‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 118 sur 126 · OBSERVATIONS SUR LE PIPA · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LE PIPA

sa nourriture; mais on peut aussi ajouter que la sensibilité augmente à mesure que les animaux s'élèvent dans Técheile des êtres 9 et que la faculté de reproduire les membres mutilés disparaît en même temps ^ de telle façon que dans les grands animaux la régénération des membres mutilés est absolument nulle, après avoir été très-marquée dans ceux des derniers degrés de l'échelle.

Tous ces faits furent insérés dans le Journal de physique de l'abbé Rozier, en 1777, et se trouvent compris dans le cinquième volume des œuvres complètes de Bonnet, accompagnés de planches explicatives.

Vers la même époque, Spallanzani vint rendre visite à Bonnet dans sa retraite de Genthod. Heureux de posséder dans sa cofnpâ^ie cet illustre observateur, notre philosophe s'occupa avec lui de quelques recherches d'histoire naturelle. Il avait alors dans son cabinet, parmi les curiosités quil étudiait, un crapaud de Surinam de l'espèce appelée pipa; tous deux consacrèrent quelque temps à l'examiner.

Cet animal offre une particularité singulière; la femelle porte ses" petits sur le dos, dans des espèces de cellules. Ruysch les avait vues et reconnues; mais des doutes s'étaient élevés parmi les savants sur la réalité de leur exis* tence. Allamand, professeur à l'Université de Leyde, et . dont nous avons plusieurs fois parlé, les avait aussi soupçonnées. Une dissection attentive les fit découvrir aux deux amis, et Bonnet composa à ce sujet un mémoire que l'on trouve imprimé dans le cinquième volume des œuvres, à la suite des expériences sur la salamandre , et où Thistoire de cet animal se trouve éclaircie et complètement exposée; cependant, il convient n'avoir pas tout dit et que ranatomie du pipa laisse encore des doutes à écldrcir.

Ce fut vers 1772 ou 1773, que Bonnet s'occupa de la publication de ses.œuvres, qui parurent à Neuchatel en neuf

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volumes 'mrA'*, et furent reproduites égaleomt depiMi en dix-huit volumes in-S^". Ce travail de révision fui aussi long que pénible par l'étendue des matières, et ea même temps que par la nécessité où se trouvait Tauteur^ d'ajouter ou de changer ce que lui avaient a|^ps de nouvelles découvertes. Il fallut aussi revoir et perfectionner le texte et les planches qui furent gravées avec le plus grand soin sous sa direction. Ses yeux, déjà malades depuis longtemps, souffrirent beaucoup de la peine que lui donna la correction des épreuves* Il fut ensuite obligé de faire une foule de changements et d'additions. La Contemplation de la nature, et les Considérations sur les corps organisés furent tellement corrigées et augmentées, qu'on peut leâoon* sidérer dans cette édition comme des ouvrages entière* ment nouveaux. 11 inséra aussi dans cette publication, un discours qu'il avait publié en 4775, en réponse au fameux écrit de J.-^. Rousseau sur l'Ort^tne ^ le9 fimdemmU 4$ Vinégalité parmi le$ hommes. Ce morceau littéraire , pubtii d'abord dans le Mercure de France sans nom d'auteur, contient une ampie réfutation des paradoxes du célèbre écri* vain genevois. U y fait voir que la société.loin d'être une d^énération de la nature humaine, est au contraire fondée sur l'emploi raisonné et perfectionné de ses facultés, et que la civilisation est d'autant plus développée, que l'homme fùl le plus d'usage des ressources de son intelligence. Housaeia répondit avec son esprit ordinaire, maia avec plus d'âo» quence que de logique.

En 1783, Bonnet fut élu associé étranger de rAcadénie des sciences de Paris» distinction à laquelle il fut extrêmt* ment sensible, à cause de l'importance du râle que joue ce corps savant dans l'Europe entière. Quelques années après, il fut nommé membre de l'Académie dei soiencei et des belles-lettres de Berlin.

GORRBSPONOANCE DE BONNET. S3t

(Test ici le lieu de parler de sa correspoiuknee. Ce n'était pas, en effet, l'une de ses moindres occupations. Connu dans FEurope entière^ particulièrement en France, en Allemagne et en Italie; apprécié partout ^ il recevait un grand lUHnbre de lettres et de c9nmiunications scientifiques de toute espèce; de plus, doué par excellence d'un caractère sociable» il avait beaucoup d amis et tenait à cultiver leur amitié. Çeui qui se contentent d'admirateurs n'ont qu'à jouir de leur gloire , mais ceux qui tiennent aui affec^ tions et aux sentiments du cœur^ doivent consacrer une pturtie de leur temps à entretenir des relations continuelles; car l'amitié se refroidit bientôt faute (d'aliments. Aussi , sa correspondance occMpait^lle à elle seule une grande partie de ses moments. Parmi les bommes remarquables qui en* tretenaient avec lui gn commerce de lettres^ nous citerons d'abord Héaumur^ le savant et intéressant auteur des mémoires sur rbistoire des insectes. Cette correspondance date de la jeunesse du philosophe et dès ses premières études d'histoire naturelle ^ il s'habitua à lui rendre un compte exact de ses recherches de tout genre. En 1746 , il se mit en communication avec de Geer^ le plus saviant entomo^ lo^ste de la Suède , auteur de travaux remarquables* Ce laborieux écrivain a laissé une collection de sept volumes in*4<* de recherches sur cette partie de la zoologie qui^ après avoir fait l'admiration de ses contemporains, sont encore aujourd'hui dignes d'étude et consultés avec fruit. De Geer communiquait à Charlas Bonnet la plus grande partie de ses découvertes; et Ton sait combien il a jeté de jour sur l'histoire des insectes et celle des animalcules m* croscopiques.

En 1750, il conmença une autre correspondance avec le célèbre botaniste Duhamel > une des gloires de la science française, 11 considérait beaucoup le traité du naturaliste

français , intitulé : Physique des arbres , ouvrage qui fait encore estimer aujourd'hui le nom de son auteur. H faisait aussi un très-grand cas de ses divers travaui sur Tagricultnre. En 1754^ ce fut le tour de Tillustre Haller^ un des plus grands génies de la Suisse et de TEurope^ et qui fiit pendant vingt-cinq ans Ijé d'amitié avec Bonnet. Ces deux grands esprits étaient d'ailleurs faits pour s'apprécier mutuellement , et leur amitié, fortifiée par une e^ime réciproque , fut toujours constante et sans le moindre nuage. Nous avons vu plus haut combien Bonnet fut malheureut de sa mort et quels regrets il exprima à son ami TremUey. Les lettres de ces deux hommes remarquables foqnent neuf volumes in-4* dans le recueil complet des manuscrits de Bonnet, existant à la bibliothèque de la ville de Genève. Parmi une foule considérable de sujets divers, on remarque dans ces lettres un long échange de communications sur un grand nombre de points de l'anatomie et de la physiologie.

On trouve en outre dans ce recueil une partie des idées de Haller sur la génération, on y suit beaucoup de travaux et d'essais agricoles, d'expériences faites dans les mines de Bex et de défrichements exécutés dans le canton d'Aigle, dont Haller était gouverneur; plusieurs discussions importantes sur l'anatomie, sur les fonctions des diverses parties de l'œil dans le phénomène de la vision. Sur ro(Hnion du chimiste suédois Stahl et de ses disciples sur l'action de rame dans les phénomènes physiologiques , enfin une multitude d'objets qui touchent aux diverses parties de la physique, die l'histoire, de la littérature, de la morale et de la religion.

La mort seule de Haller avait interrompu cet intéressant commerce épistolaire entre deux hommes faits pour se rapprocher et s'estimer. Haller et Bonnet se font part de leurs

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observations, de leurs découvertes et des nombreux sujets de tout genre qui pouvaient eiciter leur attention. Ils échangent leurs pensées au sujet de ce que l'histoire naturelle, la philosophie^ la religion^ la pohtique peut leur offrir de plus varié. Nous croyonscontribuer à mieux faire connaître Charles Bonnet en donnant quelques extraits de ces lettres , mais auparavant nous donnons le jugement de Tauteùr de la biographie de Haller sur ce recueil. On apercevra aisément qu'il se montre partial en faveur de son héros. « Dans « cette correspondance, dit cet écrivam, les deux amis se « font part des principaux événements de leur vie et de <c mille circonstances du momient; la même lettre traite « souvent les points les plus contrastants; d'autres fois se « livrant à une impression dominante, l'un des amis ne « suit qu'une pensée et ne s'occupe que d*une seule ques- « tion. Haller se montre plus concis que Bonnet, plus « simple dans le choix de ses expressions, plus naïf et plus c profond en même temps : sa haute sagesse et son esprit a d'observation se découvrent â propos de toute chose, mais « c'est surtout la chaleur de son âme, son humilité chré- « tienne, son incessant désir de faire le bien qu'on aime « à retrouver dans les épanchements de cette noble cor- « respondanee.

« Le naturaliste g^evois, écrivant dans sa propre langue, « est plus spirituel, plus élégant, plus ingénieux que le a grand Haller; il se livre à de fréquents développements « et n'aborde guère les sujets par sommaires, habitude « presque toujours suivie par Haller, lorsqu'il entre en « lutte avec son illustre ami sur quelqu'un des points scien- « tifiques, philosophiques ou religieux fréquemment] abor- « dés par tous deux; il argumente avec plus d'éloquence «L peut-être, il revient à la chaîne, il se complaît à bien exce pliquer son opmion; mais, comme il en anive ordinaire-

934 GHAPITiiE a^INaOÈHE.

9 ment en pareil (m, cbacua demeure de wa propre Êm. is Haller dit toujours le plu» de ^oea par le moine de pa« « rôles possibles, et s'il emploie uue comparaison, ou toale a autre ligure de rhétorique ^ c'est sous la forme la plus « naturelle et par eonséquent la plus juste. Cbes tous lee a deuK on sent Titre moral que Fpn nomme un sage, un phi* « losophe dans le bon sens de ce m<4^ »

Cette correspondance a oela de remarquable qu'elle étùt très-assidue et très^uivie, malgré les oooupalions des deu amis; tous deux y mettent le plus grand prix et prélèvent sur tous leurs autres travaux le tempa néoessaire pour y vaquer librement. Dans ces lettres» ils s'entretienneni avec amitié^ s'ouvrent leur âme» se communiquent toutes leurs pensées, leurs préoccupations, entrent dans le détail intime de leur vie privée; cependant Haller entretenait une eorrospon* dance immense avec tout ce qu'il y avait de remarquable et d'instruit en Europe >^ et Bonnet faisait de môme, mais rien ne les arrêtait et aucun sacrifice ne leur coûtait pour suivre des relations qui suQisaient imparfaitement encore à ce qu'ils eussent tous deux ardemment souhaité 2 vivre ensemble.

Les premières lettres avaient été échangées, en mars i734, à Toccasion de l'insectologie, et depuis tous deux se firent part de leurs travaux à mesure qu'ils les entreprenaient ou même qu'ils en concevaient l'idée^ Bonnet lui écrivait alors :

a Us lettres. Monsieur, dont vous m'honores, sont pour « moi une source d'mstruction ; les vérités qu'elles renfer* « ment sont d'autant plus intéressantes qu'elles tiennent à « tout ce que l'économie animale a de plus porofond, Gon* « tinuex, je vous prie, Monsieur» à réfléchir sur moi ^el«

• Vie 4'4ltêri 4ê U^lkr, 9. Uî,

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