‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 48 sur 126 · CINQUIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME MÉMOIRE

Tautre descend. Ce courant liquide esHl composé des mêmes éléments pour Tune et l'autre de ces deux fonctions? Tout le fait présumer ; au moins est-il certain qu'il 7 a we étroite communication entre l'un et l'autre; Bonnet conjectura que c'était dans les dernières ramifications des feuilles et des fleurs que cette communication* avait lieu. Il fut aussi conduit à penser que les extrémités les plus déliées des vaisseaux du bois se réunissent et s'abouchent exactement à cet endroit avec des parties correspondantes des vaisseaux de Técorce ^; il partagea l'avis de Haies en admettant comme lui que le mouvement de la sève dans les plantes n'est point une véritable circulation que l'on puisse comparer à celle des animaux^ mais une sorte de mouvement d'oscillation^ une espèce de balancement entre deux forces dont l'une fait monter^ et l'autre fait descendre le liquide nourricier^ et tout concourt à établir que la sève descendante est destinée à l'alimentation desracines> et que les branches et les feuilles sont nourries par la sève ascendante. Labaisse avait adopté l'opinion contraire, celle d'une circulation complète ; Bonnet, sans refuser aux travaux de ce savant l'estime qu'ils méritaient, prouva qu'il s'était trompé et qu'il avait supposé, entre l'animal et la plante, une ressemblance qui n'existait point réellement; il refit ses expériences et démontra qu'il n'était pas possible d'en tirer de pareilles conclusicms, sans forcer les analogies oulre mesure, et s*appuyant lui*même sur les opinions de Haies et sur les faits qu'il avait exposés, il montre que l'organisation des uns est totalement différente de celle des autres.

Les plantes reçoivent et transpirent en temps égal beau* coup plus que les grands animaux. Celle qu'on appelle soleil y

< Ou oorome on dit plus fctentinquemeat s'onaUQmoienu

76 CHAPITRE CINOllIÈME.

par exemple , absorbe et transpire en vingt-quatre heures dix-sept fois plus que l'homme. Les plantes sont dans un eut de perpétuelle succion, elles prennent sans cesse de la nourriture, pendant le jour par leurs racines, pendant la nuit par leurs feuilles ^ Les animaux, au contraire, ne prennent de la nourriture que par intervalles. La digestioâ de cette nourtiture ne s'opérerait point, ou s'opérerait mal, si de nouvelles nourritures se succédaient sans interruption. Le mécanisme qui exécute la nutrition des plantes paraît donc devoir différer beaucoup de celui de ralimentatioQ des animaux qui nous sont les plus connus.

La nutrition des plantes semble devoir se faire d'une manière plus simple» exiger moins de préparation que ceUe des êtres animés.

A ces observations Bonnet ajoute les intéressants détails qui suivent :

« Les plantes n'ont point de parties qui répondent, par « leur structure ou par leur jeu, à celles qui opèrent la « circulation du sang dans les grands animaux. Elles n'ont c( ni cœur, ni artères, ni veines. Leur structure est très- « simple et très-uniforme. Les fibres ligneuses^ les utricules, « les vaisseaux , les trachées composent le système entier « de leurs viscères; et ces viscères sont répandus uni- « versellement dans tout le corps de la plante : on les re- « trouve jusque dans les moindres parties. Les vaisseaux « séveux n'ont point de valvules destinées à favoriser l'as- « cension de la sève et à en empêcher la rétrogradation. « Quand ces valvules échapperaient au microscope^ l'éxpé- « rience en démontrerait la fausseté, puisque les plantes « ^ue Ton plonge dans l'eau, ou que l'on met en terre par ^ leur extrémité supérieurCi ne laissent pas de végéter.

^ Mémoires sur F usage des feuilles^ § 18.

RÉFUTATION DE l'oPINION DES NATURALISTES. 77

a II est si vrai que la sève monte et descend librement « par les mêmes vaisseaux : que si après avoir coupé dans la « belle saison une des branches d'un arbre^ on adapte au « tronçon un tube de verre qui contienne du mercure^ on « verra la sève élever le mercure pendant le jour et le lais- « ser tomber à l'approche de la nuit. On parviendra ainsi « à mesurer la force de la sève par l'élévation du mercure^ « et comparer cette force dans différents sujets. Toutes « choses d'ailleui:s égales^ les variations du mercure seront « d'autant plus considérables que le jour sera plus chaud « et la nuit plus fraîche. La marche de la sève dans la belle a saison ressemble donc assez à celle de la liqueur d'un « thermomètre; l'une et l'autre dépendent également des tt alternatives du chaud et du frais.

« Enfin les divers phénomènes botaniques qu'on a regara dés comme de fortes preuves de la circulation de la sève^ « ne la supposent point nécessairement. Tous ces phénoa mènes s'expliquent de la manière la plus heureuse par a un principe fort simple fondé sur l'observation. C'est « qu'il y a une étroite communication entre toutes les parti ties d'une plante. Elles sont toutes les unes à l'égard des c( autres dans un état de succion : la nourriture que prend a une de ces parties se transmet aux autres. Les feuilles se <c nourrissent réciproquement ^ La racine pompe le suc de a la tige^ la tige pompe le suc de la racine. Ainsi^ du cornet merce mutuel qui existe entre le sujei et la greffe, résulte « cette communication réciproque de leurs bonnes ou de u leurs mauvaises qualités^ qu'on allègue en preuve de la a circulation. I^e suc nourricier passe alternativement du a sujet dans la greffe, de la greffe dans le sujet.

« On ne peut disconvenir qu'il n'y ait des rapports entre

' Mémoirei sur fusage des feuilles, § 9.

78 CHAPifRE CINQUIÈMC.

« les plantes et les grands animaux; naais ces rapports ont 0 leurs limites, et on ne doit user de l'analogie qu'arec une c( eitrême sobriété, lorsqu'il s'agit d'espèces de classes fort « éloignées. Si la nature a prodigieusement^arié les formes « extérieures des corps organisés, elle n'a pas moins varié « les moyens qu'elle a choisis pour les faire vivre, croître, « multiplier. Parmi les animaux même, combien en est-il « où la circulation ne suit pas les mêmes lois que danp (c l'homme ! N'y a-t-il pas encore des animaux dans lesquels a on ne découvre point de circulation? n'en est-il pas où <x les aliments paraissent simplement ballottés de haut en « bas et de bas en haut? Ces nombreuses familles de po- « lypes, qui ont tant exercé la sagacité et l'adresse de « M. Trembley, n'en fournissent-elles pas des exemples? On a sait que ces polypes multiplient comme les plantes par « boutures et par rejetons. Us composent souvent de petits « arbres fort touffus. La nourriture que prend un rameau « se communique bientôt à toutes les branches et au « tronc*. »

C'est par suite de ces raisonnements que Charles Bonnet établit le véritable rôle de la sève dans la vie de la plante, et qu'il combat l'opinion de Haies, qui avait prétendu que ce fluide s'élevait à la fois dans l'écorce et dans le bois, et celle de Labaisse, qui affirmait que la sève joue précisément le rôle du sang dans les grands animaux et qu'il existe dans les végétaux une véritable circulation conforme à la leur.

Pour éclairer ses recherches sur la marche de la sève et sur la forme des vaisseaux absorbants. Bonnet fit de nombreuses expériences sur la route des liqueurs colorées dans l'intérieur des plantes. 11 s'attacha à suivre les effets que pouvaient produire diverses couleurs; il vit que l'eau déco-

* &• Mémoire sur Vuêagedet fwilleSy § 9Î.

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