‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 116 sur 126 · LETTRE DE BONNET SUR HALLER · texte numérisé non relu

LETTRE DE BONNET SUR HALLER

« je ne dissimule point. Je ne saurais penser et me rappeler « tant d'épines : c'est le tonneau de Régulus. J'avais envoyé « à un libraire de Hambourg un précis : il m'en avait fort « prié; Je ne sais pas ce qu'il en a fait. S'il l'a imprimé^ je « vous le procurerai.

« Hélas ! mon cerveau qui bientôt ne sera qu'un monceau

« de terre Je ne puis presque soutenir l'idée que tant

« d'idées accumulées par une Jongue vie doivent être péril dues^ comme le seraient les songes d'un enfant. )i

A quelque temps de Jà l'illustre Bernois n'existait plus. lifs premiers moments de la douleur de Charles Bonnet forent cruels. U perdait avec Haller un des éléments les plus précieux du bonheur. Il exprime son cuisant chagrin à son ami Trembley dans la lettre suivante '

% A M, Trembley , de la Société royale de Londres» ,

< Geothod , H novembre l'778.

a n y avait vingt-trois ans^ mon excellent ami , que je « correspondais avec M. de Haller, lorsque la mort nous a a enlevé ce grand homme (le 12 décembre 1777) si digne « de nos regrets et de ceux de tous les amis de la vérité et « de la vertu. Vous connaissez l'amitié et la confiance dont a il m'honorait et vous savez mieux que personne tout ce tt que j'ai perdu et tout ce qu'en perdait la Suisse, Genève, « les sciences, les mœurs, la religion. U voulait bien me tt faire part de ses découvertes, de ses travaux, de ses pro- « jets typographiques, de ses contestations littéraires, et « verser dans mou cœur les peines de divers genres qui afm fectaient trop souvent le sien. Je possède neuf petits voa lûmes in-4* des lettres de cet homme prodigieux que je a nommerais à bon droit un second Leibnitz^; et j'ose dire

' Ces lettres sont conservées à la BlbltoUièque de la ville de Genève.

324 CHAPITRE QUINZIÈMR.

« que c'est dans ce recueil précieux, plus encore que dans « ses écrits immortels, qu'il faut contempler son génie, son <( esprit et son cœur. 11 se plaisait à là lecture de cette pe- « tiH biographie à laquelle il m'avait engagé lui-même à « travailler ^

« Il ne voulait pas que je supprimasse aucun détail; et a vous avez vu que son amitié le portait à m'écrire un jour : « Chaque mot çuc vous écarteriez serait une perte pour « moi, » Je laissais donc courir la plume, et je m'entretec( nais avec ce respectable ami comme avec moi-même. « Aujourd'hui que la cruelle mort nous a séparés, mais non a pour toujours, à qui puis-je mieux adresser la continuait tion de ce mémoire historique qu'à vous, mon très-cher a ami , qui êtes plus encore un autre moi-même, et dont « la tendre amitié fait, depuis près de trente ans, ube des ^« plus grandes douceurs de ma vie? Je vais donc reprendre « avec vous le fil de mon histoire, et parce que je sais com- « bien vous vous y intéressez, j'entrerai avec vous dans ces tt mêmes détails que M. de Hs^ller exigeait et je Vous ouvrirai tt mon cœur comme mes portefeuilles. »

A ces mémoires d'histoire naturelle dont nous avons parlé, Charles Bonnet en ajouta cinq nouveaux sur l'histoire des abeilles; il existait alors en Lusace' une société de savants et d'agriculteurs qui s'occupait uniquement d'élever et d'étudier les abeilles. Plusieurs des membres de cette société avaient déjà publié d'intéressants écrits sur ces insectes. Parmi leurs auteurs il faut mentionner BIM. Schirach et Riem. On a déjà vu dans la Coutemplation de la nature le jugement favorable que notre naturaliste a porté sur ces deux savants. Dans ces nouveaux mémoires il répondit à leurs observations, critiqua et rectifia leurs expérien-

* La Vie de Bonnet en lettres, dont nous avons parlé plas haut. ^ Payg situé au nord de la Bohême. Ancien margravial.

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