‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 113 sur 126 · LETTRE DE BONNET A MOSÈS MENDELSSOHN · texte numérisé non relu

LETTRE DE BONNET A MOSÈS MENDELSSOHN

« sans fortement toute la délicatesse, et que j'aurais tâché « de vous épargner si vous eussiez jugé à pro{K)8 de me « communiquer votre dédicace avant de la remettre à l'im- « primeur. Je craindrais^ en vous donnant quelque conseil, « de n'être pas aussi prudent que Le très-prudent Mosès, « mais je suis bien sûr de ne vous faire courir aucun risque « en vous disant qu'à votre place j'avouerais publiquement, « franchement et promptement mon tort, et. j'éviterais « toute discussion. «>

Voici la lettre de l'auteur des Recherches sur le christianisme à liosès Mendelssohn :

« A Genthody le 12 janvier 1770.

« Si M. Lavater avait bien voulu. Monsieur, me commu- • niquer l'étrange idée de sa dédicace, j'aurais fait les plus « grands efforts pour l'en détourner : mais il ne m'a envoyé « cette dissonante pièce que lorsqu'il n'était plus temps de « m'opposer à sa publication. Je l'ai désapprouvée en en- « tier, et pour le fond et pour la forme, et je me suis hâté c( de lui en dire ma pensée avec cette franchise que je sais « très-bien qui ne déplaira jamais à cet homme estimable.

a Voici, Monsieur, la copie fidèle de ce que je lui écrivais n sur son imprudente démarche* d (Suit la copie de la lettre à Lavater.)

« Vous voyez. Monsieur, ce que je pense de votre lettre « à l'honnête diacre de Zurich ; mais ce que celle que je « lui ai écrite moi-même ne pouvait exprimer aussi forte- « ment que je le sens, c'eM combien je vous estime et vous « honore. Il y avait longtemps qu'un homme de mérite de « vos amis, et dont nous regrettons la mort prématurée, « m'avait dit tout ce que vous valiez. Je parle de M. Abbt, <» et vos excellents écrits m'ont bien confirmé la haute idée a qu'il m'avait donnée de votre caractère moral. Je n'en

308 CHAPITBE QUATORZIÈVE.

« guis donc que plus fâché d'avoir été Toocask» > quoique a très-innocente , du désagrément que le sèle mdiscret de « M.Xavater vous a fait éprouT^. 11 suffisait de toqs god- « nattre pour être eonyaîncu que â tous eoÊsHez trowfé « dans nos apologistes des ai^ments TÎetorieax^ tous vous « seriez fait un de?oir sacré d'embrasser cette doctrine que « TOUS ne rejetez encore que parce que vous ne la trouvez a pas assez solidement établie. Û suffisait aussi de connaître a mon plan et son exécution pour sentir que mon livre n'é* c( tait point adressé à la vénérable maison de Jacob ^ pour <c laquelle mon cœur ne cessera jamais de faire les vœux <c les plus vrais.

a Je désirerais fort que vos occupations vous permissent « de lire ma Palingénésie philosophique dans l'original ^ « vous jugeriez mieux de mes vues et vous reconnaîtriei a que je n'ai composé cet ouvrage que pour ces philosophes a nés dans notre Église^ qui vivent dans son sein et qui M <( déclarent la guerre. Ce n'était pas même aux généraux de u cette armée ^ devenue si nombreuse^ que je m'adressais. tf Ils ont trop vieilli dans le métier^ et leur fier amour- « propre ne me laissait pas des espérances raisonnables. Je tt ne m'adressais donc qu'aux subalternes les plus honnêtes « et dont Tesprit et le cœur pouvaient encore être éclairés « et touchés. Je pensais que si je leur rendais tant soit peu a probable la survivance de l'animal^ je les disposerais à « accorder celle de l'homme. Voilà tout le secret de ma (( petite production ; de cette production dont vous dites « qu'elle « ne paraît pas avoir le prix que M. Lavater lui « donne. » Je le dis aussi d'après vous. Monsieur, et je le ré- (( péterais encore plus fortement au public si l'occasion fexi* ta geait. J'ai reproché à M. Lavater l'excès de ses éloges trop « exclusifs. Vous ajoutez que « vpus avez lu beaucoup de « défenses de notre religion, non-seulement d'Anglais,

Page 1