‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 59 sur 126 · MORT DE CRAMER · texte numérisé non relu

MORT DE CRAMER

On ne saurait disconvenir que ce ne soit là une des principales sources de Tathéisme de spéculation. Jamais nous ne comprendrons le moins du monde ce que Texisteuce nécessaire est en soi^ et pourtant nous sommes forcés, en bonne métaphysique, d'admettre un être nécessaire » cause première de tout ce qui a été et de ce qui sera. A quoi sert donc ici la vraie philosophie? à mettre des bornes à cette impertinente curiosité qui voudrait sonder un abîme dans lequel le chérubin lui-même n'ose regarder. Quelle folie! quelle inconvenance de pensée. On voudrait sonder la nature intime de l'existence nécessaire, et nous ne savons pas même ce que c'est que l'existence des êtres contingents. Mais que de choses qui paraissent à notre portée et dont nous ne pénétrons pas même la nature! Nous ne saurions trop nous remplir du sentiment de notre ignorance; car l'orgueil philosophique est à la fois le plus dangereux et le plus ridicule de tous *• ^

En 1752, Bonnet eut le chagrin de perdre un ami dont l'attachement lui était infiniment précieux, c'était le mathématicien Cramer, qui avait été son maître et son conseUler, et qui mourut à Montpellier, où il s'était rendu pour rétablir sa santé fort altérée depuis longtemps. Bonnet exprime à son sujet des regrets réellement touchants dans* ses Mémoires : « Cet honmne célèbre joignait, dit-il , au cœur le plus excellent et à l'âme la plus ferme et la plus élevée, tous les dons de l'esprit et du génie; il fut^lT^ fois universel et profond. 11 sut allier les grâces de l'âoh cution à la justesse du raisonnement, et l'on vit en lui le rare assemblage de toutes les qualités qui font l'homme aimable et le savant, le citoyen et l'homme d'État, le philosophe et le chrétien. Je le pleurai comme un fils pleure

' JHémoires de Bonnet, lettre 8".

un père respectable et obéri. Je ne pouvais me rappeler sans le plus grand attendrissement toutes les marques d'amitié dont il n'avait cessé de me combler depuis 1738, et toutes les eicelletites instructions et les puissants eneouragements que j'en avais reçus; tout cela se peignait vivement à mon esprit et à mon cœur et ne servait qu'à me faire sentir plus fortement la perte irréparable que je venais de faire, d

Convenons qu*un pareil éloge sorti d'une telle plume peut suffire à la gbire d'un homme*

Cramer s'était distingué par ses vastes connaissances; il avait été professeur de philosophie et de mathématiques à Genève et s'était fait connaître par des travaux spéciaux^ entre autres par une Introduction à VantUyie des courbes algébriques et par une édition des œuvres de Jean et de Jacques Bernouilli Il avait aussi composé un Traité de logique dont Bonnet fait le plus grand éloge dans ses Mémoires^ mais qui n'a point été publié. Lorsque œ savant mourut, celui-<i entra à sa place au grand conseil de Genève dont Cramer faisait partie K

* Ménwiru de Bonnet^ lettre 7%

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