‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 71 sur 126 · EXTRAIT DE LA PRÉFACE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA PRÉFACE

L'auteur de TEssai expose lui-même ses vues dans la préface de cet ouvrage d'une manière à la fois simple, modeste et éloquente :

« J'ai traité, dit-il^ des matières délicates qui touchent à une infinité de choses dont plusieurs sont respectables. A l'égard de celles-ci j'ose assurer qu'on ne trouvera rien, dans cet ouvrage^ qui puisse leur donner la moindre atteinte. Â l'égard des autres^ Tanalyse m'a quelquefois conduit à m'é« loigner des opinions reçues, et s'il m'est arrivé de les choquer, c'a été assurément sans intention de choquer ceux qui les adoptent. J'ai désiré sincèrement m'éclairer, mais j'avoue que j'ai voulu voir par moi-même. J'ai donc consulté la nature; elle ne demande qu'à être interrogée ; je l'ai interrogée à la manière du physicien. Je n'ai pas été chercher mes principes, ils me sont venus chercher, et l'observation seule m'a montré les conséquences. Je l'ai dit, je puis m'être trompé; en étudiant mes principes, on découvrira la source de mes erreurs, et cela même en préviendra de nouvelles et tournera au profit du vrai. Démontrer une erreur, c'est plus que découvrir une vérité; car on peut ignorer beaucoup, mais le peu qu'on sait, il faut au moins le savoir bien. Si l'on tire de mes principes des conséquences odieuses, elles ne m'appartiendront pas; il est trop aisé d'extraire des poisons, il ne l'est pas assez de trouver des antidotes. Je ne crains pas qu'on veuille intéresser la religion dans une recherche purement philosophique. Ceux qui aiment la religion la respectent; et serait-ce la respecter que de la mêler à des choses qui ne sont point elle? Quels que soient nos systèmes sur l'âme, la morale chrétienne sera toujours la route du bonheur, il restera toujours à Fhommc un entendement pour connaître cette route et une volonté'pour la suivre ; les dogmes qui appuient cette morale n'en reposeront pas moia3 sur des faits dont la certitude est au-dessus des efforts

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de rincrédulité. Au reste je puis répondre de la pureté de mes intentions; les esprits bien faits qui ne peuvent lire mon cœur^ liront au moins mon livre ^ »

Ce court extrait peut donner une juste idée de la bonne foi, de la droiture et du rare bon sens continuellement exprimé dans cet ouvrage.

Un peu plus loin^ Bonnet analyse, avec ce même coup d'oeil qui lui a servi ailleurs à percer quelques-uns des mystères de la nature, la distinction profonde qui sépare l'âme du corps. Cette distinction, il la scrute, l'explique, la détaille au point qu'on croit saisir la vérité elle-^ême, tout cela d'ailleurs avec cette simplicité qui fait l'inmiortel attribut du génie. On ne trouvera point dans l'Essai analytique de ces longues dis3ertations qui font Tennui des bons esprits et des vrais philosophes; c'est un résumé net comme la géométrie, clair comme la vision elle-même. Ainsi traitée, la philosophie sert réellement à éclairer, à diriger l'esprit; car si nous ne pouvons attemdre au fond des choses, nous pouvons du moins utiliser, dans un degré considérable,, les forces de notre intelligence pour com* prendre tout ce qui sert aux besoins de notre nature. A ceux qui disent : a A quoi bon s'attacher à pénétrer les mystères insondables du mécanisme des opérions de l'âme , » le philosophe répond : a Nous ne connaissons point, il est vrai, l'essence réelle des substances; ne pouvons-nous rien connaître des substances? Parce que nous ignorons ce qui pro** duit en nous l'idée de l'étendue solide, ne pouvons-nous rien affirmer du tout de la matière? Les substances ne nous sont connues que dans leurs rapports à nos facultés; d'autres êtres doués de facultés diflérentes les voient sous

* Essai analytique sur les facultés de Vâme, Tome Vlll desœuvret complètes. Préface, p. 12-16,

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