EXTRAITS DE LA CORRESPOND ANGE AVEC HALLER
« tout te que j'ai cru voir imparfaitement démontré ^ 0 est « presque impossible qu'un esprit non prévenu * puisse mal « voir Tingt ou trente fois la même diose. Cest^ je crois^ faute <ii de répéter les mêmes obsenrations et puis en voulant les « appliquer à isoutenir un système favori, qu'on a mal ob- « s&né et qu'on observe mal encore en France aussi bien « qu'ailleurs. Il y a deux classes de savants^ il y en a qui « observent souvent sans écrire, il y en a aussi qui écrivent « sans observer. On ne saurait trop augmenter la première « de ces classes ni peut-^tre trop diminuer la sec(mde. Une a troisième est plus mauvaise encore, C'est celle qui observe « mal. y>
Ailleurs Haller dépeint le bonheur qu'il trouve dans ses essais d'agriculture et dans ses occupations à la campagne. « J'ai mille idées sur de nouvelles plantes propres à être « cultivées. J'en vais essayer une qui supporte l'bumidtté et « qui sera propre à être semée dans les marais les plus maua vais. Tout m'amuse et me platt^ et je ne sais si jamais je « me réconcilierai avec Tinutile et en vérité l'insipide lan- « gage des villes. »
« Je vous vois d'iei^ r^nd Bonnet^ au naïf récit du grand « physiologiste, transformer les marais en champs fertiles « et faire sur le terrain ce que vous avez fait dans vos admi- « râbles poëmes. Celui qui vous succédera à Roche vous « bénira de ces travaux. Votre âme sensible est faite pour « les plaisirs des champs, et, quoique vous puissiez être un « des principaux ornements des plus grandes capitales, « j'aime fort à vous entendre dire que vous aurez de la « peine à vous réconcilier avec les villes. Plus on vit et « plus on sent que les plaisirs simples sont les vrais plaisirs. « Mais l'âme perd le goût de ces plaisirs k mesure qu'elle
* 11 y a dans le texte ; « non-arguable. » ' H y a dans le texte : « dépréTenu. ■
338 CHAmRB QUOiZI^.
« ae corrompt II iiat d'an ami dm hommeff oomme toui « Têtes , 4e la rappeler à sa ^raie destmlion* Cependant, ft malgré ses charmes naturels^ la eampagoe defiendrait « elle-même insipide si Tespéraoce d'une immortalité glo* « rieuse o'embelûssait autour de nous toute la nature* Je le K répète souvent : le philosophe chrétien a la tête dans les tt cieu^ et les pieds sur la terre* »
Voici une lettre qui contint Topinion de Baller smr la langue française comparée aux autres :
a jLa langue française, dit-41, est parvenue, par la pui»* « sanee et par Tentêtement de Louis XIV^ à devemr la lan» « gue de la conversation et celle des affairesfelle a été très- « bien cultivée. La grammaire est assurée par des auteurs tt dassiquea qu'elle a fournis en grand nombre depuk un « siècle^ les synonymes sont trè»4)ien définis, sa marcbe est » simple et uniforme. Mais pour le style pittoresque ^ a poétique, cette marche même l'empêche de s'éloi^er de « la prose; elle est attachée à une uniformité d'eipressùmst a à un cercle magique dans lequel elle est renfermée* Elle « manque de sens^ ses e muets sont la plus triste voyelle « qu'on puisse imaginer* 11 y a encore des diphthongues «c trës*désagréables comme le oui, elle a négligé là valeur « prosodique des syllabes, de là elle manque de rhythme m même dans les vers. Un grand génie ne laisse pas d'en Pi tirer parti, mais le génie même ne sauront lui donner le € sonore et les inversions du latin ni les mots pompeux du (( grec et de l'allemand. Cette dernière langue est celle de « la peinture et même de la grandeur. Moins mont^yUabique \ que l'anglais, plus originale, plus sonore, et plus réguUère <4 dans sa grammaire, elle réussit très:'bien pour la poésie a sublime i elle abonde eu mots composés..* l'allemand n*est « pas tout à fait correct; ses dialectes n'ont pas un centre « commun aussi authentique que le langage de. Paria l'est