TRAVAUX ET LECTURES SUR L HIST. NATURELLE
3* Un armoire sur une très-petite araignée qui livrait combat à une autre très-grosse pour s'emparer d'une mouche prise daps la toile de la première. La petite araignée ruait des pattes de derrière comme un cheval et mettait en fuite la grosse par cette singulière manœuvre ;
4® Sur de petites chenilles qui se contruisent des nids suspendus que Bonnet appela pour les caractériser, Nids en pendeloques. Ces nids sont attachés aux branches des arbres ^ et les cheuilles y demeurent pendant l'hiver^ renfermées dans de petites coques de soie ;
5^ Sur une chenille qui construisait adroitement une coque avec de petits jnorceaux de papier que Bonnet lui avait donnés et qu'il avait découpés et préparés lui-même^;
6^ Sur de petites chenilles qui mangeaient la coquille des œufs qu'elles venaient de produire^ et qui ensuite allaient ronger celle des œufs de leurs compagnes tandis qu'elles y étaient encore renfermées, et les aidaient ainsi à venir au jour;
7« Sur la chenille à corne du saule, et sur l'art admirable avec lequel elle se construit une coque avec de petits fragments qu'elle sait détacher du bois sec et lier avec une sorte de colle. Bonnet donna l'histoire complète de cette chenille dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences de Paris {Mémoires des savants étrangers, tome II) et prouva que cette chenille produit un véritable acide très-actif , renfermé dans une petite vessie placée sous l'œsophage, et probablement destiné à fournir au papillon un moyen de ramollir la colle de sa coque, et de se pratiquer une ouverture pour en sortir. 11 établissait ainsi que Boerhaave se trompait en affirmant que les animaux ne conte-
' Voy. Observations sur les insectes ^ I«' volume des Œuvres complètes.
14 CRAPITRB PREMIER.
•aient pas de rentable acide hors de ee qii*OB appelait les première» Toiee.
Bofln il y joignit mir diverses parties de l'aBatomie des chenilles et des fénnnis et sur la dorure de leurs chrysalides.
Lorsque Bonnet se livrait à ces intéressantes rechercbes il terminait son cours de philosophie, l'histoire naturelle n'était encore pour lui qu'une distraction. Cependant vini le moment où il fallut se choisir une carrière, et son père, supposant que cet enthousiasme Juvénile pour les teautés de la nature pourrait bien n^être que passager^ le destinait à là carrière du barreau. Le Jeune naturaliste^ éloigné par goût des pridcipes positife et un peu arides du droit, ne se résigna qu'avec peine à suivre les volontés paternelles. 11 le fit cependant et même avec une certaine conscience, mais sans abandonner ses chères études. Il mena dès lorsf de front le droit naturel qu'il étudia dans Burlamaqui , le droit romain et les lectures qu'il faisait sur diverses parties de l'hi»' toire naturelle. Mais le droit romain le rebuta profondément, car, disait-il, je le trouve semblable à l'hydre de Lerne, et Je succombe sous cet amas de décisions isolées et souvent contradictoires. Quoique généralement peu disposé à l'étude de la jurisprudence, il lut quelques ouvrages avec moins de répugnance; entre autres Heineocius qu'il trouva plus clair et plus logique que les autres maîtres de cette science. Mais au milieu de ces travaux de commande qui lui déplaisaient essentiellement, il ne cessait de chercher partout le spectacle de l'univers qui seul avait le pouvoir de captiver sa jeune et déjà puissante imagination >.
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OBSERVATIONS SDR LES PnCERONS. 1&
ObserYations sur les pucerons. — Résumé de quelques faits de leur histoire. «— Lettre de Réaumur à Bonnet au sujet de ses recherches sur les paee> roBs, 1740* — * ObiemtioM sur les Yen d'eau douce à foecasioa d« la découverte des Polypes Usité pas Trembley en 1741* — Lettre de Réau« mur au sujet de ces expériences. — Lettre de Cramer sur le même sujet, 1741. — Nduv^ oorrespoadancA avec RéauBwr, 1743. — ObserratioBt sur Im eha»iUfi« «i les papiUons»
Ce fut au mois de mars 17iO que Bonnet se fit connaîtra par un de ses travaux les plus remarquables et qui fut réellement une découverte capable à elle seule de lui assurer un pom dans rhistoire de la science. Il n'avait encore que dix-^sept ans, et les recherches de Réaumur dirigées avec tant d'habileté sur l'histoire des insectes lui firent naîU'e le désir de le suivre, de l'imiter, et même de l'égaler soit en le complétant sur quelques points, soit en scrutant conune lui les secrets de la nature. Ce savant avait déjà porté son attention sur le très-petit insecte connu sous le nom de Puceron, et avait cru s'apercevoir qu'il se multipliait comme de lui-même avec la plus extraordinaire abondance et en certaines occasions sans qu'il ait pu découvrir qu'il existât aucune réunion entre deux individus de sexe diiférent. Le jeune naturaliste genevois voulut approfondir uo mystère qui avait embarrassé son maître, et il y parvint après une étude attentive qui lui coûta des peines infinies. I^ous ea donnerons un court aperçu , car ce petit animal présente à lui seul un ensemble de phénomènes des plus intéressants^ et son histoire n'est bien connue que depuis que Bpnnet l'a complètement mise en lumière.
Le puceron ; sorte d'insecte qui appartient à l'ordre des Hémiptères avait été déjà classé et examiné par Linnée, puis par Latreille et d'autres entomologistes. Il habite ordinairement la feuille et la tige de certains végétaux, particulièrement du rosier et du chèvrefeuille^ dont on voit ces plantes presque entièrement couvertes pendant certains temps de Tannée. Il est fort petite tranquille, vert ou gris y ailé ou non ailé ; son corps est excessivement tendre et s'écrase très-facilement entre les doigts; il a sur la tête deux petites antennes. On remarque à sa partie postérieure deux longues pointes ou cornes que l'on croit destinées à servir de passage à une liqueur sucrée. Cet insecte est armé d'une trompe fine qui lui sert à percer la surface des feuilles dont il aime à pomper le suc. Quand il marche^ il porte cette trompe appliquée sous le ventre ; dans certaines espèces elle est très-courte; dans d'autres elle est si longue, qu'en se repliant sous le ventre elle en dépasse encore l'extrémité et forme une espèce de queue. Le ventre est trèsgros comparativement à la petitesse du corps; les pattes sont grêles et menues, ce qui donne à l'animal une apparence de marche lourde et embarrassée ; il a d'ailleurs des mœurs particulières ; on l'aperçoit quelquefois la tête en bas et Textrémité du corps en l'air et porté seulement sur les deux jambes de devant; il se balance souvent longtemps dans cette attitude bizarre sans qu'on ait encore pu s'expliquer le but de cette singulière manœuvre ; on a remarqué aussi qu'il est souvent couvert d'une sorte de duvet blanc qui a fait donner à quelques espèces le nom de Laniger; ce duvet est le résultat d'une liqueur particulière qui sort de son corps par deux prolongements que Ton observe à l'extrémité de l'abdomen ; ce sont deux tuyaux par où passe ce liquide sucré qui parait être le produit de la digestion.