EXTRAIT DE LA PRÉFACE
d'autres rapports. Que nous importe? Les rapports sous lesquels les substances se montrent aux différents êtres, et par conséquent à nous, sont très-réels, parce qu'ils découlent de l'essence même des substances combinée avec celle des êtres qui les aperçoivent ^ »
11 ne faut donc pas s'appuyer sur ce que nous ignorons la solution de beaucoup de problèmes pour vouloir nier toute philosophie; mais il faut profiter de ce que nous reconnaissons les bornes et les imperfections de nos connaissances pour apprendre à les bien diriger et à les circonscrire dans leur véritable domaine. 11 serait trop commode de nous borner, une fois pour toutes, à dire et à constater que nous ne savons rien et que nous ne pouvons rien savoir; ce serait l'abdication même de notre intelligence, et ce serait une étrange manière d'honorer notre Créateur que de supposer qu'il nous a donné une intelligence pour ne nous en pomt servir. « 11 m'est très-indifférent, ajoute-t-il, qu'il y ait quelque part dans l'univers un être qui voie la matière autrement que je ne la vois; il me suffit que ce que je vois soit clair, immuable et trèsdistinct de l'idée sous laquelle la substance pensante s'offre à moi. D
Cest là, il nous semble, faire une ligné de démarcation bien tranchée entre les deux substances qui composent notre être. Plus loin. Bonnet ne montre pas moins de raison, quand il fait voir qu'il existe toujours des sujets d'études profitables dans le domaine de l'observation, quoique nous sachions bien certainement ne pouvoir jamais remonter aux véritables causes dont Dieu seul est l'auteur. Après avoir établi, par une déduction véritablement mathématique, que le sentiment du moi ne peut ni ne doit pas résider dans la
• Essai analydque. Préface, p. 17.
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partie matérielle de notre être^ et qu'il ne peut être ailleurs que dans cet autre élément que nous distinguons essentiellement de la matière^ et que nous avons appelé l'intellig^ice ou l'âme , il en conclut dès lors que nous possédons une certaine chose^ un certain élément qui n'est pas le corps^ à qui appartiennent le sentiment et la pensée. Ces deux substances ne nous offrent rien de commun que leur association. Celle* ci nous est prouvée par le sentiment seul, sans que nous puissions parvenir à l'expliquer; mais nous savons que la nature de l'homme résulte de cette union de deux substances certainement différentes. L'âme ne peut se connaître absolument elle-même; car savons-nous ce que c'est qu'une âme toute seule? Comment des sens matériels lui donneraientils la perception d'elle-même? Elle ne peut donc se voir ni se connaître directement. Elle ne connaît pas davantage la matière prise absolument; car elle ne l'aperçoit qu'au travers des phénomènes que nous révèlent nos sens. Nous ne pouvons donc apercevoir d'aucun côté que des effets^ des résultats; mais les principes^ le comment et le poui-quoi de tout cela, demeurent pour nous enveloppés dans une nuit profonde.
Cependant Dieu nous a donné les moyens de distinguer l'existence de notre âme^ et c'est assez pour diriger l'emploi de nos facultés et les assujettir à la mission qu'il nous est donné d'accomplir dans notre condition terrestre. Connaître notre âme^ en faire l'éducation^ pour ainsi dire, la former à la vertu^ pour nous élever de plus en plus à la ressemblance avec notre Créateur, tel est le but de la philosophie; tous ces grands résultats sont contenus dans TËssai analytique et^ en particulier, dans la préface qui précède cet ouvrage.
Ce que chercha Bonnet^ c'est avant tout l'utilité; étudier l'âme, c'est se rendre compte du but véritable de nplre