DEUXIÈME MÉMOIRE
successifs en contact avec le soleil^ finit aussi par s'altérer. Dans les plantes isolées ou sur les tiges et les branches perpendiculaires à Fhorizon^ les feuilles se disposent de manière à ce que leur surface inférieure soit tournée vers la terre, et elles viennent chercher de la sorte dans Une position forcée en apparence, les influences terrestres dont elles peuvent avoir besoin, à moins cependant que le pédicule ne soit trop long ou trop mince pour pouvoir soutenir dans cette situation le poids de la feuille.
Bonnet chercha aussi à se rendre compte de Teffet de la chaleur du soleil dans la végétation. 11 s'assura que par son action sur la surface supérieure des feuilles la chaleur de cet astre change souvent leur direction et les détermine à se tourner de son côté. Ce phénomène est appelé par les naturalistes, la Nutation des plantes. Un autre effet produit par la chaleur solaire est de rendre concave la surface supérieure des feuilles et de les disposer en forme d'entonnoir ou de gouttière, dont la profondeur augmente en raison de la quantité de calorique reçue par le végétal. Ordinairement les feuilles des herbes s'aplatissent lorsque l'action du soleil vient à cesser, mais celles des arbres paraissent se ressentir plus longtemps de cette influence, peut-être à cause de la dureté plus grande de leur tissu. Il remarqua également les effets des rosées et vit que dans plusieurs espèces de plantes, vers le milieu de l'automne, après des rosées très-froides et très-abondantes, la surface inférieure prenait aussi une forme concave. Continuant ses expériences sur la lumière, il remarqua que les feuilles parviennent toujours à s*y diriger malgré les obstacles qui s'y opposent. Ainsi des plantes semées dans une cave s'inclinaient vers les soupiraux, d'autres placées dès leur naissance dans des appartements fermés se dirigeaient vers les fenê-
^ CHANTRE QtJiÉTBIÈltS.
très ; de jeuae» plaitefl de haricota seniés dans use s^nrai s'inclioaieBt pendant le jour vers la {Murle et se T^mmaA wx approches de k duH *. Non content de l'eiMoe» de ees phénomènes, Bonnet cherdua aussi à e&pli^uer le redtesacK ment des tiges doat le mouvement n'esl pas moins rée( que celui des feuilles mêmes. Le naturaliste Dodari anrak dé^ esprimé à cet égard des GOQ|eetures iogéBieuseSy Bonnet y ajouta les siennes et compléta les faits obserfés par Dodart dans le mémoire qu'il composa pour TAcadémiedes seienees (année 4790). Celui-ci s'était occi^ d'examiner les effets comparatifs de VhumtdLté et de la chaleur dans les partira constitutives du germe de la plante. Bonnet appliqua les mêmes obseryations aux ûbres végétales qui constituent la feuille. 11 vit que de même que les effets de révaporatio^^ ceux de Tabsprption de la chaleur n'étaient pas non plus les mêmes pour les diverses parties du végétal qui semblaient laites pour en' recevoir chacune des impressions différentes. Ainsi le soleil rend concave la surface supérieure des feuilles, tandis que la surface inférieure subit ce oiême effet préci* sèment par Tinfluence de Thumidlté. Voici donc un même résultat produit par deux causes différentes; il devait certainement y avoir un but dans cette loi de la nature, et ce but est précisément la conservatiou et la nutritioM de la plante. Ce fait indique qu'il existe une différence notable d'organisation entre les deux surfaces; celje de dessus paraît formée de fibres qui se contractent à la chaleur; celle de dessous de fibres contractiles par l'humidité. Une expérience ingénieuse vint le démontrer d*uûe manière positive.
Notre observateur construisit des feuilles artificielles dont le côté supérieur était de parchemin, l'inférieur de toile ;
en éêMi subeUoceft reee^anl ém mpnemïmm MuleÉMst difierenles des ioflueiiees alBiMphéri^pies. 11 Yît ak>rt qae les divers chaugeBoeate j^odutte par la ehateur et rbumkilté étaieot à peu près les mêfoes qoe daa» les feuiUe» Bâtu« relies. Il n'y avait donc pas à dogter ^^ les deu)c surfaces opposées de$ feuilles ne fi^seat noa-seulemeiit eoBsacrées à des Images difiéreats, mais composées de iftres et d'c^ Hk^Os diversciaeiit disposés. Voiei ee qu'il em eonelut : Lars* qu%1^4^i surfaces soot également cMitractées, il se f»l entre elles une espèce d'équilibre^ et alors la feuille demeura péaae^flf^iat aiosi que Fo» peol toir les feuiUes dTacacia à la 1m df'AUi jour d'élé; lorsque, au eoBtraire, la feuille n'est pas également contractée sur tous les points, perce que la chaleur qui T^i ironike n'est pas partout égale, alors la éi-' rectioii de la feuille cban^, et les parties les plus contrac* tées se touraeBt du cèté de la cbaleur; les expériences de Bonnet vérifièrent cette théorie K Ainsi la différence de eha* ]e^ ou d'humidité sur tous les points d'une feuille, la plus ou moins grande contractiiité des fibres, doivent en varier les directions, et ces directions sont subordonnées aux in* Ouences néce^^es à la vie de la plante* Ces diverses observations et une foule d'autres qui servirent h les condrmer furent l'objet d'un grand nombre d'expériences au)Equelles Bonoet te livra pendant Icmgtemps, et avec Tattention la plus sontemie. On pet^ juger de leur importance par les dessûiB qui accompagnent cette partie des œuvres d«r philosophe et qui montrent aux regai'ds les nmns exercés les détails des faits qui se passèrent sous ses yem. H constata encore que le retoutneal^ent des feuilles s'eiécnte an moyen de celui du pédicule ou pétiole qui lui sert d'attache ; il expliqua en
* Be€herthêê tuv ttuage dc« femllee, 3* Mémoire, § &a* Voy^ §a7 tt20.
détail ccmiinent ce mouvement avait lieu ; il vit que la feuille tourne sur lui comme sur un pivot et qu'il forme le centre où toutes les libres de la plante vont rayonner. Elle ne saurait éprouver de contraction sans que le pédicule y participe tout entier. Celui-ci^ composé de fibres ligneuses et de trachées, est sollicité par des effets très-différents et assez compliqués. De même que le jeu des surfaces ded feuilles, celui des pédicules est composé de forces de natures diverses qui tantôt se réunissent, tantôt se contrarient pour se neu- Uuliser.
Les feuilles ne sont pas d'ailleurs les seules parties de la plante où Ton observe des mouvements : les tiges possèdent aussi cette faculté, et l'on voit de jeunes tiges inclinées vers la terre se redresser peu à peu et reprendre leur direction perpendiculaire, et dans celles qui n'ont de libre que l'extrémité, cette extrémité seule se redresse. Dodart avait observé ce phénomène et l'avait consigné dans le mémoire spécial dont nous avons parlé plus haut^ 11 avaii vu ées pins qu'un orage avait abattus sur le penchant d'une colline, redresser l'extrémité de leurs tiges pour regagner la perpendiculaire, de manière que leur partie supérieure formait ainsi un angle avec la partie inférieure, et cet angle était d'autant plus ouvert que le sol était plus ou moins oblique par rapport au plan de l'horizon. Bonnet avait mis à profit ces remarques et ayant continué à examiner Feffet de la déviation forcée sur les tiges, il avait remarqué qu'elles reprenaient toujours leur direction première. La pariétaire qui vient à pousser horizontalement dans uu mur se redresse bientôt pour suivre la direction du mur. Les
■ Dodart. Sur Taffectation de la perpendiculaire, remarquable dans toutes les tigei , dans plusieurs racines , et dans les branches des plantes. Mémoire de l'Académie royale des sciences, année 1100.