‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 70 sur 126 · CARACTÈRES DE L'ESSAI ANALYTIQUE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE L'ESSAI ANALYTIQUE

source première de toutes nos idées, et que la réflexion ne produit les idées abstraites qu'en opérant sur des idées sensibles. Il considère Tunion de l'âme et du corps comme un phénomène dont la source nous est inconnue, mais tel que nous pouvons du moins analyser les divers faits qui s'y rattachent quand nous les soumettons à une observation attentive. Il rend raison de la diversité des modifications de notre âme par la diversité des organes qui agissent sur elle par l'intermédiaire du cerveau. En prenant pour point de départ l'hypothèse d'une statue qui serait appelée à jouir de l'existence, et qui s'animerait par degrés, il parcourt successivement toutes les modifications produites par les effets divers qui affecteraient chacun des cinq sens; il examine toutes les sensations qui, successivement, conduiraient à la naissance d'impressions nouvelles et par suite contribueraient à la formation de toutes nos idées. Cet examen lui fournit l'occasion d'entrer dans le détail des facultés de l'âme, prises une à une, depuis leur origine et dans leur liaison avec les sens et les sensations.

Dans ce travail délicat et purement analytique. Bonnet entreprend de remonter à l'origine des opérations de l'âme ; il fait voir que nous percevons toujours les idées à Taide des sensations extérieures; ces sensations sont elles-mêmes éveillées par des objets qui déterminent des effets physiques agissant sur le système nerveux. Celui-ci ébranle le cerveau. Dans la partie la plus teculée du cerveau se trouve sans doute le siège de l'âme qui sert de centre à toutes les impressions et à son tour réagit sur elle; les Hées ne sont autre chose que le résultat des impressions formées par l'ébranlement des fibres nerveuses qui vont communiquer au siège de l'âme. Mais comment l'âme fait-elle de ces iihpressions extérieures des idées? c'est en agissant à son tour sur elles d'une manière qui lui

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est propre et en vertu de ses forées spéciales; ainsi l'odorat nous fait éprouver f odeur d'une rose, et ce corps autrefois inconnu, affectant l'âme d'une certaine manière agréable, présente une idée que la mémoire nous rappelle en renou- Telant par le souvenir l'impression qui nous est restée; c'est ainsi que viennent s'éveiller toutes les idées qui, en parvenant à nous par l'intermédiaire des sens, forment, en se combinant, l'ensemble de toutes celles que nous associons tous les jours pour notre usage et qui constituent le domaine et l'exercice de notre intelligence.

L'âme, quoique supposée placée dans une partie du cerveau, n'en est pas moins considérée comme complètement immatérielle et distincte par cela même du corps, mais elle lui est étroitement associée, et par son union avec lui constitue l'être mixte que nous avons appelé l'homme. Ce mystère, dont l'explicatioD nous échappe complètement, est le terme de toute recherche; mais, en dedans de ses limites, il nous est permis de suivre en détail toutes les opérations de l'âme par le ministère des sens.

De même qu'il l'avait fait dans TEssai de psychologie, Bonnet admet une grande influence du système nerveux dans toutes les opérations intellectuelles; tout cet appareil qui se compose de fibres extrêmement d^cates, propres à ressentir les moindres impressions du dehors, sert de véhicule entre ces objets matériels et le cerveau lui-même; celuici reçoit alors l'influence des objets sensibles, et Tébranlement qui en résulte met en jeu les idées. Ainsi chaque fibre, chaque fibrille, ou portion de fibre, est mise en mouvement suivant la nature de tout objet qui sert à l'éveiller et à lui communiquer une impulsion; chaque sens possède son ordre particulier, son faisceau spécial de fibres nerveuses qui lui sont afiectées et qui le tiennent sans cesse en rapport avec tous les objets extérieurs.

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