‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 44 sur 126 · EXPÉRIENCES SUR LA VÉGÉTATION DES PLANTES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LA VÉGÉTATION DES PLANTES

car sans cette précaution, elles étaient menacées cT y périr. Leur mort prochaine s'annonçait par la médiocrité des pousses et par la couleur jaune des feuilles. Voici la raison que Bonnet en croyait pouToir donner. Quand la mousse se décompose, elle tend à occuper moins d'espace dans les yases qui la contiennent ; il se forme donc çà et là des vides, dans lesquels le^ racines demeurent à nu; or, on sait qu'elles demandent à être toujours environnées immédiatement de la matière au milieu de laquelle elles prennent leur accroissement. Il est même nécessaire que cette matière opère sur elles une certaine pression. Lors donc qu'on élève des plantes dans la mousse, il faut avoir soin de la presser de temps en temps, a(in de lui conserver une certaine consistance. Cette pression doit être d'autant plus forte, que la plante sur laquelle on opère exige une terre moins légère. Il est encore plus favorable à l'expérience d'enlever de temps à autre le terreau qui se forme successivement du fond des vases et de le remplacer par de la mousse fraîahement cueillie. Dans ces conditions, on donne au végétal sur lequel on expérimente toute la force de végétation dont il est susceptible.

Bonnet avait d- abord imaginé que le terreau provenant de la décomposition de la mousse, devait être plus favorable à la végétation que la mousse elle-même ; mais l'expérience lui prouva le contraire. Il vit, non sans surprise, que les graines déposées dans ce terreau faisaient moins de progrès .que dans la mousse fraîche. Il supposa dès lors, ou que le terreau n'exerçait pas une assez grande pression sur les racines, ou que la mousse contenait certains principes chimiques qui avaient été transformés ou enlevés par sa décomposition en terreau.

Après avoir terminé ces expériences sur la mousse, il

è4 CPAPITRE TROISIÈne.

ceDtkHit à geioer 4es gaines dans diverses nutières pMr constater If ur ioflueDce sur la croissanee des piaales. Il en déposa le même jour, et à la même exposHios dans )a mousse fraîche, dans des plâtras, dans du sable, dans du coton, dans de la sciure de bois, dans des époBges, dans des flocons de laine, et enûo dans des mékiiges de plusieurs de ces matières. Toutes furent placées dans des vases parfaitement égaux, de mênâe forme et arrosées avec la même quantité d*eau. Il put alors observer que toutes les graines levaient également, à Texception de celles qui avaient été déposées dans la laine; mais elles donnèrent lieu à des produits complètement diflerents les uns des autres. Il obtint ainsi des plantes de toutes les dimensions depuis les plus petites jusqu'aux plus grandes. Dans la sciure de sapki, il trouva des individus absolument manques. Ils n'avaient que deux à trois pouces de hauteur, et l'épaisseur de leurs tiges n'était guère autre que celle d'un fil. Les plus grandes feuilles n'avaient environ que trois lignes de longueur. Cependant ces petites plantes ne laissèrent pas que de fleurir et de donner elles-mêmes des graines en rapport avec leur dimension. Celles qui avaient crû dans l'éponge et daas le coton donnèrent des produits analogues. Quant i celles qui prirent naissance dans la mousse et les pktras, elles donnèrent les meilleurs et les plus beaux résultats. Les plantes semées dans ces matières se levèrent à la hauteur de près de trois pieds. Pour achever le résultat de ses expériences. Bonnet sema dans la bonne terre les graines qu'avaient données les petites plantes semées dans la sciure de bois de sapin, et il ne fut pas médiocrement surpris de voir que ces graines imperceptibles produisaient d'aussi belles plantes que celles qui provinrent des graines recueillies sur les plantes placées dans les matières les plus fertiles» Pour

EXPÉRIENCES SUE U Yt€ÉTAT10N DES PLANTES. H

ne nen omettre de ce qui pourait éclairer ce si^et smgiilier, il imagina de planter dana un livre, « voulant, dit-il « hii-même, lui taira p(Mrter des fruits difiërents de ceux c qiM Tauteur s'en était pronis. >» Il planta ainsi dans les feuillets d'un livre, des graines d'un groseillier, ces graines vinrent à maturité aussi bien que dans les conditions kt plus ordinaires» et les fruits qui en résultèrent furent d'un beafi igouge et d'un goût satisfaisant. U observa en outn^ que les petites plantes venues dans des matières ingrates,, telles que le coton, la laine, rép(mge, étaient aux grandes» dans le rapport de i à it.

Une partie de ces expériences sur la végétation avait été faite à Tinsu de notre auteur, par le naturaliste Gleditsch, de l'Académie royale de Prusse , et insérée en 1773, dans les Mémoires de ce corps savakit Mais elles ne vinrent à sa connaissance qu'en 1776. Il eut donc le mérite de l'originalité ; il y ^»giHl cehii d'une plus grande exactitude qui seule pouvait constater les résultats d'une manière sérieuse , car Gledilsch dit ki-même qu'il arrosait ses plantes avec de l'eau de fumier, à laquelle il ajoutait ensuite un mélange de fumier le plus gras et de copeaux de cornes de bêtes. H a'esl donc pas étonnant que ce naturaliste fût parvaiu à des produits plus remarquables et plus promptement que par les seules forées de la nature, telles que les employait Buwiet. C'est aussi ce qui donna à ses observations un nou* viteu <tegré d'importance qui appela sur elles l'attention des hcmunes voués aux sciences naturelles. Les expériences sur la végétation, dues au zèle de Charles Bonnet, n'ont pas encore produit tous leurs résultats, mais il est probabte que par suite des recherches continuelles entreprises sur l'agriculture, on arrivera à tirer un parti sérieux de ce qui. ne fut alors qu'un objet de curiosité.

Le traité (f insectologie fut publié chez Durand ^ à Parî»^ en 17-45. Réaumur s'était d'abord chargé de surveiller cette publication, mais il ne put continuer d'y donner ses soins Jusqu'au bout, et l'exécution des planches en souffrit. Néanmoins^ l'apparition de l'insectologie fit une véritable sensation parmi les savants. Bernard de Jussieu témoigna au jeune auteur toute son estime; ses illustres confrères de l'Académie des sciences lurent l'ouvrage avec le plus grand intérêt et lui témoignèrent leur satisfaction. Enfin, le vénérable Fontenelle, alors âgé de quatre-vingt-huit ans, lui écrivit la lettre suivante, que nous donnons avec son orthographe qui porte la trace de la fin du grand siècle :

« Monsieur,

« J'ai été extrêmement flatté de l'honneur que nous a m'avez fait de m'envoyer votre insectologie. Je l'ai lue (( aussitôt avec empressement et d'un bout à l'autre avec « beaucoup de plaisir. Il faut une grande sagacité d'esprit « pour uoir aussi bien que uous uoyez et pour sauoir aussi « bien conduire sa ueue, et de plus une patience dans le « trauail et une espèce de constance héroï^iue qui n'est pas « touiours accordée à ceux qui ont beaucoup d'esprit. Grâce <( à uous, monsieur, et au petit nombre de uos pareils^ « l'insectologie va nous donner un nouvel uniuers, car ie (c compte bien que nous ne sommes pas au bout; il s'ol a faut bien. Je ne puis plus que iouir de ce beau spectacle, « mais ie vous exhorte de tout mon cœur pour l'intérêt p»^ « blic de continuer à nous le découvrir.

« Je suis, etc.

fl De Paris, ce 4 aur. 1745 ^ •

' Mémoires manuscrUsde Botmelt Lettres.

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