‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 15 sur 126 · XVI • INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI • INTRODUCTION

minant les figures des œuvres de Bonnet, sans lesquelles on ne pourrait presque pas se rendre compte de ses travaux. Cet art, grossier à Torigine lorsqu'on employait des planches en bois très-imparfaites et à peine dessinées, suivit aussi les progrès de Thistoire naturelle au dix-septième siècle. Plusieurs savants se montrèrent habiles dans ce genr^, où ceux qui ne le furent pas eux-mêmes s'attachèrent à employer de bons dessinateurs.

Éléazar Albin, peintre de Londres, publia, en 1731, une Ornithologie en 3 vol. in-4o, dont pQur la première fois on vit les gravures enluminées. Ce fut un progrès essentiel, puisqu'on put reconnaître avec plus d'exactitude les espèces dont jusque-là la simple gravure ne suffisait pas à faire distinguer suffisamment les détails.

Dès lors on rencontra des savants qui furent à la fois peintres, observateurs et voyageurs, et le progrès de la science y gagna considérablement. En 1680, l'Anglais Catesby, peintre et naturaliste, voyagea pendant sept ans en Amérique aux frais de la Société royale de Londres pour étudier les oiseaux du nouveau monde. Il en rapporta une Histoire naturelle de la Floride , de la Caroline et des (les de Bahama. Les figures de cet ouvrage sont bien faites, dessinées d'après nature et coloriées avec beaucoup de soin. Il fut imité et même surpassé par un autre savant, Georges Edwards, bibliothécaire du collège des médecins de Londres, qui fit paraître aussi une histoire des oiseaux en sept volumes, très-bien faite et ornée de belles gravures. Les Glanures d'histoire naturelle du même auteur (1738) contiennent aussi de belles planches au nombre de cent cinquante-deux.

Le naturaliste allemand Frisch de Sultzbach étudia également les oiseaux avec soin. Sa description de ceux de rAlleraagne en deux volumes in-folio, Berlin (1734-1768), offre ua recueil de deux cent cinquante-six planches qui ren*

INTRODUCTION. XVIÏ

ferme un grand nombre d'espèces. Les ornithologistes précédents avaient cherché principalement à représenter les oiseaux étrangers; Frisch s'attacha à ceux du centre de l'Europe, mais sa classification est défectueuse parce qu'elle manque de méthode et de précision. Il range les oiseaux dans un ordre déterminé par la forme de leur bec. Ce caractère n'a pas paru depuis assez tranché et a fait abandonner cette division.

D'autres savants s'occupèrent de branches de l'histoire naturelle non moins utiles et négligées jusque-là. Lister (i 638-1 711), contemporain de Jean Ray, entreprit de le suppléer pour les parties dont il n'avait pu s'occuper. Nous devons à son zèle un grand et utile travail sur les coquilles et sur les mollusques sur lesquels Jean Ray n'avait rien laissé. L'ouvrage de Lister, dit Cuvier dans son Histoire des sciences naturelles, à laquelle nous empruntons une grande partie de ces détails, est devenu classique et a servi de base à ceux que l'on a publiés depuis. 11 se compose de tableaux synoptiques et le nombre des planches est de mille cinquante-neuf.

Vallisneri, né à Modène, eu 1661 , mort en 1730, fut un de ceux auxquels la science dut le plus au dix-septième siècle. Grand observateur, il étudia Tinsectologie et publia un traité intitulé : Expériences sur les mœurs et Vorigine de quelques insectes. On le verra souvent cité dans les œuvres de Bonnet qui rapporte et discute ses opinions. 11 s'occupa avec succès des phénomènes de la reproduction et écrivit un traité Sur la génération de Vhomme et des ani-maux; il combattit dans cet ouvrage l'opinion des naturalistes partisans du système des générations spontanées et démontra la fausseté de cette opinion. En même temps, il en développa une autre à laquelle se rattacha le système de Bonnet; c'est celle de la préexistence des germes; il admettait que chaque germe d'un être vivant eu contenait un

XVIII INTBODCCTION.

autre qui en contenait lui-même un troisième, et ainsi de suite jusqu'à la fin des temps. Nous retrouverons cette hypothèse lorsque nous parlerons des considérations sur les corps organisés de Charles Bonnet.

Il faut aussi compter parmi les hommes utiles de la science ceux qui furent les fondateurs de la géologie, science inconnue au moyen âge, où l'on se contentait de commenter les passages de la Genèse qui indiquaient la création de la terre et la révolution causée par le déluge. Burnet, Anglais, publia des éléments de géologie sous le titre de : Théorie sacrée de la terre, en 1680. Whiston, mathématicien et théologien anglais, publia une Nouvelle théorie de la terre^ 1696. Woodward donna, en 1695, un Essai sur V histoire naturelle de la terre et des corps qu'elle contient. Leibnitz, dont^ comnie on sait, les connaissances étaient universelles, donna aussi dans un petit Mémoire intitulé : Protogea, ou Origine dû globe, des idées remarquables par leur justesse et dignes de servir de point de départ à une science de la géologie et en particulier aux observations de Bufîon dans sa Théorie de la terre.

Nous ne pouvons entrer dans la vie de Bonnet sans dire quelque chose d'une invention dont l'application continuelle à l'étude de la nature produisit des effets extrêmement remarquables et à laquelle on n'a cessé de faire des perfectionnements qui se continuent encore aujourd'hui. Nous voulons parler de l'invention du microscope, instrument d'où sont nées des découvertes si importantes qu'elles ont profondément modifié la marche des sciences naturelles. Ses applications ont été innombrables et de tous les instants. 11 n'est pas facile de signaler exactement l'auteur ni la date de l'invention de ce précieux moyen d'observation. Selon certains écrivains, et en particulier suivant Cuvier, au quatrième volume de son Histoire des sciences naturelles, le

Page 1