LETTRE DE RÉAUMUR A BONNET
« pucerons de quatre ou cinq espèces de plantes différentes; « il vous en coûtera même moins que d'obserrer celui d'une « seule 9 parce que vous aurez plus d'objets capables de Il soutenir votre attention >. »
Malheureusement cette noble persévérance dans Tétude de la nature eut un bien triste résultat, car elle porta une si cruelle atteinte à la vue de notre jeune naturaliste^ fatiguée par l*usage du microscope qu'il s'en ressentit toute sa vie et qu'il dut abandonner en grande partie ses travaux sur rinsectologie.
Touché des obligeantes prévenances exprimées dans la lettre de Réaumur^ Bonnet se hâta de réclamer Thonneur qu'on lui offrait. Fontenelle fut chaîné d'expédier les lettres de correspondant^ le 31 août 1740. Ce fut le dernier acte de ses fonctions comme secrétaire perpétuel de l'Académie^ et il remit la plume le même jour aux mains du célèbre Mairan après l'avoir tenue .pendant plus dé quarante ans. Quant à Bonnet, il venait d'atteindre sa vingtième année.
En 1741, un autre genre de recherches s*offirit à son imagination. Abraham Trembley, son compatriote , venait de s'illustrer par la découverte des polypes d'eau douce, ou Hydres, sur lesquelles il avait recueilli les faits les plus remarquables, alors qu'il résidait en Hollande, occupé comme précepteur de l'éducation des fils du comte de Bentinck, résident anglais à La Haye. 11 avait su dans cette position utiliser ses loisirs en étudiant l'histoire naturelle. En 1740, se promenant dans la campagne avec ses élèves, il aperçut pour la première fois les hydres dont il se mit à étudier les singularités. Ce petit zoophyte avait déjà été vu par Leuwenhoek et dessiné par Bernard de Jussieu,
* Mémoires cU Bonnet^ lettre a«.
mais Trembley compléta leurs observations et recueillit les particularités qui les coDcçroept dao^ uq mémoire remarquable qui fut publié eu deux volumes avec plaqches. 11 consacra quatre années à des recherches, d'après lesquelles il fut en droit de conclure que ce petit être, jusqu'alors confondu parmi les plantes douées de quelques mouvements spontanés comme la tremeile et quelques conferves, possédait cependant d'une manière indubitable tous les caractères de l'animalité et jouissait de tous les avantages d'une véritable organisation quoique fort simple. Il parvint i se rendre compte de la manière dont il saisit et dévore les petits animaux qui peuvent lui servir de proie et de la propriété qu'il possède de se reproduire par bourgeons et par boutures, comme une plante. 11 vit aussi comment on peut le couper et le multiplier en autant de parties que l'on veut, même le retourner du dedans^au dehors. Bonnet contribua ainsi que Réaumur, qui s'en occupait de son côté, à populariser cette découverte et loin d'éprouver le moindre sentiment de rivalité à l'occasion du succès de son compatriote, il s'attacha d'abord à en proliter lui-même pour son instruçtioa> puis à en répandre la connaissance parmi tous les na* turalistesde l'époque. Seulement il chercha à s'approprier le fait le plus saillant de cette intéressante découverte^ afin d'en faire le point de départ de nouvelles études qu'il comptait diriger principalement vers le grand phénomène de la reproduction des êtres sur lequel il méditait depuis longtemps*. Voulant lui-même répéter les expériences de Trerabley, il chercha avec empressement des polypes sans pouvoir en trouver; mais ayant rencontré dans les eaux stagnantes un ver assez long^ sans jambes et de la longueur
* Vie de Bonnet, par Trembley, p. 17, 18.