RÉSUMÉ DE QUELQUES FAITS DE LEUR HISTOIRE
Il le lance ayec assez de force au dehors pour qu'il atteigne les objets environnauts; souvent les autres pucerons en sont couverts^ et bientôt ce liquide cristallisé en gouttes ou lames salines forme le duvet dont nous avons parlé. La maladie de certains arbres connue sous le nom de MiellcU paraît aussi produite par ces animaux.
Les fourmis sont très-friandes de ce miel; on les voit souvent le lécher avidement lorsqu'il sort du corps des pucerons^ et quelques espèces font provision de ces insectes qu'elles gardent en captivité au milieu d'elles sans leur faire de mal et seulement pour en tirer de la nourriture. Un bon observateur qui suit attentivement la vie des pucerons pendant la belle saison, peut en apercevoir qui laissent échapper par leur extrémité de petits corps verdâtres; ce sont de petits pucerons qui sortent du ventre de leur mère^ mais d'une manière bien différente de celle des autres animaux, c'est-à-dire que leur partie postérieure parait la première au jour. Chaque petit puceron emploie cinq à six minutes à naître. La fécondité des mères puceronnes est prodigieuse^ elles ne semblent faire autre chose que de produire des petits; elles en mettent au jour quinze ou vingt dans une seule journée d'été^ et toute la belle saison jusqu'à l'entrée de l'hiver se passe au milieu de ce travail. Si l'on prend une de ces mères et qu'on la presse doucement, on fait sortir un très-grand nombre de petits pucerons qui se suivent les uns les autres comme les grains d'un chapelet. Dès que le petit insecte est né il commence à sucer les feuilles et pourvoit ainsi à sa subsistance. Quelques espèces d'entre eux piquant de la sorte les feuilles des arbres y produisent une boursouflure qui contient elle-même un nid de pucerons. Mais les observateurs ne nous ont pas dit comment ces boursouflures peuvent avoir donné naissance à cet
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aiM6 (f insecte»; Réauimir, qui> dans ses^^ mémoires^ a parlé ê& ces pelitg animaux , a supposé qu'atec une préparation eoo^neb4e il serait possibie d'utiliser la teinture que donne Is cefps des pneerons, et dont on pourrait tirer pour le comiierse UR élément analogue à la cocbeniite. On n'a pas encore donné suite à cette idée; ilestdu moins certam, par un trai9àk nleeiMient publié par un naturaliste belge, M. Charles Mont», ({u'iiscausent par suite d^&ces^piqûre» faites aux végétaux é'énonnes^ravages dans nos jardins^ Quoi qu'il en soit ée» EtflMir^ptfes qui ont ptt être faites sur ee sujet, c'est toujours à BotuitC que refient la gloire d'aroir le premier étudié les pucerons et levé le votte dont k nature avait couvert les partieulantés de leur bisteire. Ce fut principalement stur le» pbéBOiB^nes de leur reproduction quil dirigea son attentie»* L'fisil afrmé d^un mieroseope, il observa les laits sut^ vMils : chaque société offre, au printemps et dans Tété des individus toujours sans ailes et dies derm-nymi^es dont les «Ses doivent se développer. Tous ces intKvidus sont des fe*aieltes qui mettent au jour des petits êtres vivants, sans qu^il f ait eu aucun concours des mâles. Les mâles, parmi lesqueto 011 en trouve d'ailés, et d^utres sans aHes, ne paraissent qu'après la belle saison ou en automne ; ils s'accouplent alors, ffcondent la dernière génération produite par les individus précédents et consistant en fen»elîes non ailées qui ont besoin du concours (les mâles pour produire. Elles pondent alors des otob sur les branches des arbres; ces (Buh y restent pendant tout l'hiver, et il en sort, au printemps suivant, de petits pucerons qui doivent à leur tour se multiplier, mais toutefois d*eux«mêmes et sans avoir besoin du concours des mâles I linftuence d'une première fécondation s'étendanrt atesi sur plusieurs générations. Tels sont les ferts que Don^ •et et Ml BftturalMes ses successeurs ont constates dfjxoo
RÉSUMÉ DE QUBLttUBS PAITt DB LIOR HISTOIRE. 19
manière poutive, et que cémcub de ceux qui étudient l'in** sectologie^ et qui poMèdeot quelques rosiers^ peut vérifier lui-même à ehaque ioetant.
Réeumur «Tait déjà parlé des pucerons dans tes exoetlents Mémoires sur les insectes*. Mais il avait laiaaé subala<* ter des doutes et des lacunes dans la description qu'il en avait donnée» BuObn avait ausai énoncé sur leur organi* satioQ et leurs mœurs des oonjectures sans résultat, ee grand naturaliste avait seulement supposé qu'ils étaient également mâles et femelles» et qu'ils produisaient d'eui^ mêmes comme certains ordres dans le règne animal. Bonnet s'occupa spécialement é» vérifier et d'expliquer tout ce qui avait été entrevu par d'autres. 11 obtint, en mai 1740, In preuve certaine que les pucerons naissent avec la faculté singulière de produire en certaines saisons sans le eoneours d'aucun individu de leur espèce; il prit un petit puceron au mom^t où il venait de naître et l'éleva dans un isolement absolu ; oelui«ci, livré à lui-même, n'en produisit pas moins sous ses yeux quatre Yingt-^uinie petits pucerons; Il prit alors un de ces petits qu'il séquestra de même, et il oKtint ainsi, en les isolant tous, cinq générations sucoessiTes dans l'espace de cinq semaines. Il continua ces observatiolis pendant plusieurs mois de l'été, et vit se succéder jusqu'à la septième, huitième et neuvième aération. Dès lors, il n'y avait plus de doute; il y avait là une déviation des lo^ connues* un ordre tout a fait nouveau de phénomènes. Cette expérience eut le même succès sur toutes les ditMrMites eapèces de pucerons, et Bonnet poussa l'exactitude Jusqu'au point de dresser des tables où sont consignés les jours et les heures des naissances de tous ces petits insectes '• 0 put
* Réanmiir. Mémoirei sur tes ituectes, 1. 111 et Vl, ' ItueewiogU, t. 1 des Œuvres eomptèUi.
d^ CBAPITRE BEUXIÈME.
ainsi oonstater que ces génératioDS si multiptîées avaient été toutes le résultat d'une fécondation opérée sur la première mère au commencement du printemps^ laquelle mère serait elle-même sortie d'un œuf fécondé par un mâle dans l'automne précédent.
On peut ainsi prendre une idée de l'immensité et de la variété des moyens qu'emploie la nature pour accomplir son but éternel, la conserration et la multiplication des êtres, et en même temps juger de la Tariétédes ressources qu'elle met en œuvre pour arriver à la même fin.
Complétant par de nouvelles études les faits qu'il avait déjà esquissés, Bonnet s'assura et démontra que les pucerons sont vivipares en été et ovipares en automne, saison où ils produisent de véritables œufs, comme la plupart des autres insectes dont on connaît le mode de reproduction; leurs œufs sont de forme oblongue, et font naître une génération qui paraît pendant Tété, singularité des plus remarquables et que notre naturaliste a consignée en l'appuyant de toutes ses preuves dans son traité d'insectologie K
Pour ne laisser aucune incertitude dans l'etposition de ces phénomènes. Bonnet s'assura de la réalité et des circonstances de l'accouplement chez ces insectes; il décrivit en grand détail tout ce qui établissait bien réellement l'existence de ce fait important dans un genre d'animaux dont les individus possédaient en outre la faculté de donner à eux seuls la naissance à leurs semblables. Enfin, il constata que la même espèce dans laquelle il avait démontré une distinction réelle de sexes, multipliait pourtant sans leur cotf» cours; cependant, il éclaira encore ce nouveau point qui
^ Voy. Bonnet, Traité cTinsectologie, 1. 1 des Œuvres complètes^ p« 1 à 113. Réaumur^ Mémoires sur les insectes^ 1. 111 et VI, in-4*. Yoy. aussi le DicL dhist. naturelle, de Yalmootde Boœare,
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. était jusqu'alors demeuré fort obscur^ il fît apercevoir que rien, comme dans les plus petites espèces comme dans les plus grandes^ n'est abandonné au hasard par la nature. Il fit Yoir aussi que les pucerons ne possèdent pas la faculté de s'accoupler en tout temps; il n'existe qu'un seul moment de l'année^ celui de l'automne, pour l'accomplissement de cette fonction ; les mâles, en effet, ne paraissent qu'à cette seule époque, et de Geer, le savant naturaliste suédois, avait déjà vu que l'apparition des mâles précédait le moment de la ponte des œufs destinés à conserver l'espèce pendant rhiver.
On peut se demander pourquoi cette modification aux lois ordinaires de la reproduction chez ce chétif insecte qui semble posséder des facultés extraordinaires et des privilèges particuliers; mais il faut remarquer la faiblesse et Textrême délicatesse de ce petit être que le moindre contact écrase sur-le-champ, que son état presque complet d'immobilité rend une proie facile à tous ses ennemis; il lui fallait en présence de pareils dangers des moyens plus mul- Upfiés et plus certains pour échapper à la destruction qui le menaçait de toutes parts. Ce petit animal avait besoin de secours particuliers pour assurer son existence; sa prodigieuse fécondité pouvait seule lui fournir des moyens de salut. Ce qui le prouve, c'est que si l'on ouvre le ventre d'une femelle (et l'on peut faire cette expérience en toute saison), on y ^ouve des œufs, si c'est en été, on y trouve des œufs et des petits prêts à naître. Les petits des vivipares éclosent dans le ventre de leur mère, les petits des ovipares, après en être sortis. Les petits des vivipares prennent ainsi dans le ventre de leur mère un accroissement que n'y prennent pas les petits des ovipares. Les pucerons qui naissent vivants se développent donc jusqu'à un certain point avant de pa-
Ifô CHAPITIIE DEOXltM.
r^itre a« jour ; ce«i (fut naîMent rea^^rmé» dam des crafs n'étaient pas appelés à se développer MtAt; ils étaient destinés à conserver l'espèce pendant Thiver, et ne devaient éclore qu'au retour de la saison propre à leur procurer la SMurriture (et peut-être la circulation à raison de la température); ainsi donc les œufs pourraient être destinés à conierver l'espèce pendant une saison trop rigoureuse pour la délicatesse de leur constitution.
Voilà l'eiplication fournie par le naturaliste Valmont de Boœare^ au sujet des pucerons de Charles Bonnet^ elle a du moins un grand caractère de vraisemblance^ et nous fiait concevoir que la nature a cherché t«us les nsoyens de mettre ce petit insecte à l'abri des accidents^ en lui donnant des formes diverses pour toutes les saisons ^
Continuant ses observations, Bonnet constata et précisa Ul divi^n des pucerons en ailés et non ailés. On sait qu'il y a certaines espèces d'insectes, dont le mile est ailé, tandis que la femelle est toujours dépourvue d'aUes. Les pucerons, nous dit-il, ont plus à nous offrir en ce goire. « II y « a parmi eux des mâles non ailés et des femelles ailées, € mais il s'y trouve encore des mâles ailés et des femelles « sans ules. Il faut observa que les mâles et les femelles € 000 ailés, dont il est fait mention sont essentiellement « tels, et qu'ils ne sont jamais appelés à prendre des ailes. » Jusqu'ici ces mâles non ailés n'ont été observés que parmi les pucerons, et Bonnet n'^ découvrit que dans une seule espèce de ces insectes.
On a soupçonné, non sans une sorte de raison, que la natatê avait donné des ailes à certaines espèces de pucerons
• Valmont de Bomare , art. Pucerons. Voy. mm Bonnet , insec' lologie , robservatiOD vu et nos noies à la fin de Touvrage.
RÉSUMÉ Dfi OCjiUiDM mkisn iie «sur histoire.
^iiffisrle hiit^ l66'répaMlie^4iiirila torie povria i de divers animaux, de même qu'elle a répandu aortttmB .^lanlefi en profusion, à Twle de «leurs graines ailées. Cette observation d'un estimable natamliite qni «fait au siioie dernier attentivement suivi les etpén^œs et les déeoi»vertes de Bonnets ne nous parait cependafit p6s ctinpiéltjBeBtfioncloaAIey ^ il ne «amble tpas «que ('«uttivee des «itos fùtfbisn léeêssaireipour que lesjptiBeraas fussent te «^pifidre sur 4a It^re. J( nous ^semble ^u'il favit mieuK «hereher la raison de ce fait«da«6 ]m analogies aivec loiitts 4es<esfèees d'inaedesidootcerlains lindividiM'SWt p*unrus dkilesy dn soins .en e^rtamtempsicte Tannée. .Bonnei, àii^ même, ne parait ^pas avoir expliqué ( ce mystère éaot il « d'aîMeuFS rais m 'lumière lesij^aeipales oireoittiHMes. €e toitail intéressant sur cette partie de rin8e«^ok>§ie fint-cn^ eore complélé par diverses observations de détail, qui ne laissent presque rien à désirer sur Ifhistoire des ^eerons. fiUe a été ainsi presque entièrement faite par Bonnet, qui, le premier a rassemblé les faits les plus nombeeuK et les mieux vérifiés. Depuis, les naturalistes modernes l'ont ren^ due pkis eofliplète, mais 9em qu'on ait eu lieti de reeti^er •ueune des assertions du philosophe genevois. On trauve dans son Mémoire des counaissaBoes daif es et précises sur la crétssanee et la pente de ees^animau^^, la manièfc émU ik sedépottillent en certain temps de leur peau, kscoaleniB qu'ils pourrtôent fournir à^la teinture et les procédés par lesquels ilaerait possible de les utiliser, entin ceux qu'il fisiui employer pour les conserver et les étudier. Il établit aussi les variétés de lenrocgaaisaiionda^siesdifiEéreHtes espèces, t^los^pie^ celles du sureau, du rosier, ducbèvretfeuille,dii
* YalBTODl de Bomare, JjUci. d^hish nautr^U^ art. Pucerons,
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groseillier, du chardon, dit à bonnetier, du pnmier, du jonc et du chêne.
Ces travaux furent, comme on le pense, communiqués aussitôt à Réaumur, dont les écrits lui avaient été si utiles, et qui répondit à son envoi par la lettre suivante, datée de Paris, 5 août 1740.
« J'ai voulu, monsieur/procurer à l'Académie entière un « plaisir semblable à celui que j'avais, en lisant les obser- « vations que vous avez faites avec tant de sens, d'assiduité « et de persévérance sur un puceron, depuis le moment de « sa naissance, jusqu'à ce qu'il fût parvenu à l'âge de parie faite maturité. J'ai donc lu vos observations à l'Académie « qui en a été aussi contente que je Favais été; elle vous « regarde déjà comme un de ses bons correspondants, et elle « vous eût expédié des lettres qui donnent ce titre, s'il était « d'usage d'en expédier, avant qu'on eût marqué le désirer. « Si vous voulez en avoir vous n'avez qu'à m'écrire que « vous le souhaitez. En mon particulier, je ne pouvais « qu'être satisfait que vous vous fussiez chargé de suivre « le observations que je n'avais pas eu le temps de faire et « par rapport auxquelles j'ai invité les observateurs à exer- « cer leur patience. Ce sont assurément des observations « d'une grande importance dans l'histoire naturelle, puis- « qu'elles nous apprennent que la loi de l'accouplement « n'est pas une loi générale. Quoique les vôtres soient dé- • cisives, l'Académie a pensé, comme moi, qu'il convenait « qu'elles fussent répétées plusieurs fois ; plus les faits « s'écartent de la règle générale et plus ils ont besoin d'être « prouvés. Vous l'avez pensé de même, puisque vous êtes « disposé à faire sur d'autres puceroi{sdes remarques sem- « blables à celles que vous avez faites «ir celui du fusain. « Il ne vous en coûtera pas plus d'examiner à la fois des