‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 45 sur 126 · MËMOIRES DE BONNET SUR LES FEUILLES DES PLANTES. Ô · texte numérisé non relu

MËMOIRES DE BONNET SUR LES FEUILLES DES PLANTES. Ô

1745-1747. Mémoires de Bonnet sur les feuilles des plantes. — Premier mémoire sur les surfaces des feuilles. -~ Deuxième mémoire ; de la direction et du retournement des feuilles et des tiges. — Observation sur le mouvement particulier des tiges. — Troisième mémoire ; sur Tarraiigement des feuilles. — Quatrième mémoire ; sur l'arrangement [des folioles ou petites feuilles.

La nécessité dans laquelle s'était trouvé Bonnet d'abandonner l'étude des insectes par suite de l'état de ses yeux^ l'avait insensiblement détourné vers celle des plantes qui exigeant une moins grande fatigue matérielle^ en ce qu'il n'y a ni mouvement, ni vitalité à observer, n'offre cependant pas un moins grand sujet d'intérêt. Tandis que l'homme ordinaire ne voit dans les phénomènes extérieurs qu'un simple accident qui frappe ses yeux par hasard, le philosophe les rattache à l'ensemble général des lois de la nature, et découvre ainsi un nouvel anneau de la grande chaîne des êtres créés. C'est avec ces vues que Bonnet crut trouver un repos utile et occupé en étudiant, par l'examen détaillé de leurs fonctions, la formation et l'accroissement des plantes, et qu'il composa divers mémoires successivement envoyés à l'Académie des sciences de Paris, et insérés dans sa collection des savants étrangers, après une lecture publique faite en 17S0. Ces cinq mémoires se trouvent réunis dans le deuxième volume des œuvres complètes de notre philosophe, et accmnpagnés de planches exécutées par les premiers artistes^tt temps. Nous allons en donner une analyse sommaire.

se CHAPlîftË OtlATRIÈlIE*

Bonnet avait déjà observé combien l'usage des feuilles^ <ce modeste entourage des végétaux, bien inférieur en éclat et en beauté à la fleur, est cependant digne d'attention «dans la physiologie végétale. La lecture de i'Anatomie des plantes de Malpigbi et celle de la Statique des végétaux de Haies avait fixé son attention sur ce point d'histoire naturelle. Le second de ces écrivakis, traduit par Buffoii, avait «xposé plusieurs des phénomènes: de la nutrition des plantes. Le naturaliste genevois Calandrini avait poussé plus loin les recherches, et avait apprécie d'une manière ingénieuse et nouvelle l'emploi des surfaces dans les végétaux; il avait conjecturé que les deux ediés des feuilles a'av«ient pas le même usage, et remplissakAl des fofictions emàÊttiellement distinctes. 11 n'en fallut pas davantage pour que Bonnet passât de cette conjecture à des faits réels dont il (wt vérifier Texistence par des expénences suivies. 11 vk> p«r exemple, que la surface de chaque côté €le la feuille jo«iit de propriétés particulières, et que chacune s'assiaile diffi^ remment les sucs nutrittfe dont elle a J^esoin pour exister et croître. 11 s'aperçut aussi que la surface supérieure est lisse et lustrée, taiults que rinféri^ire est raboteuee et isate* 11 s'assura alors par un examea attestif que k surface qui regarde la terre est destiaée à pomper k rosée et à l'abeoi^ ber par les vaisseaux intérieur» de k plante, tandis q«e k supérieure, presque toujour» lisse et unie, retient la trop grande transpiration, par Tespèee de vernis qui k recouvre et protège en même temps k surface infériettre. Des expériences directes servirent à eoofirmer cette vérité «te pksieurs manières ; car ayaot appliqué des feuilles de j^kntés iiir l'eau par le côté de leur surface supérietire, il vit ces planta périr en peu- de jour» oonme si elles n'avaient pris aucune espèce de noi^rriture. 11 aperçut; également que

ftoMgê ékêmêmê éè lafeaiHe toujauFS lountée t«n» le sol eoBsisIe à pomper les sues et les vapeurs <fui s'en élè? ent^ ee<]ifi est iaeile àdétemmier par TiospeetioA des Idme9 m^aes de ees léiiiKes* On les voit disposée» en petks plw^ hrréfulier» et ra]|oteux^ propres à retenir les parties hu^ BH4es ou aifueuses et garoies de poils ou de petites aspé« ritéB €pii fopflieiiit a«itaDt de sueoirs on de eoDchiiis. U vk égalefïiefit ({ne les feuilles absorbent non^seutemeat les va^ peurs et les sucs émanés du seift de la terre, mais aussi Fair qui les enwoaiie. 11 chercha à rendre compte du pfaé* BOfuèm de la respiration et de la transpiratiou dans les ptotes; j^iénomène dont il acquit la otrtilude d'une ma-* nière positive ; il s'assura par divers essais ingénieusement d^MMés^ que l'air adhère fortement à Ja surface des plantes et principaiemeat a celle du dessous de leurs feuiUes. Si, pu* eiemple, on plonge la plante dans l'eau ^ on voit cet air revêtir la tbrme de bulles qui s'échappent chassées par l'eau epû les presse de toutes parts. Une preuve que l'air est néeessaire à la nutrition des plantes, c'est que des feuilles recouvertes de divers enduits ou plongées dans une liqueur huileuse qui intercepte entièrement l'accès de Tat^ mosphère, ne tardent pai» à périr. Pour s'en assurer. Bonnet ooumt d'un vernis la surface de divers végétaux et les vit mourir par la privatkni de l'aire 11 en est alors de même que pour les insectes qui meurent lorsque Ton recouvre d'un enduit huileux les stigmates ou conduits qui servent à leur res{Hration; dans cette expérience les plantes ressem** blent entièrement à ces animaui par leurs trachées qui font absolument l'oilQee de stigmates. U demeura donc acquis d'une manière certaine que les plantes tirent l'humidité du

« Recherches sur fusû^e des feuilles, 1*"^ Mémoire, § 12 et 1^ lome % 49é (Mavres €ompUl8$v

60 CHAPITRE QUAim^lfi.

sol par leurs feuilles^ qu'il existe une comBumicatlon entre ces feuilles, laquelle règne dans toute la continuité du corps de la plante. De cette manière, on peut dire que les végétaux sont plantés dans Tair par la partie supérieure à peu près comme ils le sont dans la terre par la partie inférieure, et les feuilles sont par rapport aux branches, ce que les chevelus ou filaments des racines des plantes, sont par rapport aux racines. L'air atmosphérique constitue de la sorte un élément fertile au sein duquel les feuilles puisent leur nourriture pour le communiquer au végétal luimême. Aussi la nature a-t-elle donné une grande surface à ces racines aériennes^ afin de les mettre plus facilement en contact avec les vapeurs environnantes; les aspérités et les poils qui les recouvrent arrêtent les sucs liquides, de petits tuyaux toujours ouverts les reçoivent et les transmettent à l'intérieur. Dans certaines espèces, comme dans le Bouillon blanc, les aspérités et les poils sont des plus saillants, et forment de véritables pointes, dans d'autres les surfaces sont presque entièrement unies, mais divisées par petits espaces coupés de lignes délicates qui en font de petits plans irrégulièrement juxtaposés qui suffisent à arrêter l'humidité nécessaire à la vie du végétal. Les inégalités sont autrement disposées et plus marquées encore dans les espèces dont les surfaces soat encore plus petites et ne forment que de petits tuyaux, comme dans la prêle, le pin, le sapin ; dans ce cas, la petitesse des surfaces est compensée par le nombre, et ces plantes possèdent plus de feuilles dans un espace donné que n'en portent celles qui ont de plus grandes feuilles, ainsi l'absorption a toujours lieu et c'est à Taide de ces faibles organes que les plantes placées dans des terrains ingrats parviennent cependant à y croître et à s'y développer; dans des conditions aussi diffi*

PREMIER. MEMOiaB. 61

ciies, les brouillards et les pluies suffisent à leur fonrBir une nourriture convenable^ et^ dans certaines contrées, la rosée peut sufQre presque seule à Tentretien de végétation.

Enfin, il est des plantes qui ont peu de racines, et qui, cependant, s'élèvent tort haut et s'étendent beaucoup. C'est encore dans ce cas, à l'aide de leurs feuilles, qu'elles puisent dans Tair des sucs qui suppléent au défaut de ceux qu'elles ne peuvent tirer de la terre. La quantité de ixraée absorbée par les plantes pour leur servir de nourriture est si considérable que, d'après l'observation de Haies, une plante pesant trois livres, a augmenté de trois OAces après une forte rosée. Ces diverses considérations peuvent expliquer comment, dans les végétaux qui s'élèvent à une gruide hauteur, les parties situées à l'extrémité des branches ne doivept pas recevoir beaucoup de nourriture des racines dont elles sont fort éloignées, mais en compeiisation elles la tirent du milieu de l'atmosphère qui les environne et cette condition suffit à entretenir la vie. Ce fait se présente-t-il de même dans toutes les espèces? Le contraire fut encore mis en lumière lorsque Bonnet vint à comparer les plantes herbacées avec les plantes ligneuses ; il s'assura que les feuilles des herbes paraissent plus disposées que celles des arbres à pomper l'humidité. Il vit encore que dans les feuilles des herbes les deux surfaces ont à peu près les mêmes dispositions à s'imbiber, au lieu que dans celles des arbres la surface inférieure est ordinairement plus propre à cette fonction que la supérieure. Bonnet vitla raison de cette différence dans la diversité des tissus. Celui des plantes herbacées est large et spongieux. Leurs vaisseaux admettent par conséquent une plus grande quantité de sucs; le tissu des plantes ligneuses au contraire est serré et compacte; leurs vais-

étfoiiB 0t pe« taimis 4e siwb ^fi^Slamc. fl 'est eitrèflMmeBt ff«il»aMe que les feerfees frepremem dîtes, deilnée»àjOK»ît9e plus prompteneat quelles artires, éeraient être susceptibles d'une plus grande extension pour admettre UDe plusfnffide^quaBtité de aucs soHirkiers, elles devaient donc en temps iégat, aspirer «I troBfspirer pkiB que les ar- -bres; filaeées ^us près du «ol, elles soift dans une position "plus fsvM^iÉle pour -pouvetr étever pAus "preii^^tcfiient les laides qui servest à leur afimenlatfen ^. On peut dès lors ^etnsidérer la respiration des plaotes eomme analogue, smtm «embld»le à celle des omrps organisés'; les ovrertufes qui yermettet à l'air de péné^r et de -ciFCuler dans le corps de la 'plante foBt l'offîoe de votes respiratoires. Le savant ifghaemm Calandrim , avait déjà fait celle observation eft il •vait , an examinant use plante d'arum ou pied de ^ean , «Mstingué une memkMrane pétiotfhiNPe analogue à ceHe ée !a peau du corps èomain.

Mais qudles sost les formes et les loBCttons de ces vmes*? Cette retpiraition estnelle régulière ou soumise enlièremeBt à des inâueaees ou 4 des i^nornèBes extérieurs ? Les moaiFemenls «Itematiis d'a«piratioo et d'expiratioii éépendtaieul-ils du fvoid et du'ctoud ? 'L'aspirattoB et l'expiraitioB S'Opèreitt-elles par les mêmes «organes? Telles seiit -les (piesdan que Bofinet chercha à résoudre par des «npérienoes snoeessuves 4Nt s'il ne 4esiréflDlut pas entièreHieiit, du moins il ouvrit une voie utile aux travaux des botuaisles moderaes.

On tiouve égalemeirt daos ce peemiw mémeine deë ofe^- •erv^^ns curieiues sur la mmrche et la dk^eelion de la ■éve dans tes végétaux; -Bonnet y a perlectioBBé et i^ro-

• Recherches sur Vusage des feuilles j *§ 5. Tome t de» CEuvrc4 €omplèUis.

fondi les preoûen travaux suc ce si^t de Hale% Gala»drini, Corti et Dodart, et Ton trouvera dans ce méiBoite d'utiles- reusei^nemeiitg applicables à la botasiqiie et à la culture.

Dans un second mémoire notre auteur s'oeeupa pkia pri»^ cipalement de la direction des feuiUes/et de celle die» ti^s et des divers mouvements qu'elles se donDent pour changer de direction lorsqju'elles n'ont pas pcis la pKi& favorable po^ recevoir Tinfluence bienlaisante de Ym- et de kt himfèrt. Une preuve nouvelle de Timpoctance des feuilles , aiii8t <pie de celle des ti^s» c'est qu6 si on les U»ce à prendre une situation opposée à ceUe qu'elles ont re^ ue naturelle-* ment, ou qui leur convient « elles parvienaevt au bout àb quel«pie temps à se redresser, soit qu'dlea se trouvent dtiM Teau^ ou dans l'air, dans l'obscurité ou à la lumière; ee retournement s'opère dans des Teuilles éloignées de la 1^^ comme dans celles qui y adhèrent pks knnédialeBieiil^ dans les jeunes feuilles comme dans les feuilles pkis ttùvesK dans les plantes berb^ées c«Bune dan» les plaAtes li» gueuses. Ce curieux phénomène fut constaté pac é^ ev périences trèsrdélicates, et comme Bonnet l'avait faii pour les pucerons, par des table» soigneusement faites indiquanl le temps que chaque genre de feuille employait à se rer mettre dans sa première position après en avoir été élM^ gttée. Les végétaux ont une si grande facilité pour garder ou reprendre la situation q^i leur est nécessaire <|iie co phénomène peut sf observer dans les plue petits iiiélvidus, comme l'a remarqué Dodart Ainsi lorsque les graiops des plantes se trouvent semées à eontre-sens, c'eS(t4-dire te manière à ce que le germe se trouve placé en l'air au lieu d'être tourné vers le sol, ces graines ne laissent pas que de se retourner pour se replacer dans leur situation naturelle.

Les racines des plantes sont dans le même cas^ et quoi qu'on fasse, elles se tournent toujours du côte où se trouvent rhumidité qui sert à les alimenter et la lumière qu leur est nécessaire. Bonnet profita de ces observations connues pour tenter un grand nombre d'expériences analogues; il examina ce qui se passait lorsqu'il fixait des jets garnis (te leurs feuilles dans une situation forcée ; dans ce cas les feuilles revenaient à leur première situation; ce mouvement s'opérait par le pédicule ^ qui tournait sur lui-même, tandis que la feuille suivait son mouvement. Le degré de souplesse et de flexibilité dont il est doué, surtout par l'extrémité inférieure, lui permet de se prêter à tous les mouvements nécessaires. Toutes choses égales d'ailleurs, les jeunes feuilles seT retournent plus promptement que les plus mûres; celles des herbes plus promptement que celles des arbres; celles des arbres verts aussi promptement que celles des arbres qui perdent leurs feuilles. Elles peuvent se retourner la nuit comme le jour; plus promptement par un temps chaud ou serein que par un temps froid et pluvieux ; un soleil ardent les fait retourner avec une rapidité plus grande encore. La seule feuille du gui ne subit aucun de ces changements et reste absolument dans la position où on Ta mise, et il est à remarquer aussi que les deux surfaces de cette feuille sont complètement semblables^.

Plus .d'ailleurs le nombre de ces mouvements augmente et plus ils exigent de temps pour se faire complètement. Mais alors par suite d'un trop grand nombre de répétitions, le pédicule s'altère, et le dessous des feuilles habituellement exposé à l'ombre, et devenant par des retournements

' C'est ce que nous appelons aujourd'hui le Pétiole wi peUle lige qui soutient la feuille.

' 2« Mémoire. § 50.

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