DISCUSSION AVEC MOSÈS MENDELSSOHN
Une autre correspondance fut moins agréable à Bonnet/ ce fut celle qui s'engagea entre le savant juif Mendelssohn et lui, à propos d'une traduction des Recherches sur le christianisme.
Lavater, connu par ses trafvàux sur la physionomie humaine, était en même temps un grand admirateur de Bonnet. Il traduisit en allemand les Recherches sur le christianisme, du philosophe genevois, et par un zèle estimable, mais imprudent pour la religion , il n'imagina nen de mieux que d'envoyer cet ouvrage, accompagné d'une dédicace, au savant professeur israélite, le sommant ou de le réfuter victorieusement, ou, s'il ne le pouvait, de se faire inmiédiatement chrétien. Cette étrange manière de travailler à une conversion eut le succès que l'on devait en attendre, c'est-à-dire que Mendelssohn fut choqué au dernier point de cette démarche, et répondit à Lavater sur le ton de la dignité blessée. Bonnet se plaignit à son tour à Lavater de son imprudence, en lui adressant la lettre suivante (1770) :
« Monsieur, si vous m'aviez communiqué votre dédicace "(1 avant de l'imprimer, je vous aurais fait remarquer qu'il « n'était pas convenable de dédier à un juif un livre calculé (c uniquement pdur les incrédules nés dans le sein de l'Église. « Je vous aurais dit encore que vous pressiez trop cet estima- « ble juif ^ qu'il ne fallait pas le provoquer au combat ; que a le Palingénésiste n'avait pas provoqué au combat les incréa dules; que vous mettiez ce pauvre juif datas l'épineuse a alterfiative de réfuter ce livre ou de se convertir; que vous « l'exposiez à des désagréments de la part de ses frères « en révélant son estime pour le fondateur du christîac< nisme, etc. »
n écrit une autre fois (le 12 janvier 1770) :
tt Je vous l'avais prédit, Monsieur, que cette imprudente « dédicace vous causerait du chagrin, et certes il n'était pas
a besoin d'être inspiré pour le prévoir. Je compte bien que « ceci TOUS apprendra à tous déOer de votre zèle trop ardent « pour le Paiingénésiste. Relisez vos lettres, si vous les avez a encore, et vous verrez combien j'insistais auprès de vous a sur l'importance dont il était pour la cause que nous déa fendons de ne vanter point mes recherches auprès de ceux « qui professent une autre reh'gipn ou une autre philoce Sophie.
« Je ne vous ai jamais dit à mon gré toute la surprise et « tout le chagrin que me cause cette dédicace à l'estimable « Mosès. Comment s'est-il trouvé à Zurich une seule tête « qui ait pu vous le conseiller ? était-ce ainsi qu'on pouvait « faire goûter la vérité à un juif instruit? Je vous l'écrivais « alors, c'était provoquer au combat contre moi. Et puis, « avais-je calculé nos recherches pour les juifs? Je brise a là-dessus. On ferait un volume de réflexions sur un pareil « sujet, et la triste expérience que vous venez de faire vous « vaut un gros in-folio de réflexions et de regrets.
« Quoique la lettre de M. Mosès ne soit pas un billet « doux pour le Paiingénésiste, il vous dira néanmoins avec « sa franchise ordinaire qu'autant votre dédicace lui avait a déplu, autant cette lettre de M. Mosès lui plaît. Il y ad- « mire la sagesse, la modération et l'habileté du célèbre « fils d'Abraham. Il faudra qu'il sache de moi-même que je « n*ai jamais eu la prétention de penser qu'un Juif philo- « sophe qui ne s'est pas converti à la Voix forte et majes- « tueuse d'un Abbadie se convertirait à la faible j(à\ d'un (( Bonnet. Si vous m'eussiez moins exalté auprès de ce savant « juif, peut-être aurait- il porté un jugement plus favorable <K de mon travail. Je suis infiniment éloigné de me choquer <K de son jugement, il lui aura paru vrai, et vos éloges trop « exclusifs l'y auront affermi. Je ne puis , mon cher Mon- « sieur, vous donner aucun conseil dans une affaire dont je