‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 60 sur 126 · BONNET FAIT VU OUVRAGE SUR LA PHILOSOPHIE. 1J · texte numérisé non relu

BONNET FAIT VU OUVRAGE SUR LA PHILOSOPHIE. 1J

Bonnet rassemble les matériaux d*un grand ouvrage sur l'ensemble de It phflosophie. -^ Il en tire VEuai de fuyehohgie et le publie en 1754. Analyse de cet ouvrage. Tues de T auteur sur le mécanisme des opérations de rame. — Analyse des diverses facultés, mémoire, imagination, etc. Idée de Téxistence de Dieu liée à celle de la cause suprême. — Vues pratiques sur le perfectionnement moral de l'homme et sur Féducatien' — ^ Sur la direction des études et l'enseignement des sciences. — Sur la religion. — U envoie V Estai de piycholoyie à son ami Trembley; lettre critique qu^il en reçoit. -^ Quelquesautres opuaoules.

Tout ett^'oocupaot de son Traité sur lei feuilles^ notre naturaliste s'était reposé l^s yeux en é?itant Teiamen des objets qui exigeaient l'emploi des instruments^ et occupant son temps par des méditations sur des sujets philosophiques. Le fruit de cette nouvelle espèce de travail avait été un ou^ vrage d'ensemble destiné à faire eonnaître les vues les phis essentielles de la philosophie. Cet ouvrage devait renfisrmer an système complet sur l'homme et les rapports qui existent entre les diverses parties de ce grand tout. Nourri de profondes études sur la nature, pénétré des plus grandes idées que la philosophie ait jamais fait naître dans l'intei^ ligencede l'homme; d'autre part, privé des moyens directs d'observation, puisque ses yeux ne pouvaient plus lui servir à scruter les phénomèmes du monde extérieur, son cerveau acquit la rare faculté de concentrer à la fois un grand nombre d'idées et de les réunir sans les perdre. Tout le plan et toutes les corrections de l'ouvrage qu'il méditait se faisaient dans sa tête, et il y créait tout d'un coup des pages entières pleines d'éloquence, qu'il dictait sans hésitation. La hardiesse de son exposition était d'autant plus grande que la

forme qu'il employait l'obligeait à resserrer toutes les idées, et à diminuer autant que possible le nombre des mots. Dans ce vaste plan^ ses yues générales sur Dieu et la nature le conduisirent à l'examen des diverses parties qui constituent le globe que nous habitons. Il suivait les gradations des êtres qui l'habitent, remontait des êtres bruts aux êtres organisés, s'éievant enfin jusqu'à l'homme, puis considérait ses qualités physiques et morales, la nature et l'ordre de ses faeultés, sa destination présente et future ; de là naissait nécessairement l'existence de lois qui unissent l'homme à Dieu et d'une religion qui en est l'expression vivante et la forme éternelle. Nous nous bornons, pour le présent, à mentionner cet écrit qui occupa les loisirs de notre philosophe à fépoque où nous som|bes arri^ Nous le retrouverons et nous en développerons les idées, surtout dans la VotUemplation de la nature et dms la Palingénésie philosophiqtAe qui en furent tirées et qui forment ses dem pricipaux titres de gldre littéraire ^

Les portions de ce plan qui avaient rapport à l'histoire de lime composèrent l'écrit qui parut sous le xvm d'Essai de psychologie, publié à la fin de l'ajinée 1754. Clet intéressant travail de pure philosophie contient une analyse complète des facultés de l'âme. Bonnet y considère l'homme dès les premiers instants de son existence et suit le développement de ses organes et de ses facultés, depuis l'état embryonnaire Jusqu'à celui où l'intelligence est entièrement formé* et possède le libre exercice de ses facultés. Il s'était ainsi proposé d'étudier l'âme humaine comme il avait déjà étudié les corps de la nature par voie d'analyse et d'observation. L'examen analytique des facultés de l'âme if est pas une

* Mémoire pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de Bonnet, par J. Trembley, p. 43 et suivantes.

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idée neuve. Cette idée est aussi ancienne que la philosophie elle-même.

Dans l'antiquité^ Aristote avait perfectionné les vues des anciens philosophes qui avaient laissé planer beaucoup d'incertitude sur l'existence même de Tâme, en définissant mieux ses éléments et son rôle au sein de notre organisation tout entière. Il analysait remploi de nos facultés^ établissait la relation qui existe entre elles et nos sensations^ relations qui la lient essentiellement à tout l'ensemble de notre être; mais, dans son système, il supposait que les facultés de Vèsf^ se développaient par le ministère des sensations physiques, cVst-à-dire que les idées et les sentiments qui s'éveillent dans notre âme proviennent de l'excitation que produisent les objets extérieurs. Pendant les siècles du moyen âge, l'étude de l'âme s'était réfugiée daiis la théo- \o^e avec la philosophie tout entière, et la théologie en résolvait les grands problèmes d'une manière toute dogmatique^ qui n'avait pas laissé beaucoup d'exercice à la raison.

Dans les temps modernes, Descartes et Locke avaient entrepris de ramener la psychologie à des éléments plus positifs fn l'obligeant à se dépouiller des ornements trompeurs de f imagination. Le pt^mier, tout en restant spiritualiste décidé^ chercha à déterminer le rôle qu'exercent nos organes sur les facultés intellectuelles. Locke poussa plus loin la doctrine qui faisait prédominer le rôto des sensations^ et se rapprocha davantage du système d'Aristote; il n'admit plus l'existence d'idées innées, c'est-à-dire d'idées que l'âme amènerait avec elle en naissant^ et qui seraient par là indépendantes des influences qu'elle pourrait recevoir des sensations. U contribua aiBsi à rétablir le principe d'Aristote que rame est mise eu roouvemeqf par les impressions qu'elle reçoit des objets du dehors. Bonnet^ sans vouloir imiter ni suivre absolument aucun de ces deux philosophes^ s'inspira

Utilement de leurs méditations. Il part d'un principe acquis et constaté par Texpérience^ c'est Teiistence simultanée dans nous de deui substances^ l'une spirituelle^ l'autre corporelle et de leur action réciproque. Quoi qu'on puisse dire pour faire prédominer l'un ou l'autre de ces deux éléments^ une concordance parfaite existe entre eux, et chacun d'eux est aussi nécessaire que l'autre pour constituer notre être tout entier. Bonnet suit les développements de l'âme dans toutes les phases de son existence, depuis le moment où elle semble s'éveiller dans l'enfant nouveau-né, jusqu'à celui où elle s'endort avec le déclin de nos facultés lorsque nous arrivons à l'extrême vieillesse. Dans toutes les opérations psychologiques, le mouvement produit par l'objet extérieur se communique à l'organe des sens qui a été frappé, de li ILU cerveau, et parle moyen du cerveau à l'âme elle-même. La psychologie contribue donc à nous éclairer sur les fonctions de nos organes et sur leurs rapports avec l'âme, en nous fournissant des notions sur la structure des organes et sur celle du cerveau que nous pouvons considérer comme le centre de tous les phénomènes intellectuels. C'est li ce que Bonnet appelle la mécanique des sens. Il compare l'âmi à un clavecin ou à un orgue; les Ûhvêà sensibles qui eo» duisent les impressions des sens au cerveau sont comme les touches du clavecin ou de l'orgue. Tantôt ce sont les objets qui ébranlent les touehes, tantôt c'est l'âme qui, par ta volonté propre, met en jeu l'instrument. Ainsi l'âme forme un centre commun qui réunit toutes les impressions dont nous sommes sans cesse agités, qui composent toutes nos idées, et d'où parlent tous les mouvements qui vont mettre en jeu nos organes. Mais là doit s'arrêter l'analyse, et jusqu'à présent tous nos efforts pQur déc^vrir ce trait d'union^ ce lien insaisissable entre le» deux natures corporelle et spirituelle, sont demeurés impuissants; Bonnet n'a pas tenté

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