‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 58 sur 126 · CONTROVERSE DE BONNET AVEC UN INCRÉDULE · texte numérisé non relu

CONTROVERSE DE BONNET AVEC UN INCRÉDULE

par quelques lettres pleines de force^ de logique et d'une élévation de pensée qui pouvaient satisfaire les esprits les plus difficiles. S'attachant à détruire les arguments de son adversaire^ il fit voir avec Tautorité du bon sens et de la raisoui qu'il est impossible » une fois ayant admis l|u'il n'y a point d'effet sans cause^ de supposer ces causes et ces effets »'en* chaînant l'un l'autre par une progression ou succession infinie comme l'imaginait l'incrédule; car sous peine d'anéantir toutes les notions reçues , il faut toujours arriver à concevoir une cause première sans précédent^ et c'est précisément cette cause première dont le géomètre raisonneur ne voulait pas admettre l'existence. Trois lettres de M. Galandrini suffirent pour faire comprendre au philosophe égaré le vide de sa logique. Il se rendit^ et si Bonnet n'eut pas seul l'honneur de le ramener à la lumière, il en eut un autre non moins certain^ ce fut d'avoir su préférer la vérité au puéril honneur d'engager une lutte qui^ sans le secours d'un esprit éminent, eût peut-être tourné à son désavan-* tage*.

On voit par la combien c'est à tort que Charles Bonnet a été supposé par quelques écrivains comme tendant au matérialisme. Son admiration pour le philosophe hollandais S'Gravesande servirait à elle seule à démontrer le contraire. Voici ce qu'il a dit dans ses Mémoires : « S'Gravesande était un philosophe profond et moral; je dois ajouter chrétien. Vous n'avez pas oublié avec quelle franchise et quelle candeur il s'est expliqué sur la liberté dans son excellente Introduction à la philosophie. J'avais beaucoup lu cette espèce de manuel, et il n avait pas peu contribué à m'afiermir dans les principes vers lesquels mes premières méditations m'avaient conduit. J'y ai puisé des

' Mémoires de Bomieif lettre 8^.

notions exactes sur divers points importants de Tontologie sur lesquels mon esprit avait travaillé. Nous avons à regretter que cet habile bomme^ qui possédait si supérieurement l'art de penser, ne possédât pas au même degré l'art d'écrire. Je ne connais iSen de plus aride et de plus inélégant que sa diction. Son livre n'est fait que pour les amateurs de la vérité la plus rare*. »

Dans'la discussion que nous avons rapportée plus haut on retrouve avec plaisir les idées les plus justes et les plus élevées sur la Divinité. Bonnet les expose à son ami Trembley dans la huitième lettre de celles qui composent ses Mémoires. On y voit qu'il avait suivi avec beaucoup d'entraînement les idées du philosophe hollandais. Il y ajoutait quelques-unes des siennes; ainsi à propos des ai^uments de son incrédule qui prétendait que la matière pouvait avoir existé nécessairement de toute éternité, il dit : « Pour ce qui est de la prétendue nécessité de la matière, je ferai une remarque qui vous paraîtra peut-être mériter quelque attention. On s'imagine assez généralement que Dieu avait créé d'abord la matière et que de cette matière il avait ensuite formé l'univers. Cette manière de concevoir la matière donne lieu à bien des difficultés. Ce ne serait point du tout ainsi que je voudrais que Ton conçût la chose. Dieu n'a pas créé d'abord la matière, puis l'univers, mais il a dit que l'univers soit, et l'univers a été. La matière, telle qu'on la conçoit communément, n'est qu'une abstraction réalisée. Il n'existe point de matière, mais il existe des corps particuliers dont nous déduisons par la réflexion, l'existence de la matière.

«Vous goûterez beaucoup, je m'assure, les sages réflexions de M. Calandrini sur les dangers que l'on court lorsque Ton veut creuser dans la structure intime de TJÈtre des êtres.

* Mémoires de Bonnet t lettre 6*

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