‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 109 sur 126 · BONNET SOUTIENT L* AFFIRMATIVE · texte numérisé non relu

BONNET SOUTIENT L* AFFIRMATIVE

« qu^elles n'existaient alors qu'en âmes sensitives ou ania males^ douées de perceptions et de sentiments^ mais desa tituées de raison^ et qu'elles sont demeurées dans cet état iL jusqu'au temps de la génération de l'homme à qui elles « devaient 'appartenir, mais qu'alors elles ont reçu la rai- « son, soit qu'il y ait un moyen naturel d'élever une âme a sensitive au degré d'âme raisonnable (ce que j'ai de la a peine à concevoir) , soit que Dieu ait donné la raison à «c cette âme par une opération particulière, ou, si vous vou- « lez, par une espèce de transcréation. Ce qui est d'autant « plus, aisé à admettre que la Révélation enseigne beau^ a coup d'autres opérations immédiates de Dieu sur nos « âmes ^ j)

Bonnet, s*appuyant sur cette hypothèse, présentée dans uD des ouvrages les plus élevés du grand philosophe du dix-huitième siècle, fait voir qu'elle s'accorde avec son hypothèse de l'emboîtement des germes enfermés les uns dans les autres. Une forte probabilité vient encore se joindre à cette conjecture d^ailleurs si soutenable, c'est que, comme l'avait lui-même enseigné Leibnitz, la nature ne fait rien ni sans raison suffisante ni autrement que par voie de gradation ou de succession. Ainsi> par exemple, quoi de plus différent de l'âme de l'homme que celle de l'enfant qui vient de naître. Elle existe cependant, mais à l'état réellement embryonnaire. Tant que les organes sont encore d'une faiblesse extrême, comme dans l'enfant dans le sein de sa mère, l'âme n'a que des sensations faibles, confuses, passagères, elle en éprouve successivement de plus vives, de plus claires, de plus durables, à mesure que les organes se Ibrtiûent. Ces sensations deviennent aussi plus élevées à mesure que l'éducation et l'expérience développent de nou-

» Théodicée de Leibnilz, § 91 — Bonncl, Paling., par!. VII, ch, V.

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Telles notions. Quelle àiorme différence! Si rhomrae peut passer, dit Bonnet^ de l'état si inférieur de simple animal à l'état si élevé d'être intelligent^ pourquoi des n^yens semblables et analogues ne pourraient-Us élever un jour la brute à la spbère de l'homme ? Mais qui peut nous prouver, dira-t-on^ que l'âme des animaux, en supposant qu'il y ea ait une, doive ressusciter un jour? Ce n'est là qu'une con^ jeeture. C'est vrai, répond Bonnet y ce n'est là qu'une conjecture ; mais excepté les vérités fondamental^ que Dieu a révélées à l'homme et inculquées dans son cœur; excepté les vérités que le sens intime nous démontre, combien d'autres ne sont que des conjectures? En examinant les bornes de nos faibles connaissances, combien sont étroites les limites dans lesquelles nous les voyons renfermées^ et combien il paraît ensuite peu logique de mipposer que^ parce qu'une chose ne nous est pas connue ou ne nous paraît pas claire j^ ou parce qu'elle ne s'accorde pas avec l'idée que nous nous sommes faite du système du monde , elle ne puisse exister. Ainsi nous nous permettrions d'assigner des bornes à la sagesse du Tout-Puissant, et nous lui dirions : « Tu n'iras pas plus loin ! » Voyez comme nous sommes dans l'erreur lorsque noiis disons : « Telle chose ne se fera jamais, » ou « On ne pourra jamais aller là, » ou « On ne fera jamais telle découverte. » Vient un homme patient dans ses efforts ou plus ingénieux que ses devanciers^ il réussit mieux qu'eux, et voilà le problème qui devait afrêter les progrès de l'esprit humain résolu. Ne prétendons donc pas dire : les animaux ne ressusciteront pas, parce que nous ne pouvons allier cette idée avec nos idées déjà établies, mais disons plutôt : il est extrêmement probable » d'après toutes les analogies^ que les animaux ressusciteront; Dieu ne fait rien en vain ; il n'aura pas créé ces admirables organisations qui nous étonnent par leur industrie et par leurs trayaux

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pour les détruire inévitablement. Gela est d'autant moins probable qu'il leur a donné non-seulement des instincts merveilleux ^ mais encore des sentiments dignes d'être rapprochés de ceux dé Tfaomme^ tels que Tamour pour leur progéniture, pour leur compagne, la fidélité, le déyouemçDt, la reconnaissance; il n'y a aucune probabilité que s Cartouche et Néron doivent ressusciter, le chien qui meurt de chagrin sur le tombeau de son maître ne ressuscite aussi dans la mesure des facultés dans lesquelles la Divinité a circonscrit son être ^.

Cela est d'autant plus probable que nous devons apercevoir par un examen attentif que Thomme , sorti ded mains de Dieu et placé sur la terre comme le premier, des êtres , n'est pas pour cela le seul pour qui elle ait été créée. Nous y avons le premier rang par le droit de l'intelligence, mais il ne s'ensuit pas que tout ait été fait uniquement pour nous. Chaque être créé y possède également sa place, et les analogies démontrent que chacun d'eux doit également y trouver l'accomplissement de sa destinée et de ses besoins. Il est donc certain que nous n'avons aucune raison de nous réserver à nous seuls l'avantage d'une autre vie, pas plus que celui de jouir seuls des biens réservés à toutes les créatures de Dieu.

Enfin cette hypothèse ne nuit en aucune manière à la dignité de Thomme ; elle ne l'assimile point pour cela aux animaux, mais elle lui réserve sa place dans la création, met chaque être à son rang, établit ain$i la hiérarchie des substances créées et agrandit par cela même le plan de la Providence. Loin donc de favoriser le matérialisme, ce système repose sur la réalité des choses, sur le principe de l'immortalité de l'âme; il sert à démontrer, comme la suite de cet

* Voy. Palingénésie, XU« partie.

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ouvrage va rétablir victorieusement, l'existence de la Divinité, l'existence et la destinée future de l'âme et la communication directe par laquelle Dieu a, daigné se faire connaître à l'homme et lui annoncer sa destinée. Au reste. Bonnet donne en plus de vingt endroits des preuves directes de Timmortalité de l'âme et s'attache à réfuter l'opinion contraire K Seulenient nous croyons que Bonnet se hâte trop d'afûrmer quand il prétend, en invoquant les lois de l'analogie, que les animaux vont en se perflfectionnant, et qu'il assigne même des caractères positifs à ce perfectionnement. Ainsi, d'après ce raisonnement purement hypothétique , le tigre , le lion , le vautour, dans l'état futur qui leur serait réservé, dépouilleraient leurs instincts de férocité et deviendraient des êtres doués de passions douces et paisibles. Ce sont là des conjectures qui appartiennent plus au domaine de la poésie qu'à celui de la véritable logique. Mais si l'homme est impuis* sant dans ses moyens de connaître , s'il est placé au sein d'une création immense et dont il ne connaît qu'une bienfaible partie, c'est qu'il n'a pu contribuer en rien à la formation de cet univers dont les lois sont bien au-dessus de ses faibles lumières. Qui donc les a faites ces lois? Celui qui, lui-même, a formé l'homme. Il existe un être néceanire, puisque tous les autres êtres peuvent être supprimés par la pensée, celui-là seul est nécessaire qui a formé tous les autres, celui-là seul existe réellement, parce que sans lui rien n'existerait. Ici Bonnet, d*a<îcord avec Aristote, Descartes, Leibnitz, Malebranche, démontre l'existence d'un être,. et même de l'Être nécessaire, avec une force de conviction et une solidité de raisonnement qui n'a jamais été égalée dans les ouvrages d'aucun philosophe moderne. Rien de plus habilement déduit, de mieux enchaîné, rien de plus

' Palingénésie^ part. XI V, ch. v.

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