‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 80 sur 126 · DÉVELOPPEMENT DU GERME · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DU GERME

pris par erreur pour le commencement de leur existence ^ Pour mieux expliquer le phénomène des développements du germe^ Bonnet se sert de l'exemple du poulet. Les changements que le poulet subit dans l'œuf étaient pour lui le type des développements que subit l'être vivant organisé. Pour faire voir l'unité de cette loi, il compare ces divers changements aux métamorphoses que subissent les insectes. Le poulet, dans son état rudimentaire, ne diffère pas moins du poulet arrivé à son état parfait, que la chenille ne diffère du papillon; tous deux arrivent à leur complément par une série de passages successifs. Dans la métamcar* phose des chenilles, la chrysalide n'est que le papillon lui-même emmaillotté. L'insecte paraît donc passer subitement de l'état de chenille à celui de papillon, et pourtant ce passage est extrêmement lent et se prépare d'une manière parfaitement graduée, suivant la loi de continuité que Leibnitz assignait aux opérations de la nature qui, dit-il, n'agit jamais par sauts. Dans des temps moins éclairés que le nôtre, on avait appelé ces modifications de l'être des générations équivoques; mais aujourd'hui, mieux instruits et possesseurs de meilleurs instruments, nous avons pu apprendre qu'il n'y avait là rien d'équivoque, et que tout, au contraire, prouve dans la nature un plan naturellement soumis à l'unité. On est allé chercher le papillon dans l'intérieur même de la chenille, et l'on est parvenu à l'y découvrir. Sa trompe, ses antennes, ses ailes, sont roulées, contournées, repliées avec un tel art qu'elles n'occupent qu'une très-petite place sous les deux premiers anneaux de ]a chenille; dans les six premières jambes de celle-ci sont emboîtées les six jambes du papillon. L'on est même par* venu à découvrir les œufs du papillon, dans la chenille^ assez longtemps avant la transformation de celle-ci.

Considérations sur Us corps organisés ^ chap* X, p. 120.

Ce que l'œuf est au poulet, la chenille Test donc au papillon : elle rassemble, digère et. façonne les sucs destinés au développement de Tinsecte, et les viscères de la chenille sont des espèces de laboratoires où s'opèrent les prépa* rations.

Des phénomènes du même genre se manifestent dans Tordre végétal. On trouve les plantes dessinées en miniature dans les graines et dans les boutons ; les fleurs du poirier que nous voyons s'épanouir au printemps étaient déjà visibles, en petit, dès Tannée précédente. La sagacité de quelques patients observateurs a su percer ce mystère et découvrir Tembryon des pépins, avant leur apparition sous cette nouvelle forme , et c'est surtout dans les plantes bulbeuses que cette formation successive par évolution a été parfaitement aperçue. Le noyau de Tamande renferme originairement une substance glaireuse analogue au Jaune de Tœuf, une liqueur transparente analogue au blanc, et l'une ainsi que l'autre sont destinées à nourrir Tembryon qui doit former le fruit. Ce fruit rudimentaire tire ainsi sa nourriture des vaisseaux que Ton voit se ramifier dans l'intérieur des lobes S et qui peuvent être comparés aux vaisseaux par lesquels le poulet s'attache à sa mère et prei^d sa nourriture. Bonnet, pour prouver la vérité de ces remarques, avait su rendre sensibles à Tœil ces vaisseaux ou ramifications du végétal par le moyen d'injections colorées.

' L'embryon de la plante offre deux parties bien distinctes, la plumule et la radicule; la première contient les éléments de la tige et des branches; la seconde ceux de la racine et de ses ramifications. La radicule perce la terre pour y puiser

' On appelle lobes les cotylédons ou parties de la graine qui contiennent les éléments nécessaires à la nutrition de la plante dans son état rudimentaire*

ÉVOLUTION DANS LE VÉGÉTAL ET DANS l' ANIMAL. 189

la nourriture^ et Ton voit par les injections colorées convenablement faites que l'extrémité des organes de la plante qui sont dans Tair y puise des éléments d'assimilation qu'ils font passer dans le corps du végétal^ comme les animaux font passer leur nourriture par leur bouche ; de leur côté les parties de Tembryon logées dans la radicule puisent dans la terre tous les sucs nécessaires à leur développement. Les parties de l'embryon logées dans la graine ou dans les boutons y ont des formes et des développements qui diffèrent beaucoup de ceux qu'elles auront après s'être développées, mais elles n'en renferment pas moins dès le commencement tout ce qui est nécessaire à l'espèce.

Ainsi les corps organisés soit animaux, soit végétaux, nés tous universellement d'un germe primitif, se forment par voie d'accroissement. Le cœur dans les animaux est animé dès le moment même de la conception par l'impulsion qu'il reçoit de la substance qui donne la vie au germe. Dans les végétaux c'est la sève qui remplit cet office et qui fait pénétrer partput les sucs nourriciers K

Les faits rapportés par Bonnet dans l'exposition de ces phénomènes de développement dans les deux règnes sont du plus haut intérêt quand même l'ensemble de son système devrait se trouver en défaut, et c'est ce qu'on ne saurait trop admirer dans les œuvres des hommes de génie. Quand même des expériences subséquentes ou les progrès d'une science plus perfectionnée viennent diminuer ou détruire l'ensemble du système, les faits rassemblés demeurent intacts et contribuent encore à servir les progrès des lumières. Le système de Buffon sur la formation de la terre a été reconnu inexact, mais combien on gagne de connaissances et de savoir à la lecture de cette immortelle composition ! L'hypothèse de

* Considérations sur les corps organisés, chap. x, !•' partie, p. 123.

Bonnet rudement attaquée, mais non détruite, subside dans tous les cas par ses précieux fragments, qui sont autant de faits acquis et qui pris individuellement ont pui^amment aidé à éclairer la Ptiysiologie végétale et animale^

Parmi les faits nombreux qui viennent servir de corollaires aux principes généraux, il faut remarquer ce que dit le philosophe sur la nutrition, sur Taccroissemeot^ sur la comparaison des fonctions de reproduction dans les différents règnes ; sur la transpiration et ses effets ; relativement à cette dernière fonction il faut remarquer la part considérable qu'elle prend au développement des êtres organisés soit végétaux, soit animaux. Il avait déjà montré dans ses' recherches sur l'usage des feuilles le rôle que cette fonction particulière joue dans les végétaux. Celui qu'elle remplit dans les espèces animales n'est pas moins considérable, cdmine on le verra ici, car la transpiration contribue au développement. Tant que l'embryon se nourrit et s'accroît dans l'œuf, il trsufispire à travers les pores de la coque. Réaumur avait déjà fait remarquer dans son Histoire des insectes que l'on pouvait allonger ou abréger la vie des papillons en accélérant ou retardant la transpiration. Il apporte à l'appui de cette assertion (tome II de son Histoire des insectes) que, pour devenir papillons , quelques espèces de chrysalides doivent perdre par cette fonction environ la dix-huitiènae partie de leur poids. Cette quantité d'ailleurs se trouve soumise à différentes variations de nourriture, de milieux de température, etc. La substance de la transpiration est une liqueur très-Hmpide; tant qu'elle est renfermée dans l'intérieur de l'animal, elle contribue à séparer les éléments qui constituent son organisation, s'oppose à leur union trop intime et retarde ainsi leur accroissement ; on accélérera donc la vie de Tinsecte en le tenant dans un lieu chaud, par exemple dans une étuve ou dans un four à poulets. Là un

SDR l'accroissement. 191

jour sera pour lui ce qu'auraient été dans l'ordre naturel une semaine ou un mois* Le contraire arriverait si on renfermait dans un lieu froid tel qu'une cave ou une glacière. Le même effet se produit si on enduit des (Bufs trais d'une couche de vernis impénétrable à l'air ; c'est ainsi que le froid peut expliquer la longue vie des poissons et des peuples du Nord^ où, comme on sait, les cas de longévité sont beaucoup plus fréquents que dans les autres climats. < La vie dans les machines animales, comme les appelle Bonnet, n'est donc à proprement parler que la suite des mouvements du cœur et des vaisseaux. Le principe des mouvements du cœur réside dans l'irritabilité, comme Ta démontré le savant Haller dans un ouvrage spécial; cet oi^ane qui consiste en un muscle puissant doué à la fois d'une grande sensibilité et d'une grande fcM-ce, se contracte lors du contact du sang, et le pousse avec énergie dans les vaisseaux. L'impulsion du liquide les déplie, et la durée de cette évolution est la durée de Taceroissement. Cette évolution diminue à proportion de la résistance qu'offrent les parties solides, elle cesse entièrement lorsque cette résistance s'est accrue au point d'anéantir l'effet de la force expansive qui causait l'accroissement. Ainsi les os, d'abord gélatineux dans les leunes sujets, deviennent chez les vieillards une véritable matière calcaire. L'accroissement des corps se mesure donc par l'espace qu'ils ont parcouru et par le temps employé à 4e parcourir. L'insecte à qui il n'a fallu que peu de jours pour parvenir à son entier accroissement a vécu autant qu'ufi autre animal d'une tout autre organisation à qui il a fallu plusieurs mois ou plusieurs années pour psurvenirau même résulàit Quelque composées que soient les machines ^Higanifues, leur développement est susceptible d'une cer-

Haller, Dissertaiion sur Cirritabililé, — Mémoire tur lei mouvements du cœur, LauMone, ia-12.

taine latitude^ doDt les circonstances ou l'art peuirent resserrer ou étendre les limites. Les roues qui mesurent la vie organique peuvent précipiter ou retarder leurs révolutions , mais la somme des effets demeure la même*.

Dans les végétaux la sève produit les mêmes effets que le sang dans les animaux. Elle les fait vivre, s'accroître et se développer. On sait quelle est sa force d'impulsion par sa force ascensionnelle, et la manière dont elle peut élever le mercure dans le baromètre en faisant équilibre au poids entier de l'atmosphère , comme l'ont établi de bons observateurs. L'accroissement des végétaux se fait de la même manière que celui des animaux , c'est-à-dire par voie d'absorption et d'assimilation des parties et non de simple juxtaposition comme dans les substances organiques telles que les minéraux. Les végétaux, dit Bonnet, sont entièrement composés de lames formées elles-mêmes de peUts cônes emboîtés les uns dans les autres. Les plus extérieurs contienneat les widiments de l'écorce, les plus intérieurs ceux du bois. Dans l'origine les uns et Its autres ne forment qu^une espèce de gelée analogue à c^e qui constitue le corps des animaux dès qu'ils viennent de naître. Ces petits cônes s'endurcissent peu à peu et prennent graduellement la consistance de l'écorce ou celle du bois, le cône le plus intérieur se durcit le premier et cesse de croître, l'accroissement continue encore dans celui qui l'enveloppe immédiatement Les lames qui forment les rudiments de l'écorce sont transformées pour devenir la substance de celle-ci, et ne se convertissent pas en bois; celui-ci possède une organisation qui lui est propre ; les petits tuyaux qui le composent sont plus lins et plus serrés ; il a des trachées qui manquent à l'écorce ; mais les lames qui contiennent les éléments du brâ pas*

' Considérations sur les corps organisés, chap. x.

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