectos ad sidéra tollere vultus * .

La raison est la faculté par laquelle nous pensons^ et nous répétons l'acte de la pensée en le reportant vers un but. Il est bien certain que l'animal ne possède ni l'un ni l'autre de ces deux moyens de connaître / et dans tous les cas, s'il lés possédait^ ce ne serait que dans des conditions très-imparfaites et dans un degré inférieur à l'homme; il y a donc là une barrière insurmontable placée entre l'homme et les animaux. Le plus simple emploi du bon sens et de la ré« flexion suffit pour réfuter les esprits trop positif^^ qui, sous prétexte de combattre ce qu'ils appellent unô métaphysique aveugle, repoussent l'emploi de la véritable logique sans la^ quelle il n*est pourtant point de véritable science d'observation.

Descartes s'est évidemment trompé lorsqu'il a supposé que lès animaux n'étaient autre chose que des machines organisées semblables à des automates ; ce grand homme fut dans cette occasion entraîné par l'esprit de système et méconnut le caractère réel de Tanimalité; aujourd'hui nous ne pourrions penser à soutenir une pareille hypothèse sans démentir tpus les faits scientifiques universellement reconnus et acceptés. Il faut nécessairement, pour apprécier justement les choses, admettre que si les animaux n'ont pas en partage la raison, ils ont certainement l'instinct qui sert à les guider et la mémoire qui leur retrace l'image de tous les actes passés. On ne peut refuser d'accorder de la mémoire au chien ou à tout autre animal même placé dans une échelle

• > OVtd«, Méiamtrphoft».

28t CHAPITRE TREIZIÈME.

intérieure, qui ayaat reçu dans un endroit de la nourriture de la main d'une personne ne manquera pas de se représenter le laotdemain à la même heure pour en recevoir de nouveau. Le poisson, animal doué de peu d'intelligence, manifeste, à n'en pas douter, le même genre de mémoire; comment donc ne pas admettre ces deux éléments : voilà rintelligènce des animaux; ils naissent avec elle ^ et cette intelUgence se développe par le concours iles circonstances. • La société de Thomme et même celle des animaux contribue beaucoup à augmenter et à perfectionner l'instinct de ceux-ci. Bonnet le fait observer ayec raison et il l'expli» que avec sa saga^é habituelle. La nature en donnant à certains anin\aux le besoin de vivre ensemble pour s'assister mutuellement, conune les castors, les fourmis; les abeilles, leur donne en même temps l'obligation d'employer leurs facultés aux travaux qui doivent alimenter et soutenir la communauté; que la communauté vienne à se dissoudre, l'animal est réduit à ses propres forces, le stimulant disparaît, les chefs-d'œuvre de son industrie disparaissent avec lui. C'est que l'auteur de la nature avait donné à l'abeille et au castor leur instinct pour l'exercer d'une certaine manière appropriée à un certain but; si le but n'est pas atteint, les forces qui s'y dirigeaient n'ont plus déraison pour s'employer et l'animal est détourné de la route qu'il semblait créé pour suivre; peu à peu ses facultés cessant de s^employer et de converger, pour ainsi dire, vers une fin déter* minée, cessent aussi de s'exercer et se perdent entièrement. Ce qui sépare essentiellement l'instinct de l'intelligence et de la raison, c'est ce que Bonnet appelle avec véi;ité la notion; avoir des notions, c'est connaître; et pour connaître, il faut réfléchir; or, la réflexion proprement dite est dans les animaux les plus parfaits infiniment bornée. Qui a jamais parlé de la réflexion d'un chien ou d'un poiçaoA? Ce qui donne

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