OBSERVATIONS SUR LE TÉNIA
thèse, d'ailleurs fort admissible, paraît encore fortifiée par les observations de Réaurour sur différentes espèces de vers intestinaux qui font leur séjour dans le corps des quadrupèdes. Si Ton ne savait aujourd'hui par des faits incontestables que ces vers doivent leur naissance à des mouches, on serait sans doute embarrassé sur ]eu{ origine, de même qu'on l'eût été pour expliquer celle du Ténia et des autres vers qui s'introduisent dans le corps humain. Gomme le Ténia est fort commun chez les chiens ainâ que chez certains poissons, tels que les carpes et les tanches, rien n'empêche de supposer qu'il provient. de ces animaux par les œufs de ce ver, extrêmement petits, et qui, à cause de cette peti* tesse, peuTent aisément passer du corps de ces poissons dans les eaux qu'ils habitent et dans celles qui servent à nos usages. La structure intérieure et extérieure de ce ver fut aussi de sa part l'occasion d'un travail minutieux. Il décrivit avec soin le fil délié qui termine le corps, démontra l'existence et la forme des stigmates ou conduits de la respiration , et celle des petits corps en forme de fleurs que l'on observe sur toute la longueur de l'animal. Il envoya son travail en forme de mémoire à l'Académie des scienèes de Paris, qui le publia en 1750, dans le premier volume des Mémoires des savants étrangers. Plus tard, en 1775 et 1776, il reprit ces observations primitivement exposées dans son ancien Mémoire et se mit à étudier particulièrement le Ténia distingué par des anneaux longs; il s'assura de l'existence des ramifications qui s'étendaient transversalement entre chaque anneau, et expliqua d'une manière plus complète la position des stigmates ; c'est avec le célèbre Saussure qu'il fit ce nouveau travail. Trois ans après, Butini, médecin distingué et savant naturaliste, donna une nouvelle suite à ces remarques et les dirigea de nouveau sur le fil délié qui
Aâ e»AFITRB TROIStÈJRk
termine le Té9kbpoufiH»d'ai»ie»is coniïts^ «atsil eiit àmy tour à relever use erreur de Bonnet cpû aTatt cra rm une bouche dan» lere»fleinenl qui forsne ('extrémité de ranimai, tandis que cette partie est absolument j^teine. Les nouyeltest observations de Bulini ont été j^liées depuis^ ^ après ces divers travaux, de reventes recberehes sont ¥enues eon* ^rmer les feûts qufil avait reeueillb . et snceessivement \& savant naturaliste danois MuHer, pm's de nos jours BlainviHe et Rudo^>bi ont porté à une grande précision l'histoire QS^iirelle du Ténia. Bonnet, t#ut en achevant ses études de jurisprudence , coBtinuait à étudier avec apdtemr l'histoh^e naturelle et Finsectologie^ et ckans une correspondlanGe active U communiquait à Réaumur chacui^ de ses découvertes^ ii lui fit ainsi parvenir des mémoires sur les sujets suivants :
i® Sur le procédé industrieux du fourmi-lion par lequel ii parvient à débM-rasser son entonnoir des pierres que leur grosseur et leur poids ne lui ^permettent pas de lancer au-dehors avec ses cornes. Héauraor a consigné cette observation dans le sixième v<^lu«e de- ses Mémoires sur les insectes * ;
%'' Sur la structure particttlière des cornes dm fourm»-Hoii qui paraissent former chacune ime espèce de cm*ps ée pompe propre à soeer;
3" Sur une nouvelle espèce de founrô-lion }usqu^ators inconnue des naturaltôtes ; elte é^ère des espèces décrifeB jusqu'alors, en ce qu'elle marche en avant avec ^ililé et ^'elle ne se creuse powt d'entonnoir;
4<> Sur les procédés de diverses espèces de chenilles ;
S"» Sur la mouche ara^née et son œuf. Dans cet intéres* sani travail^ le naturaliste genevois sTatta^a à eémpléter
1 Voy. le Méfltoirfttfliut Miiitr âaoB nos notes ài U fin du votaise.
CORRESPONDANCS AYBC RÉAUMUR. 43
les observations précédemment faites par Réaumur; ce savant avait déjà remarqué une sorte de mouche à laquelle il avait donpé le nom de mouche araignée^ à cause de sa forme aplatie en manière de lentille qui lui donne de la ressemblance avec le corps de certaines araignées. Cette mouche est aujourd'hui connue sous le nom d'hippobosque et classée dans la famille des diptères ou mouche à deux ailes. Elle jouit de la faculté singulière^ lorsque le tempe de la ponte est venu, de mettre au jour une mouche aussi grande qu'elle-même et qui se présente sous la forme d'une boule allongée. Ce fait, paradoxal au dernier point et d'où il récite que dans ce cas, le contenu paraît être aussi grand que le contenant, a été cependant constaté par Bonnet, de Geer, Réaumur, et de nos jours par M. Léon Dufour, qui l'a parfaitement vérifié. Quelque bizarre qu'il paraisse, ce fait est cependant bien réel. Il est produit par une disposition spéciale du corps de l'insecte qui nourrit dans son abdomen un autre petit insecte qui au lieu de Baître sous la forme d'un ou de plusieurs œufs plus ou moins petits, paraît sous une forme complète et arrêtée, sans avoir besoin d'autres transformations. Pour arriver à ee singulier résultat, la nature a donné à la mère une faculté spéciale. La peau de son ventre est susceptible d'une grande dilatation. Plusieurs pièces écailleuses et cependant mobiles offrent une grande élasticité qui jointe à une grande résistance facilitent la sortie de l'animal ; la femelle ne paraît nullement souffrir de cette ponte qui s'effectue en peu d'instants, l'abdomen reprend aussitôt sa forme première et l'insecte continue à marcher et à voler comme auparavant.
Ces œufs en forme de boule dont Réaumur et Bonnet ont décrit toutes les particularités, une fois sortis, renferment
ranimai parfait qui n'a plus qu'à se développer, pendant plus ou moins de temps , suivant la saison , sans passer à l'état de ver ni de larve, comme il arrive pour les œufs de mouche. En ouvrant l'œuf, quinze jours ou trois semaines après qu'il a été pondu , on le trouve à l'état de nymphe bien marqué ; on peut même obtenir cet état d'une manière factice, en le soumettant à la chaleur de l'eau bouillante, dès qu'il vient au jour. Bonnet étudia ces insectes avec le plus grand soin; il ajouta aux remarques déjà faites par Réaumur la description de l'appareil respiratoire qui consiste en stigmates assez difficiles à apercevoir le long du corselet, mais qu'il vit cependant, et dont avec sa minutieuse patience, il détermina la forme et l'emploi. Il se servit plus lard de ces mêmes faits pour en faire un point d'appui de son système de la préexistence des germes*.
Ces utiles travaux d'un jeune étudiant de vingt ans, car c'était alors son âge, lui valurent l'amitié et l'estime de ses savants correspondants, sans cependant le détourner de l'achèvement de ses études. Il terminait alors sans beaucoup de goût, mais toutefois avec conscience, son cours de droit. Mais en 1743, ayant pris tous ses degrés et admis au grade de docteur, il quitta pour toujours une carrière où il n'était entré que malgré lui , et se voua entièrement au genre de recherches qui lui convenait le mieux , celles qui tenaient aux sujets d'histoire naturelle. Dans la même année, comme pour l'y encourager, la Société royale de Londres, à qui il avait adressé ses premiers mémoires, le reçut au nombre de ses membres, par l'intermédiaire du savant Jalabert. Libre désormais, il s'occupa de réunir ses écrits sur les
' Mémoires biographiques de Bonnets — GonsidéraUons sur les corps organisés, dans les (Buwes complètes. Art. 322, 324.