PHÉNOMÈNES DE L'ACCROISSEMENT
sent par l'état de substance corticale ; dans cette transformation^ des couches ligneuses semblent vouloir se détacher de récoree pour s'appliquer au bois ; ainsi de Tépaississement de ces lames résulte leur accroisement en grosseur, et de leur allongement , leur augmentation en hauteur. Celui-ci cesse avant le premier. L'endurcissement commence toujours à la base des petits cônes ; les sommets sont encore tendres pendant un certain temps pour suivre plus tard la même marche, de môme que dans les os, l'ossification commence par le corps de Tos pour se terminer par les extrémités ou épiphyses. La racine ne croît que par son extrémité. Tel est le mouvement de progression des végétaux qui appartiennent à la classe des arbres ou qui possèdent une tige et des racines. Chaque tige contient un bouton, ce bouton contient à son tour une nouvelle tige. L'arbre se forme ainsi annuellement d'une suite de tiges ou de petits arbres implantés les uns dans les autres.
De môme que pour lès animaux, on peut accélérer ou retarder la transpiration des végétaux, et par ce procédé accélérer ou retarder la vie ; l'analogie est complète entre ces deux ordres d'êtres créés ; à l'aide de certaines précautions ou de certaines circonstances, on peut conserver la graine dans son enveloppe , comme on peut conserver le germe dans l'œuf*.
Telle est la manière dont Bonnet explique les phénomènes de la vie végétative , en s'appuyant sur les principes et les expériences de Duhamel et de Haller. Partout il retrouve son système de l'évolution des germes. Tout se fait ici par l'adjonction de molécules nouvelles que la circulation et la nutrition viennent opérer autour du germe primitif, celui-ci est comme le noyau du petit être que la nature a originai-
' Considératùmt êur !ei eorpt ofganuix, chap» x.
rement formé dans rinterieur d'un précédent et qui Gomprend eu lui-même tous les éléments nécessaires à son existence. (( Le tout^ dit notre naturaliste ^ est un composé de « parties originelles ou élémentaires; si on pouvait ex- <c traire de ce tout organisé les matières que la nutrition <( y a ajoutées, on le concentrerait pour ainsi dire en un « point; on le ramènerait à son état primitif de germe, de « la même manière, qu'en extrayant d'un os la substance « crétacée , on le ramène à son principe essentiel qui est ce gélatineux ^ »
Si ce système ne se montre pas à l'abri de tout reinroche, il faut avouer que l'on trouve dans l'étude de l'histoire naturelle une grand nombre de particularités en sa faveur. L^œuf ou germe est partout répandu sur la surface du globe et partout il sert d'enveloppe à l'être vivant. La nature semble avoir disséminé avec profusion les moyens de cootinuer l'œuvre du premier jour de la création et en même temps de suppléer aux nombreuses causes de destruction qui se présentent à chaque instant. Bonnet accumule les exemples à l'appui de cette assertion; ainsi, au lieu que dans beaucoup de gros animaux, de coquillages et d'insectes les ovaires occupent une place particulière , ils sont dans d'autres espèces répandus dans toute la continuité du corps, et ce sont précisément ceux sur qui Texpérience démontre que plusieurs parties peuvent se reproduire après avoir été coupées comme dans le ver de terre ou lombric, dans certains vers aquatiques, dans le polype ou hydre > dont nous retrouverons l'histoire dans la Contemplation de la nature. Ces parties se reproduisent, donc elles contiefinent en elles-mêmes des éléments originels qui renfermaient en germes les parties analogues à celles q^i ont été
* Considérations sur les corps organisés^ chap. x.
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accidenteHement détruites. On peut dès lors considérer le corps de ces animaux comme une sorte d'ovaire universel, où se trouve une collection de germes prêts à éclore aussitôt que rinstant favorable sera arrivé. Si l'on ooupe un polype en morceaux, chacun de ces morceaux deviendra un nouveau polype. Donc l'opération pratiquée sur l'animal détourne au profit de quelques germes nouvellement appelés à l'existence les sucs nourriciers qui devaient servir à la nutrition du corps entier. Ainsi peut s'expliquer la formalion d'ane nouvelle bouture ou fragment de cet animal singulier, de mênie que la multiplication par rejetons dans les plantes.
L'hypothèse de la préexistence des germes ne décide non plus rien contre la possibilité d'une âme des animaux. Les tnimaux en ont-ils une , ou sont-ce de pures machines organisées dépourvues de tout principe spirituel pensant et survivant à la destruction du corps ? Bonnet n'a jamais prétendu trancher la question ni prouver l'existence de l'àme 4es animaux, mais il incline à y croire, et il établit la probabilité de cette opinion basée sur les faits. Comment supposer qu'un animal qui paraît doué de sentiment, d'instinct, qui sait se procurer sa nourriture, poursuivre et conserver des proies, qui présente souvent à nos yeux des merveilles d'industrie, puisse être privé de tout principe spirituel et réduit à l'état de pure machine ? Outre que Dieu peut varier à l'infini le mode de ses créations, il y a certainement dans tous les animaux, jusqu'aux plus petits, quelque élément dont la fonction propre est de sentir : il y a donc un élément distinct du corps et plus élevé que lui dans l'échelle des êtres, car Bonnet a prouvé ailleurs que la matière est distincte de la pensée et ne peut posséder la tiiculté de penser, au moins telle que nous la concevons. Nous pouvons imaginer un automate qui fasse des raouveaMiQtâ mé-
caniques, au point d'avoir à nos yeux l'apparence de ranimante ^ mais pouvons-nous le supposer exécutant les opérations compliquées et raisonnées qui tiennent^à la plupart des actes de la vie ? Une foule d'animaux possèdent des sens semblables aux nôtres et même bien plus développés, et sans doute ils ont dû leur être accordés pour la même fin, c'est-à-dire pour remplir de certaines fonctions auxquelles préside et commande une intelligence. Or, personne ne soutiendra que Thomme est un pur automate. 11 y a donc probabilité par analogie que les grands animaux ne le soient pas davantage. Si ces animaux ont une âme ou principe spirituel quelconque, il n'y a pas de raison pour en supposer plutôt chez les uns que chez les autres; il doit donc y en avoir aussi chez les animaux inférieurs.
Mais, dira-t-on, le polype est divisible ; si on le divise, on sépare aussi son âme en plusieurs parties. Point du tout, répond le naturaliste des corps organisés, on ne la partagera pas en partageant l'animal, mais seulement, en la divisant on donnera à certains germes cachés l'occasion de se développer, et de cette manière l'âme préparée pour loger dans ces germes commencera à éprouver les sensations relatives à la conservation de l'individu; par son union avec chacun de ces individus, il se forme de nouvelles personnes, autant de nouveaux moi qu'il se développera de nouveaux êtres, et l'exemple du polype ne détruit pas la possibilité de l'âme des bêtes si elle existe*.
Bonnet a combattu les hypothèses des générations spontanées, et les arguments qu'il apporte à l'appui de ses sentiments sont d'autant plus forts qu'il explique très-bien et d'une manière toute naturelle les phénomènes qui nous font croire à ces apparences, tels que la présence subite
< CktnêidéraUont sur les corps organisés^ ]I« partie, ebap. m.