DESCRIPTION PAR BONNET
« place que des espèces d'ondulations^ ou comme des cou- QL ches de nuages qui se succèdent les unes aux autres avec a beaucoup de rapidité.
(t A la jonction des anneaux on remarque de petits vais- « seaux à plusieurs branches qui paraissent être des pro- « ductions de la grande artère. Cependant comme je n'ai « pu leur découvrir de systole ou de diastole, on pourrait « soupçonner avec vraisemblance que ce sont des ramifica- <( tions de veines qui rapportent le sang au principal tronc « des veines couché apparemment au milieu du ventre ^ n
Cette savante description du système circulatoire des vers d'eau douce, prend encore plus dlntérêt quand on examine les planches que ce savant naturaliste a jointes à l'édition in-quarto de ses œuvres, et qui , par la netteté du dessin, rendent accessible à tout le monde l'intelligence de ce travail anatomique.
Bonnet expose un peu plus loin, et de la manière la plus complète , les fonctions digestives de ces vers et décrit l'usage de tous leurs organes. On remarque quelquefois, dans l'intérieur de cette espèce d'insecte*, dit-il, le spectacle de bulles d'air renfermées dans l'estomac et les intestins. Mais, au lieu que les poissons ont à leur commandement l'air qu'ils ont renfermé dans une vessie et s'en servent pour s'élever ou pour s'enfoncer, notre ver en est au contraire maîtrisé ; dès qu'il lui est arrivé d'en avaler une certaine quantité, il ne lui est plus possible, malgré les efforts qu'il ne cesse de faire, de gagner le fond de l'eau; il faut qu'il reste à la surface jusqu'à ce qu'il ait achevé de la rendre.
* Bonnet, Insectologié, 1" obseryation sur leflYere.
' Nous avons expliqué pins haut remploi de ce root. Les Yen d'eau douce, appelés insectes par Linnée, sont rangés aujourd'hui dans la classe des Annélides.
Bonnet rectifia ici une erreur de l'ûnatomiste Malpighi. Ce naturaliste avait cru voir dans les vers plusieurs cœurs placés les uns à la suite des autres. Bonnet montra qu'il n'existe qu'une seule artère, dont chaque division, coupée entre deux anneaux du corps de l'animal, avait sans doute été prise par cet observateur pour un cœur, et il fit voir que cette structure, pour être plus simple que ne l'avait supposé Malpighi, n'en était pas pour cela moins admirable.
Les expériences de Bonnet réussirent beaucoup mieux sur les vers d'eau douce que sur les vers de terre, et dans certaines espèces que dans d'autres, comme on le voit rapporté dans VInseeiologie au tome l'*" des œuvres. Dans une espèce particulière, ces animaux furent divisés en douze, seize, et ▼ingt-quatre parties et produisirent d'autres individus complets comme les premiers, et pourvus également comme ceux-ci d'une tête et d'une queue. Dans d'autres espèces, la division ne réussit pas aussi bien ; les vers mutilés languirent ou périrent. Nous voyons dans le même ouvrage que dans plusieurs expériences qu'il tenta sur la division en portions ou tronçons du corps de ces vers d'eau douce, Bonnet aperçut, chez quelques-uns, des appendices ou tubercules qui formaient un angle avec le corps même de l'animal; mais ces tubercules, après avoir augmenté pendant un certain temps, diminuèrent et disparurent totalement. Il obtint cependant le phénomène singulier d'un ver à deux têtes en coupant celle qui se formait déjà lorsque le tubercule commençait à se montrer, et en déterminent ainsi Taffluence des suc$ nourriciers sur ce tubercule *.
Ces deux têtes présentaient des phénomènes singuliers, car elles avaient deux volontés distinctes et la plupart du
* InseciologUy p. 190, observation xx.
DESCRIPTION PAH PONNET. 3ô
temps tiraieot ranimai de deux côtés différents, 11 arrivait cependant dans la lutte que Tune des deux l'empoitait, et c'était toujours la plus ancienne. Il ne put d'ailleurs rien saisir de précis ni sur les causes de ces faits ni sur la meilleure explication à leur donner» quoiqu'on eût aperçu des variétés les plus singulières et les monstruosités les plus bizarres. Il essaya aussi de diviser des lombrées ou vers de terre et réussit à faire reprendre de Taccroissement aux parties qui avaient été coupées, mais il fallut beaucoup de temps et des soins infinis, et l'animal ne reprit jamais sa force et son existence première. Il semblerait donc que la faculté de reproduction des parties coupées soit, dans les êtres organisés, en raison inverse de la perfection ou du degré d'élévation des organes; et en effet, dans les zoophytes, cette faculté existe à un degré considérable. Dans plusieurs espèces, telles que les hydres ou polypes d'eau douce, elle est complète; elle existe en paitie cbez les crustacés comme chez les lézards, les écrevisses qui reproduisent ceux-ci leur queue, ceux-là leurs pattes lorsqu'elles ont été cassées ou enlevées, comme l'ont établi un grand nombre de faits ^ 11 y avait là les éléments d'expériences d'une grande valeur, et l'on peut regretter que ses successeurs ne les aient pas suivies et développées davantage. Bonnet lui-même y revint à la fin de sa carrière, comme nous le verrons plus loin ; du reste, elles parurent de gon temps même intéresser tous les savants, car on voit par des lettres de Réaumur combien celui-ci attachait d'importance aux travaux du jeune philosophe *. Ces expériences eurent d'ailleurs l'avantage de conduire à des recherches utiles
* Cuvier, HisL des sciences naturelles, t. IV, art. Bonnet.
^ Réaumur, Leures à Bonnet, Voyez les notes à la fin du YoUimc.
sur le degré de vitalité qui existe dans les différentes parties de TorganisatioD chez les différents êtres. Réaumur en comprit bien la portée^ 6ar il écrivait à Bonnet^ le 30 octobre 4741 :
« Si nous voulions deviner les fins de la nature^ nous « pourrions soupçonner que les animaux qui doivent servir « de pâture abondante à d'autres, mais qui ne sont ordi- « nairement mangés qu'en partie, ont dans la partie reste tante de quoi reproduire celle qui a été mangée. Des vers a rouges, qui doivent vous être connus, qui tiennent leur « partie antérieure enfoncée dans la vase, couverte d'eau, « et dont la partie postérieure fait des oscillations continuel- « les dans l'eau, ces vers, dis-je, qui se trouvent dans l'eau « en si grande quantité qu'ils la font paraître rouge, ont « leur partie postérieure bien plus exposée que l'autre, à « être coupée par les animaux voraces; aussi cette partie <t postérieure se reproduit-elle avec une grande facilité, et « la reproduction de leur partie antérieure est excessive- « ment lente. J'ai eu, comme vous, le plaisir de tirer de « l'eau et de la boue, soit de ces vers rougeâ, soit de gros « vers grisâtres qui étaient dans le cas de ceux qui réparent « les parties qu'ils ont perdues. Les animaux dont le corps c( est trop cassant avaient encore besoin que cette source de « reproduction leur fût accordée, comme elle l'a été aux « écrevisses par rapport à leurs jambes K »
L'année suivante en 1742, Bonnet s'occupa d'une nouvelle difficulté de l'histoire des insectes, il s'agissait de préciser la manière dont s'effectuait la respiration des chenilles et des papillons. Il prouva que les stigmates des chenilles étaient les véritables organes de leur respiration. On appelle
* InsectolorjiCf observation vi ?iir les vers. Voy. ta noie.
OBSERVATIONS JH% liES CHBNILLBSr 37
Stigmates les ouvertures qui dosipeut passage à l'air sur la surface du corps des insectes^ et qui remplissent les fonctions de poumons. Réaumur avait précédemment soutenu contre Malpighi que l'air qui entre par ces ouvertures ne ressort pas par les mêmes voies^ mais par tous les pores de la peau. Bonnet conjectura que ce devait être une erreur* Il découvrit, en effet, que Réaumur avait négligé de chasser l'air de toutes les parties de la surface extérieure de Finsecte, avant de le plonger dans l'eau^ d'où il résultait qu'il confondait l'air aspiré par l'animal avec l'air chassé par voie d'évaporation de la surface de la peau, et qui s'élève par bulles. 11 s'assura donc en faisant l'expérience, que tout cet air était chassé, en mouillant la surface extérieure de la chenille, avant de la plonger dans l'eau. Au moyen de cette précaution, il put s'assurer qu'il ne sortait aucune bulle d'air des pores de la peau; mais qu'il s'en échappait plusieurs des stigmates; d'où il fallait conclure que ces stigmates étaient les organes uniques de la respiration, comme l'avait déjà pensé Malpighi. Bonnet démontria encore que parmi les dix-huit stigmates qui servent à la respiration des chenilles, les deux premiers et les deux derniers sont les plus importants. Pour s'en assurer, il plaça une chenille dans l'eau de manière à ce qu'elle ne put respirer que par les deux stigmates postérieurs. 11 put ainsi la conserver pendant huit jours dans cette eau, et la faire vivre après qu'elle en eut été retirée ^ Le même fait se renouvela pour les stigmates antérieurs.
D'autres expériences bien dirigées vinrent préciser et constater ces résultats. La chenille, nommée Sphinx^ que
* Inseciologie. 1&« observaUon sur les insectes. Yoy. aassi U 10* observation et les M^moiret de Bonnet^ 4® lettre et Mémoire I//, de Réaumur. Tome l** des Mémoires sur les insectes, in-4*.
as CHAPITRE DEUXIÈME.
Bonnet dans le compte rendu de son expérience, appelle une des plus grandes et des plus belles de la Suisse, lui donna une occasion de constater une particularité très-remarquable du papillon qu'elle produit. Il vit que la trompe que celui-ci tient roulée en spirale au-dessus de sa tête était de trois pouces quatre lignes de longueur, quoique le corps entier du papillon n'eût qu'une longueur d'un pouce neuf lignes. Il remarqua aussi la grosseur extraordinaire de ses yeux presque égaux en dimension à un petit pois, noirs et sans poils. Il s'attacha à préciser l'existence et la forme des stigmates des papillons qui avaient échappé aux recherches de Réaumur et des autres naturalistes de son temps. Il parvint à les découvrir en épilant avec soin tout le corps d'un papillon et démontra ainsi l'existence des quatre stigmates du corselet dont oA avait seulement conjecturé l'existence. Tout ceci fut l'objet d'une longue correspondance avec Réaumur, et quoique celui-ci vît ses observations souvent complétées et mênie rectifiées, il témoigna dans plusieurs lettres sa satisfaction et même sa reconnaissance à son jeune correspondant.
oBSEimmMS SB* u ténia. 99
Observations sur le Ténia; correspondance avec Béaumur ; Bonnet obtient le grade de docteur en droit. — Il est élu membre de la Société royale de Looare*. -*- Il termine son loceotdogie (d 744) ; Idée 4e aet ouvrage.*^ ■ Vues de Tnutcur sur l'histoire naturelle et sar la gi«da*iiw -k^nie des êtres créés; il éprouve des maux d'yeux qui Tobligent à suspendre-ses travaux d^histoire naturelle. — Expériences sur la végétation des j[>laates dans d'autres matières que la terre. — Lettre de Fonteneile à Bonnet sur •on traité d^lBsectologie (174S).
Des cÎFcmisèanoes d'un notii^eau genre iflfvilèreflt Ctituies Bon&et à des rech^rciies d'an opdre tout à fait âifféreot'et •OGciipèrent quelque temps son «dtive HBagiualien. On aeeopdait alors eo Suicse une certaine attention aux recher- -cl^8 d'BerreaischniraBd, niédect» de ce pays, «|ui s'était aoti- ^veinent oeoi^ de» moyens de détruire le l^àmu ou ver tsoUtaire dont un grand ooœbre de personnes aelrou^aient '>ak)Es attaquées, ^et animal ckssé aujourd^ui parmi les wers intestinaux, Uaifs l'ardre des aoophytès de Cttrier, (Gomme^içait à être ^rieusement étudié «ans étffe encdre ibien connu, autrement que par les désor<foes qu'il oeea- .sionnait et que l'on croyait plus pafrticulièremant commmi :à la Suisse et à une partie de rAllemagne. Les eûtes otHemues par Herrensclmand, qui jouissait alors d'une grande «éputation, avaient mis sur la voie de la vérital^ conisatssance anatomique de ce singulier anifltai. Plusieurs (naturalistes avaient examiné de près son organisation, miais une grande incertitude esntait pektivranentii sa tèie, -émA l'existence était mise en doute de même que son ori«
gine^ et son mode de propagation et de reproduction. Tous ces faits captivaient l'attention de Bonnet. Vallisneri, au dii-septième siècle, avait prétendu que cet animal n'était autre chose qu'un composé de plusieurs autres et formait une espèce de polype ou assemblage multiple. Bonnet obtint de Herrenschwand communication de plusieurs ténias qu'il disséqua et analysa, le microscope en main, avec le plus grand soin. 11 démontra la fausseté de l'opinion de Vallisneri, rendit mieux compte des faits, précisa la forme et la structure des anneaux et fit voir qu'ils étaient tous partie constitutive d'un même corps. Il rappela que Winslow avait déjà constaté l'existence d'un conduit uniforme et transparent régnant sur toute la longueur du corps, comme on l'aperçoit aisément par l'injection d'une liqueur coloriée. Il signala de plus deux espèces de Ténias, l'un distingué par des anneaux longs et des mamelons latéraux, l'autre par des anneaux courts et des mamelons dorsaux ; il exposa en détail les opinions des divers philosophes et anatornistes qui l'avaient précédé, et s'il ne rendit pas compte de toutes les difOcultés, il détruisit du moins des préjugés ridicules. On ne peut s'empêcher de s'étonner en voyant ceux qui avaient été soutenus et admis par Vallisneri lui-même, si grand anatomiste, par Redi, Hartsoëker, et même Leuwenhoek qui avait pourtant si bien observé. Bonnet, dans un mémoire qu'il composa sur ce sujet, réfuta leurs opinions fort peu vraisemblables sur l'origine du ténia. Son hypothèse est beaucoup plus admissible. 11 suppose que les vers intestinaux, et le ténia en particulier, tirent leur origine du dehors, soit par l'intermédiaire de leurs œufs, disséminés en plusieurs endroits, par exemple dans les eaux, dans les liquides, ou dans les substances alimentaires qui favorisent par leur absorption la propagation des germes. Cette hypo-