‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 110 sur 126 · EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE DIEU

satisfaisant pour Tintelligence la plus rebelle i la conyiction^ nulle part Bonnet ne s*est nkontré aussi grand philosophe ni aussi éloquent écrivain K

* Vne classe de philosophes qui s'attache à supprimer Dieu de l'univers comme un élément inutile^ a souvent essayé de tromper les bons esprits en soutenant que l'univers avait pu être de toute éternité et que la matière existait par elle-même et en vertu de sa propre essence. Bonnet s'est attaché ici à faire ressortir l'absurdité d'un pareil système, et son argumentation est aussi solide que les expressions en sont claires et précises. La matière, disent ces philosophes, s'est faite elle-même, elle est en mouvement de toute éternité, et ce mouvement a lieu suivant certaines lois qvi ont toujours été les mêmes. Mais l'auteur de la Palingénésie se charge de leur répondre. Comment d'abord concevoir des lois assez constantes pour maintenir l'harmonie de l'univers sans qu'elles aient été faites par une puissance supérieure à elles-mêmes? On répond à cela que ces lois peuvent exister par cela seul que le mouvement, dès l'origine des choses, a été essentiel à la matière, mais c'est là une idée vague qui ne repose sur rien. D'abord nous ne connaissons sans doute pas l'existence de la matière en elle-même, mais nous savons à n'en pas douter que le mouvement ne peut être essentiel à ce que nous appelons corps, parce que, s'il était tel, le repos serait contradictoire à leur état; tous les corps seraient donc nécessairement et par euxmêmes en mouvement , tandis que les principes du bon sens d'abord, et ensuite ceux de la géométrie et de la statique, joints à notre expérience de tous les jours, démontrent que tous les corps sont par eux-mêmes parfaitement inertes et par conséquent incapables de mouvement. La

' P.irlic XVII«, ch. n.

matière prise en général est donc inerte > paâftte^ ei dUe a du recetoir son mouvement d'un premier moteur. On pourra peut-être dire que ce repos est apparent^ mais Alon c'est donc que nos sens peuvent nous tromper^ et cemrne ndus ne sommes assurés de Teusteuce du mouvement que par k témoignage de ces mêmes sens /il en résulterait que bous ne pourrions être assurés ni du repos ni du rooutemc^t^ et de la sorte nous ne pourrions être assurés de rien GoâvencOM donc qu'envisagée sous ce point de vue, la^aUère ne peut être rêtre nécessaire^ et qu'il en existe un autre indépendant et au-dessus d'elle.

Voici une autre preuve de Timpossibilité d'admettre que la matière agisse par elle-même.

Tout mouvement a nécessairement une certaine direction et un certain degré de vitesse, car il n'existe pas de naouvement en général, comme il n'existe pas de corps en géaéral. Or s'il est essentiel à la matière d'être en mouvement^ il ne Test pas d'avoir tel mouvement plutôt que tel antre, car elle est susceptible d'une infinité de directions diverses^ et elle peut être également mue dans tous les sens. L'essence de la matière ne renferme donc pas la raison de la création et du mouvement actuel dés choses créées; car si ce mouvement avait sa raison dans l'essence de la matière, il y aurait contradiction qu'elle pût être mue suivant une autre direction et avec un autre degré de vitesse que celui qu'elle possède actuellement. Mais cette direction et cette vitesse ne sont que des effets, et ces effets doivent avoir une cause^ autrement il faudrait admettre des effets sans cause, ou bien que le néant pût produire quelque chose. Donc si cette direction et cette vitesse n'ont pas leur raison dans la matière elle-même , il faut nécessairement que cette raison existe hors de la matière et dans un premier moteur ^

> Partie XVII«, ch. ii.

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