DÉTAILS SUR U FIN DE BONNET^ SA MORT
sistants, c'est qu'il savait luinmême que ces Tisions n'étaient que des images sans réalité^ et il faisait inutilement de pénibles efforts pour s'en débarrasser; il disait souvent qu'il regrettait de ne point avoir auprès de lai un philosophe bon observateur pour pouvoir lui rendre compte de ces singuliers phénomènes qui nous montrent l'homme ainsi divisé en deux sujets^ l'un qui subit l'empire de la maladie et . l'autre qui semble assister à un spectacle et l'observer tranquillement.
Dans une de ces espèces de visions qui l'assiégeaient, il crut voir un de ses domestiques qui ouvrait son secrétaire et qui y prenait des papiers importants. Cette scène, qu'il croyait réelle, produisit sur lui-même une impression pénible. Mais madame Bonnet en calma les mauvais effets par une ingénieuse tromperie; lui dire toute la vérité eût été lui porter un coup funeste en lui faisant voir à quel point était parvenu le trouble de ses facultés; il valait donc mieux le lui laisser ignorer en feignant de partager son illusion. Madame, Bonnet se concerta avec le serviteur dévoué qui n'hésita pas à consentir à jouer le rôle d'un domestique infidèle. U vint trouver son maître pour s'accuser de sa faute, madame Bonnet l'annonça à son mari. « U se repent, « dit-il, oh! qu'il vienne et tout sera oublié, n Ce pieux serviteur, dont nous ignorons le nom, mérite bien qu'une action si pleine de délicat dévouement ne passe pas inaperfue.
Bonnet mourut le 20 mai 1793, au milieu de cette terrible révolution française, dont il eût certainement déploré avec amertume les funestes effets, lui qui, en aimant la liberté, ce noble fruit de l'esprit humain, ne la concevait qu'accompagnée de l'ordre et des lois qui la conservent.
A sa mort, des honneurs particuliers lui furent rendus. Tout ce qu'il y avait à Genève d'hommes éminents accompagna jusqu'à sa dernière demeure le grand pfailosoi^, le
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citoyen utile, lllluêtre écr Ivaifi, et mieux que cela, l'homme de bien que Tod Aimait et esitimait. Une inscription fut placée sur la maison où il naquit pour perpétuer sa mémoire, et un arrondissement de la ville de Genève s'appela de son nom. La société des arts plaça son buste dans la salie de ses assemblées, et celle d'histoire naturelle lui éleva un monument. On conserve aujourd'hui son portrait dans la bibliothèque de la ville. Ce portrait, parfaitement ressemblant, est en outre d'une belle exécution. On volt aussi dans cet établissement littéraire une collection d'environ soixante volumes de ses manuscrits. Ceux-ci se composent de ses œuvres imprimées, de plusieurs autres ouvragés inédits, des mémoires autobiographiques formant deux volumes dont nous avons tiré le présent ouvrage, d'environ vingt volumes de correspondance, en partie avec Bailer, en partie avec d'autres amis ou avec des membres de sa famiUe. Il y aurait sans doute un précieux parti à tirer encore de ces matériaux pour un ouvrage plus étendu que eelai-d. Quatre éloges de Bonnet ont été prononcés depuis sa mort; Ifs deux premiei^ par Saussure et Anspach ; mais, composés immédiatement après ce triste événement, ils ne contiennent que fort peu de détails sur son génie et ses travaut; un troisième par Jean Trembley, un de ses élèves, est beaucoup plus complet et. nous en avons tiré des détails précieux pour notre travail. Il en existe un quatrième, dit Ut Biographie universelle, composé par M. de Pouilly, c'est peut*être celui qui a été imprimé à Lausanne , en 1794, et dont nous nous sommes également servi , mais il ne porte point le nom de l'auteur.
Bonnet est certainement un des plus grands philosophes du dix-huitième siècle t écrivain distingué, simple dans son style, quoique sachant souvent peindre avec éloquence, toujours êlefé, parce qu'il est toujours plera de l'Idée de là