‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 121 sur 126 · CORRESPONDANCB AVEC DIVERS SAVANTS · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCB AVEC DIVERS SAVANTS

« pour h France, Il y a trop d'e muets^ trop peu d'à Icnigi « et d'o^ trop de consoimes sourdes qui revieBBent souvenir « mais sa majesté est dans la réunion de deux idées nobles a dont il compose uq seul mot^ dans des inyarsions qui ont « leur dessein marqué^ qui expriment la passion et le feu» « dwsdes images hardies qu^exolut la timidité du français. «

La deuxième partie du tome V des OBuvres complètes de Bonnet contient le recueil des lettres adressées à Spallan* sani^ Gorti^Malacame et encore quelques lettres àDuhamel ^

Toutes ces lettres traitent de sujets d'histoire naturelie.

La correspondance avec Spailansani commença en 1765. Le livre des corps organisés étant tombé ^tre les mains de Tanatomiste italien en fut Torigine* Spallanzani fut heureux de rencontrer un jeune naturaliste qui sympathisait avec ses idées et à ses vues sur le même siyet. Ils commencèrent alors un commerce épistolaire qui dura jusqu'en 1781.

Ces lettres ofOrent beaucoup d'intérêt. On y trouve une quantité de renseignements sur les sujets d'histoire naturelle qui avaient déjà occupé ces savants, avec une foule de détails sur les expériences qu'ils avaient tentées ou qu'ils faisaient alors. Ce volume renferme en outre les opinions et jugements de Bonnet sur beaucoup d'ouvrages de science dont la renommée occupait alors le public. Il donne aussi des éclaircissements et des explications sur certaines parties de ses ouvrages qui avaient encouru des critiques ^ ou qui avaient donné lieu à des remarques de la part des savants^ ses contemporains. 11 y rend compte des écrits de divers professeurs d'histoire naturelle et de plusieurs au^ teurs remarquables^ et il y parie aussi des difficultés qui s'élevaient de temps à autre entre lui, Buffon^ Réaumur et quelques autres naturalistes. Enfin il y relève les criti-

t Mtt iMXlèiM partie forme le tome VI de quelques édlttom.

qaes de Voltaire. U écrivit aussi au médecin Van Swieten qu'il eut occasion d'entretenir de l'état de ses yeux. Ce docteur est connu par d'excellents commentaires sur Boerhaave et par d'importants travaux de philosophie médicale. Bonnet le consulta en différentes occasions sur l'état de sa vue; il se plaignait d'apercevoir des filamentà qui voltigeaient sans cesse 9 et du trouble au milieu duquel il voyait les objets comme dans un brouillard. U se plaignait aussi du mal que faisait à ses yeux le tabac à priser et de ce que cependant il ne pouvait s'en pa8ser> parce que cette habitude lui procurait du sommeil. Cette observation a de quoi surprendre, car le tabac à priser a toujours passé pour un excitant , puisque beaucoup d'hommes de lettres y ont recours quand ils veulent procurer au cerveau un léger stimulant ou combattre le sommeil. Quoi qu'il en soit. Van Swieten lui fit k ce sujet des réponses pleines de raison. Il lui fit voir que le microscope, dont il avait fait un si fréquent et presque continuel usage, était la vraie cause de son mal^, et qu'il fallait avant tout un repos absolu. Quant à l'effet narcotique do tabac sur l'organisation de son client , Van Sweeten avoue qu'il lui est difficile de l'expliquer autrement que par la diversité d'influence des agents extérieurs sur les constitutions diverses; que quand on essayait de trouver la cause de la vertu des plantes, on en était au point où il fallait s'arrêter, et que toute la science renfermée dans un grand nombre de volumes était impuissante à résoudre de pareils problèmes, qu'il fallait se résigner à dire comme le candidat d'une des comédies de Molière : Opium facit dormire, qwa est in illo virtus dormiliva.

Nous avoQïi cité plus haut quelques-unes des dernières lettres qui signalent cette corre^ondance.

Bonnet écrivit encore à Mérian, philosophe et métaphysicien distingué de l'Académie de Berlin, dont nous possédons

CORRESPONDANCE AVEC tlERlAN ET LAMBBRT. 341

plusieurs ouvrages sur la philosophie^ et atec Lambert, savant universel, attaché à la même Académie, et qui travailla à la fois avec un égal génie à des ouvrages de philosophie, de mathématiques, d'astronomie, de mécanique, et à diverses autres parties des sciences exactes et morales.

Quoique Suisse de naissance, Lambert avait écrit ses ouvrages en allemand , langue à laquelle Bonnet était resté étranger, dès lors notre philosophe fut longtemps sans pouvoir se rendre compte de ces importants travaux ; enfin M. Lesage, physicien genevois, lui fit connaître quelques lettres choisies de Lambert, qui suffirent à lui donner une idée de sa philosophie, et, plus tard, il lut une traduction manuscrite de ses ouvrages. Il put alors admirer la profondeur de cet homme de génie , qui réunissait en hii-même tant de genres de connaissances si variées et qui avait eu le mérite de faire à lui-même sa propre éducation; car Lambert, fils d'un pauvre tailleur de Mulhouse, n'avait été instruit par personne et s'était élevé seul aux connaissances les plus élevées. Il eut également le plaisir de rencontrer dans les idées de ce philosophe beaucoup de rapport avec les siennes propres et de voir qu'il basait avant tout la philosophie sur de solides observations; il vit aussi que Lambert expliquait comme lui le mécanisme de la formation des idées par l'ébranlement des fibres du cerveau, hypothèse que soutenait aussi un philosophe anglais d'une grande réputation, David Hartley.

On conçoit facilement qu'avec ses dispositicms à la méditation, le besoin de contenter son imagination, toujours avide de savoir, Charles Bonnet eût préféré le séjour dé la campagne à. celui des villes. Ces motifs, et le peu de goût qu'il avait pour une vie dissipée, l'éloignèrent de Genève et lui firent préférer sa maison de campagne de Genthod, située à deux lieues de la ville.

343 CHAPITRE aUlNZIÈlUB.

Bientôt cette paisible retraite lui offrit un attrait infincible. 11 aimait à s'y occuper des menreiUes de cette nature qu'il avait si bien décrite^ il pouvait en suivre, avec tranquillité d'esprit, les phénomènes et en étudia* les lois; il évitait ainsi tous les dérangements qu'entraîne avec soi le s^ur des grandes villes. Il partageait habituellement son temps entre la composition de ses ouvrages, les soins à donner à ses expériences et la réunion de quelques amis de choix qui savaient apporter chee lui de douces distractions. Il passa de cette manière les vingt-cinq dernières années de sa vie dans sa jolie habitation de Genthod, située sur les bords du lac de Genève, dans une position extrêmement pittoresque et qui appartient aujourd'hui à M. de Larive. Cette habitation n'est pas éloignée de Fwney, la de^ nière demeure historique de Voltaire, mais nous ne voyous nulle part dans la vie du philosophe de Genève aucune preuve qu'il ait entretenu des rapports de voisinage suivis avec le patriarche de la littérature du dix^huitième siècle; nous inclinons à croire que ces rapports ont dû se réduire à une seule visite dont nous trouvons le récit dans les Mémoire^ de Bonnet. Ces deux homm^ ne pouvaient en aucune manière se convenir, rien n'était plus éloigné de l'esprit critique et sarcastique de Voltaire que l'âme sereine et candide de Bonnet, s'élevant toujours majestueusement vers la source du beau en digne élève de Leibnitz, dont Voltaire, au contraire, aimait à se moquer. Nous ne rencontrons non plus entre eux aucune trace de correspondance, les plaisanteries de l'habitant de Ferney sur le christianisme auraient d'ailleurs suffi à elles seules pour éloigner à jamais la connaissance et surtout l'amitié de son modeste et religieux voisin. •

Cet amour pour la retraite n'empêcha pas Bonnet de prendre part aux affaires de son pays. On ne le vit jamaiSi

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