‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 54 sur 126 · ORIGINE DES MÉDITATIONS DE BONNET · texte numérisé non relu

ORIGINE DES MÉDITATIONS DE BONNET

et naïve dans une de ses lettres à son ami Haller ^ ; et, désormais, consolé de sa disgrâce en voyant les chefs-d'œuvre que pouvait produire une méditation assidue, il oublia, pour un temps, les phénomènes de la nature qu'il ne pouvait plus étudier de près, et se mit à la recherche de la vérité, sur toutes les questions qui peuvent intéresser l'homme et sa destinée tant présente que future. Il avait formé, dans ce but, une espèce de conférence où quelques amis se réunissant dans le but de s'instruire, traitaient entre eux toutes sortes de sujets et se proposaient des problèmes ou des doutes à résoudre.

Si l'on veut avoir une idée de cette petite société, formée vers 1750, voici ce qu'en dit Bonnet dans ses lettres ou mé-« moires sur sa vie :

« J'avais eu de fréquentes occa^ons de m'entretenir de a cette importante matière (la liberté), avec trois amis dont « les lumières et le génie m'inspiraient et m'éclairaient. Je « parle de MM. Butini , Beaumont et Roger. Vous con- « naissez personnellement le premier et vous savez qu'il est « aussi bon philosophe qu'habile médecin.Yous savez encore « qu'il est attaché de cœur et d'esprit à cette doctrine de vie « qu'on est d'autant plus disposé à recevoir et à pratiquer « qu'on est meilleur philosophe, et vous n'avez pas moins a goûté que moi son Esprit du christianisme^ que nous détt sirioDS qu'il voulût publier. Les deux autres amis dont je « vous parlais vous étaient aussi connus personnellement et « vous en faisiez bien du cas. Si une mort prématurée ne <c les avait enlevés à la république des lettres, ils l'auraient « servie plus utilement encore. M. de Beaumont joignait à « beaucoup de pénétration, de sagacité, de justesse dans tt l'esprit, une grande capacité à généraliser ses idées. Nous

1 Voyez Mémoires de Bonnet, Lettre 7.

90 CHAPITRE CniQUIÈME.

« avons de lui une petite brochure anonyme intitulée Prinfc oipês de philosophie morale (Genève^ ^"^^^y <ini contient a bien plus de vérités que bien des gros in-4*'. M. Roger « n'avait pas moins de solidité dans le jugement que de <t droiture dans le cœur. Dans quelque discussion que ce a fût, il pesait sagement les raisons pour et contre^ et ne « se pressait point de décider. Il avait publié^ en 1757^ « d'excellentes lettres sur le Danemark qui avaient été fort « bien accueillies du public. Son séjour à la cour du feu « roi^ la bienveillance dont ce bon prince l'honorait, la contt fiance entière que son vertueux maître^ feu le baron de « Bemstorf^ avait en lui^ l'avaient mis bien à portée de se « procurer les meilleurs mémoires sur ce royaume^ et il « avait su en faire l'emploi le plus judicieux ^ d

Un de ces entretiens avait roulé sur la liberté humaine et chacun avait énoncé son opinion. Notre philosophe voulant à son tour exposer ses pensées, les réduisit en propositions qui résumaient toute sa manière de voir sur ce sujet ; ce petit travail s'appelait Essai sur la liberté , et il l'adressa à son respectable ami le mathématicien Cramer, qui demeurait alors à Paris. Dans cet opuscule il développait ses principes sur la manière dont nous sommes déterminés dans le choix de nos actions. Suivant lui, l'âme de l'homme est parfaitement libre dans son choix, mais cette liberté est su* bordonnée au sentiment de ce qui lui paraît le meilleur, le plus avantageux; elle possède le pouvoir de se déterminer par un acte réfléchi de sa volonté, et cette volonté s'arrête à un motif ou à un autre suivant l'impression que les objets extérieursfout sur elle. L'action suit alors nécessairement le choix que fait l'âme entre ces différents motifs, et suivant que ces motifs se rapportent à l'ordre ou au désordre^ au bien ou

< Mémoiret de Bonnet, Lettre 6.

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