‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 42 sur 126 · IDÉE DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

IDÉE DE CET OUVRAGE

« vera point ici de ces étonnants prodiges que M. Trembley « a expofiés avec tant de netteté et de sagesse dans Tad- « mirable histoire des polypes qu'il a publiée depuis peu. « Outre que je n'ai pas sa sagacité, les vers qui me sont a tombés en partage appartiennent à un genre sur lequel a on ne saurait tenter toutes les épreuves que cet habile a observateur a fait subir si heureusement à ses polypes. »

Rien ne nous semble plus honorable que ces éloges partis du coBur et de la conviction la plus sincère , rien n'est plus touchant que cette reconnaissance hautement eiprimée d'un élève pour son maître.

On voit aussi comment Bonnet savait rendre justice à ses rivaux 9 ses contenpporains^ différent en cela de bien d'autres; le sentiment de ses succès et la conscience de son mérite persopnel n'altérèrent jamais chez lui les droits de réquité. On appréciera également la justesse et l'élévation de ses vues en lisant la suite de cette préface. Il y fait voir l'utilité des recherches en histoire oaturelle, non-seulement par rapport à cette science elle*même^ mais aussi par rapport à la philosophie de l'homme en général. Parmi ces importantes applications, il signale l'avantage de perfectionner et d'étendre nos idées sur toute l'organisation animale. Nous connaissons les principales parties qui entrent dans la composition de l'être animé, nous connaissons le rôle de chacune d'elles, mais noas ignorons absolument les éléments de vitalité que chacune de ces paities peiEt c(Hitenir et le degré de part qu'elle prend à l'existence; ainsf^ dit- il, avant la découverte de Trembley, nous ignorions qu'il existait des unimaux qui pouvaient se diviser et se subdiviser à l'infini et dont les parties possédaient un principe de reproduction tel qu'après avoir été partagé en piuskura tr<Hi^ns> chacune de ces parties continuait à exis*

ter par elle-même et reproduisait en peu de temps un être complet. Nous voyons par cette nouvelle découverte un animal dont la simplicité est telle qu'il semble ne consister qu'en une seule peau mobile sur tous les points et disposée en forme de boyau ouvert à Tune de ses extrémités. Seulement une structure aussi étrange nous démontrera que nous n'avons pas fini d'apprécier et de bien caractériser la diversité des types sur lesquels le corps des. animaux a été si merveilleusement établi. C'est cette remarque qui conduisait Bonnet à son hypothèse ingénieuse, et peut-être fondée, de la préexistence des germes, hypothèse par laquelle il suppose que chaque corps est formé d'un germe qui était contenu dans un premier, et ainsi de suite, depuis le commencement du monde. Mais nous exposerons un peu plus loin dans toute son étendue cet intéressant point de vue de la science.

Bans la suite de cette préface qui forme une sorte de discours préliminaire , le naturaliste-philosophe , à propos des découvertes qui vknnent tous les jours élargir l'horizon de l'esprit humain, montre la nécessité de nous tenir en garde contre les règles générales qui conduisent nécessairement à Tesprit de système. Nous devons avouer avec sincérité que le plan universel de la nature nous est complètement inconnu et il faut en conclure que tout ce qtii a passé précédemment dans notre esprit comme une loi générale, ne doit être regardé jusqu'ici que comme le résultat d'expériences qui n'ont pu être poussées plus loin. Ën6n nous apercevons tous les jours la gradation influiment nuancée qui existe dans toutes les parties de l'univers, vérité admirable et bien digne de devenir l'objet de nos méditations, en ce qu'elle prouve l'immensité des vue$ du Créateur qui n'a laissé aucune partie concevable de l'espace ^.'^ps une famille entière d'êtres animés pour la

VUES DE l'auteur SUR l'hISTOIRE NATURELLE. 49

peupler. Si nous parcourons les principales productions de la nature^ nous apercevrons qu'entre celles des différentes classes, et même entre celles de différents genres, il en est qui semblent tenir le milieu, et former pour ainsi dire autant de points de passage ou de transition. Cette pensée conduisit Bonnet à dresser un tableau présentant une sorte d'échelle des êtres naturels telle qu'il la concevait dans le plan universel de l'univers. 11 supposa dans ce tableau la multitude des êtres organisés placés les uns à la suite des autres et formant une série non interrompue depuis les plus grossiers jusqu'à l'homme, le plus parfait de CQpx qui habitent la surface du globe. Nous aurons encore occasion de retrouver cette idée dans la Contemplation de la nature et dans la Palingénésie philosophique.

Voici dans quel ordre Bonnet établissait la chaîne des êtres dans son Insectologie :

Page 1