‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 74 sur 126 · DÉMONSTRATION DB LA LIBERTÉ DE L*AME · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION DB LA LIBERTÉ DE L*AME

sien à ce sujet, c'est, comme dans toutes les discussions de philosophie pour lesquelles on a écrit tant de volumes inutiles, l'équivoque dans laquelle on a laissé le mot de liberté, et c'est aussi cette équivoque que notre phiiosof^e a cher- , ché à détruire en signalant la véritable nature de ceUe que le Créateur nous a accordée : « Un être libre, dit très-bien le biographe Trembley que nous venons de citer, et qui a parfaitement résumé toutp cette discussion, est tout aussi déterminé qu'un être purement corporel, mais il ne Test pas de la même manière, ni par des causes du même genre. Il n'y a donc aucune opposition réelle entre la prescience de Dieu et la liberté , parce que la prescience n'entratne aucune action réelle de Dieu sur Thomme. Pour établir à cet égard les droits de Dieu et de Tbonmie, il n'est pas besoin de parcourir tous les détours de ce dédale, il suffit de moBtrer qu'on ne peut nier la prévision de Dieu et la liberté de l'homme sans nier les premiers principes de nos con- Baissances. La prévisi<H) de Dieu n'ajoute aucune difficulté i la théorie de la liberté humaine, car soit que IHeu pré- Toie ou non les actions de l'homme, ces actions n'en sont pas moins déterminées. Tel est le fatal empire des mots sur les hommes que tout ce qui est déterminé leur paraît opposé à la liberté. Il suffit cependant pour établir solidement la liberté et la moralilé de l'homme, que sa volonté soit par sa nature exempte de contrainte, et que l'eiécution de cette volonté soit au pouvoir de l'homme, il est impossible d'aller au delà saos sortir des bornes de la nature et de la raison. Cette prétendue faculté qui détermine la volonté indépendamment des motifs est une contradiction dans les termes puisqu'elle suppose des effets sans cause; ainsi en croyant étendre les droits de l'homme, les partisans de ces droits n'ont fait que rendre la psychologie chimérique et les phénomènes inexplicables, parce que tout raisonne-

ment doit cesser là où finit la théorie des causes et des effets »

a On n'a pas yu que cette indifférence si vantée que Fon croyait essentielle à la liberté détruisait elle-même toute liberté. La liberté de Thomme peut donc exister avec la . prévision^ ou si elle ne le peut pas , l'absence de la prévision ne la rend pas plus facile à concevoir. La question est donc résolue. Elle ne roule point comme tant d'autres sur une métaphysique ténébreuse et hors de notre portée^ il ne s'agit ici que de conséquences déduites de faits certains. « Trembley ajoute au sujet des erreurs des méthodes philosophiques : « Cependant Ton a souvent voulu proscrire cette question tandis que l'on en admettait, d'autres absolument inintelligibles. De là le discrédit où est tombée la métaphy» sique. Les géomètres et les physiciens l'ont méprisée^ les théologiens l'ont calomniée, les beaux esprits l'ont tournée en ridicule. Elle est cependant une science de faits bien liés et de conséquences soumises à une logique sévère. Elle ne doit point avoir une marche différente de celle des sciences physiques; elle est circonscrite comme ces sciences par l'imperfection des instruments qui nous servent à découvrir les faits. Elle ne peut être dangereuse que lorsqu'elle passe les limites K »

A propos de la nature de l'âme et de son Jnmiortalité ^ Bonnet examine si les animaux qui l'occupent toujours beaucoup dans sa philosophie peuvent avoir une âme, et il n*hésite pas à leur en accorder une. « Rien n'est plus conforme, dit-il, aux vues et à la sagesse Suprême du Créateur que de supposer qu'il n'a pas créé les animaux dépourvus non-seulement de l'instinct qui leur est nécessaire, mak encore d'un principe immatériel, inférieur, à n'en pas dou*

• Trembley, Mémoires sur Bonnet^ p. 54,

Page 1