ESQUISSE ET BUT DE CET OUVRAGE
fatigue d'une aussi pénible entreprise et d'autres motifs l'en éloignèrent, il aima mieux alors, sans changer le fond de l'ouvrage, y ajouter un grand nombre de notes sur toutes les parties qui avaient été l'objet de nouvelles observations et de nouvelles découvertes soit de sa part , soit de celle d'autres savants. Ces notes forment un ensemble aussi con* sidérable que le texte lui-même, et l'on peut regretter, à la première lecture, la forme de cette seconde édition qui fait en quelque sorte un second ouvrage à la suite du premier; mais l'intérêt de ces notes les rend extrêmement utiles, et si l'ensemble perd quelque peu sous le rapport de la forme littéraire, les détails y ont beaucoup gagné. En effet quel ouvrage sur les sciences, même l'histoire naturelle de l'illustre Buffon peut apprendre aussi bien que celui-ci à élever son âme et ses regards vers l'auteur de toutes choses ? Trop souvent les traités les mieux faits dans ce genre se sont occupés de tout, excepté de rappeler au lecteur qu'il existe un auteur divin de ce grand ensemble dont avec iios faibles sens il nous est permis d'apercevoir seulement la plus minime partie. Buffon avec son génie descriptif nous fait encore plus souvent admirer son éloquence que la nature elle-même , et en décrivant avec enthousiasme les richesses du globe il ne sait pas assez' nous faire remonter à leur source; d'ailleurs il nous étonne plus souvent qu'il ne nous émeut. Bonnet, moins grand peintre, surtout moins brillant, est souvent plus profond et bien plus philosophe. S'il décrit moins éloquemment, il vous fait mieux penser et élève davantage vos idées et votre âme vers le créateur des choses; il vous conduit vous-même à compléter vos recherches ou à en faire de nouvelles en élargissant sans cesse à vos yeux l'horizon de la science.
« Le titre de Contemplation de la nature, dit-il lui-même dans sa préface^ annonce assez que mon but dans cet ou-
vrage D'à point été d'approfondir les secrets de la nature. J'avais tâché de le faire dans mes autres écrits. Celui-ci était principalement destiné à élever le cœur et l'esprit à U source adoral)le dont tout émane essentiellement et qui devrait être toujours la première et la dernière fin de toutes nos recherches.
« J'ai donc surtout contemplé la nature dans ses rapports si nombreux, si variés, si divers, aux perfections de son divin auteur. Je l'ai cherché dans ses moindres productions, comme dans celles où il éclate avec le plus de majesté, et partout j'ai entendu cette parole sublime : Me voici. »
On peut concevoir déjà par ce début une juste idée de l'ouvrage et l'on peut juger avec quel peu de raison on a pu qualiûer de matérialiste la philosoplie qui débute ainsi dans un ouvrage d'histoire naturelle. La Contemplation de la nature se compose de douse parties. Les quatre premières sont consacrées à parcourir rapidement toutes les lois de l'univers considérées dans leur ensemble et en commençant par établir la nécessité d'une causç première comme point de départ. Bpnnet y montre à la fo^ la ppissance du Créateur, l'unité du plan de la création, l'enchai* nement merveilleux de tot^tes les parties qui copstifuent l'univers, la gradation admirable qui existe entro tous les êtres animés, et termine par le tableau de l'homnoe, de ses facultés physiques et morales, de son état présent, avec quelques conjectures sur son état futur , auxquelles il reviendra d'ailleurs dans d'autres parties de l'ouvrage et dans la Palingénésie. Le philosophe pose comme point de départ de tout son ouvrage la népessité de l'existence d'une cause suprême, prp^pa et origine de toutes choses; en effet comnjent, sans cette cause, pouvoir rien comprendre et rien expliquer du spectacle que nous avons sous les yeux ? Puisque nous voyons uq monde dont i)ous ^ntemplofif le merveil-
NÉCESSITÉ d'une CAUSE ^PREMIÈRE. 207
leut BpecUicle, il faut que ce monde soit sorti d'une cause etistante ayant lui ; en vain cherchenons^nous ailleurs la raison de ce qui est ; nous observons partout un ordre gêné* rai et des effets extérieurs dont la vue nous frappe à chaque instant; quelle peut être l'origine de cet ordre universel et de ces effets constants ? C'est ici que les philosophes sd Botit le plus divisés. Faire l'univers éternel, c'est admettre une succession infinie d'êtres essentiellement finis et bornés» Il arriverait ainsi ^quë des êtres finis et bornés produiraient une succession douée de l'éternité et de l'infinité. Admettre l'éternité de la matière en mouvement et supposer que ce mouvement de la matière peut créer des intelligences et les animer^ c'est supposer qu'une chose peut créer d'elle-même nhe autre chose complètement hors de sa nature, c'est admettre qu'une œuvre d'intelligence telle que l'optique de Newton est l'ouvrage d'un aveugle-né. H faut donc convenir que nécessairement pour que des êtres intelligents aient été créés il faut une cause intelligente placée au-dessus d'eux et au-dessus de tout ce qui a été créé. Pui^ue l'univers existe, il y a hors de lui une raison éternelle de son existence» Cette raison suprême c'est Dieu ; Dieu a ordonné à l'univers d'êft^, et il a existé en vertu de la puissance et de la sagesse suprêmes. Donc l'univers est soumis à une loi et à un pian général dont nous apercevons seulement une petite partie sans en voir l'ensemble; le monde est bon en lui-même, puisqu'il émane d'une cause essentielleinent bonne et souveraine, mais nous ne pouvons en sonder les mystères ni les profondeurs. Ce qui nous semble imparfait échappe réellement à notre vue trop bornée; ûous ne pouvons tout embrasser d'un coup d'oeil ni saisir autre chose que certaines portions de ce grand et vaste spectacle^ mais nous devons croire que la cause suprême douée de la puissance nécessaire pour foader le monde» possède
également une sagesse parfaite pour lui donner des lois. Après un rapide eoup d'oeil jeté sur Taspect général de la nature dont il sait faire admirer le merveilleux spectacle» aussi bien dans les corps célestes que dans ceux qui résident . à la surface de la terre. Bonnet établit à son point de vue la division des êtres créés qu'il répartit en quatre classes : les corps bruts ou inorganisés, tels que les minéraux, les pierres, les corps organisés et inanimés, tels que les végétaux, les êtres organisés et animés ou animaux, et enfin ceux qui sont à la fois organisés, animés et raisonnables, dernière catégorie qui comprend les créatures humaines. Il admet une chaîne continue et infinie entre les divers êtres qui composent la création, une sorte de succession ininterrompue qui forme une gradation successive dans les œuvres de Dieu, depuis la pierre brute jusqu'à l'homme. Plein de cette idée admise par Leibnitz et développée par d'autres philosophes, que la nature ne fait rien par secousse ni par saut, mais qu'eUe agit au contraire par voie de succession et de continuité, il considère la création tout entière comme une longue chaîne d'objets divers qui se tiennent étroitement unis^ ne diffèrent entre eux que par des nuances insensibles, et viennent tous aboutir à un centre commun, ou sommet de la pyramide, la Divinité elle-même, source et auteur de toutes choses *. On a beaucoup et un peu sévèrement attaqué cette chaîne des êtres, et des savants plus attachés aux idées du moment qu'à la vraie philosophie ont peut-être trop vivement critiqué cette hypothèse qui n'a d'autre tort que de choquer leurs idées. Ils ont dit que cette chaîne des êtres organisés existait uniquement dans l'imagination du philosophe; rien, suivant eux, n'était moins supposable qu'une série d'êtres formant une gradation continue ;
* Contemplation de la nature^ 11^ partie.
NÉCESSITÉ d'UNR CAUSE PREMIÈRE, 209
que ce système était contraire à l'observation ; ils ajoutaient que là nature ne contenait point d'espèces, mais seulement des individus auxquels nous étions convenus de trouver des ressemblances pour les réunir par groupes et par catégories, que la nature enfln ne se prêtait pas à entrer dans les divisions et dans les arrangements de notre science.
Tout cela peut être vrai, pris à la lettre. Le grand penseur de Genève savait, comme les meilleurs critiques, que la nature ne se prête pas précisément à entrer dans nos cabinets d'histoire naturelle; mais cependant on ne peut disconvenir, en admettant tous les progrès faits par les sciences de nos jours, qu'ils n'effacent point l'idée fondamentale de familles d'êtres animés distincts les uns des autres et possédant chacune, à nos yeux du moins, leur caractère bien tranché. Si l'on admet aussi des ressemblances en même temps que des différences entre ces familles, on arrivera précisément à une sorte d'échelle des êtres, ou à une classiflcation qui en tiendra lieu. L'aversion que Buffon avait toujours exprimée pour toute espèce de méthode et de classification, était sans doute cause du peu de faveur avec laquelle l'idée de Bonnet fut accueillie. Elle n'échappe pas d'ailleurs à de justes critiques; ainsi il est impossible d'admettre qu'il y ait un enchaînement continif et insensible depuis le minéral jusqu'à l'homme; il existe dans cette longue série des intervalles qui ne sont pas remplis; par exemple, il y a loin de l'asbeste, espèce de minéral organisé, jusqu'au champignon, plante véritable quoique pourvue d'une organisation cachée et dont l'examen est difficile. 11 y a encore loin du poisson volant à l'écureuil, du singe à l'homme. H existe donc là des lacunes que notre science a été impuissante à combler, et, sous ce rapport, ridée de Bonnet ne peut passer pour une classification exacte; il y faut voir un tableau attachant et élevé de
ce vaste uaivets plutôt qu'une méthode «cientiôque. L'auteur de la Cofltemplation de la nature a voulu résumer le tableau de ce qui nous entoure» mais surtout dans les limites que nous pouvions concevoir sans un grand effort d'imagi* nation. Notre esprit, en effet, ne peut saisir les choses qu'en les soumettant aux lois de sa propre nature ; nous apercevons la nature non telle qu'elle est réellement, ce qui n'appartient qu'à Dieu, mais comme Dieu lui-même nous pennet de l'apercevoir. L'enchaînement des êtres créés est comme toutes les classifications formées par notre esprit, c'est-àdire un moyen artificiel de mieux distinguer les objets , et comme tel il est naturel et raisonnable, puisqu'il nous permet de nous élever davantage vers la souveraine sagesse; c'est ce qui fait que Bonnet a soin d'ajouter :
« L'échelle de la nature se construit donc en passant du composant au composé, du moins parfait au plus parfait. Mais en l'envisageant ainsi, et d'une manière très^énérale, n'oublions point que notre manière dé concevoir n'est poinl la règle des choses ^ »
Dans la troisième partie, Bonnet parcourt les divers de* grés de l'échelle des êtres et s'attaehe à montrer leur gradation en même temps que les ressources qui ont été accordées à chacun d'eux , pour lui permettre de se soutenir et de développer ses moyens d'existence. Le minéral n'a qu'une organisation grossière ; ce n'est qu'une agrégation de molécules qui se groupent par simple juxtaposition; la plante a déjà une vie propre , elle grandit , s'élève, végète par l'intermédiaire des vaisseaux qu'elle possède, elle tire de la terre des sucs nourriciers qui lui donnent l'accroissement dans certaines conditions, elle paraît même douée d'une espèce de sentiment. L'animal est plus élevé enccH'e
' Conitmplaiion, U' partie, ch. xiii.
ORGANISATtON BES ANIMAUX, 211
daos l« coâdittofl des êtres; i( est pourra de moyens de nourriture et de défense bien plus complets , il y joint rinstinct^ il a Tintelligence qui raisonne et qui combine des idées élémentaires; dans les degrés divers de Tanimalité, que d« variétés et que de différences depuis le simple zoopbyte qui n'a même que l'apparence de l'animal jusqu'à l'éléphant doué des plus éminentes facultés ! Si l'on parcourt les diflérents règnes, on voit aussi que dans le plaa général de la nature rien n'est négligé ; aucun être , si petit qu*il soit, n'est dépourvu des ressources nécessaires. S'il est plus petit, plus dédaigné en apparence, il a des instincts plus délicats^ des moyens appropriés à sa taille^ au milieu dans lequel il est destiné à vivre. Plus puissant, sa force est limitée par des obstacles plus sérieux; moins fort, il a i^ds d'adresse pour se procurer sa nourriture, ou pour éviter les périls qui pourrait menacer sa faiblesse. L'insecte si petit, souvent imperceptible aux yeux, n'est pas moins bien doué que le cerf ou le cheval. Cette délicate créature ne renferme pas aïoins tous les détails de l'organisation la plus parfaite; veut-on en avoir une idée, que l'on examine avec notre savant naturaliste la forme et la nature admirable de leurs yeux, bien plus perfectionnés que les nôtres* Écoutons l'auteur de la Contemplation de la nature que nous abrégeons seulement sur quelques points :
ta Si dans les grands animaux l'intelligence se révèle à nous d'une manière plus frappante, les organes des plus petits et des insectes en particulier sont peut-être plus extraordinaires par la beauté de leurs détails. Rien de plus propre à nous arrêter et à nous faire réfléchir. Je tiens les regards 6ur les yeux des insectes. De chaque côté de la tête d'un papillon, d'une mouche, d'un scarabée, est un corps proémi- Bent, arrondi, ep forme de s{tière qui, observé avec une loupe médiocre, paraît comme chagriné. Ce chagria, extrê-
mement fin, n*est point absolument ce qu'il parait être; chaque corps arrondi est une véritable cornée, formée elle-même de l'assemblage d'une multitude de très-petites cornées, encadrées dans des mailles à quatre ou à six côtés, formées d'un réseau de même matière que la cornée, et transparent comme elle; ce sont les petites cornées qui, réunies, donnent à l'ensemble la figure de la peau de chagrin.
« Les cornées des insectes sont toujours colorées, mais leurs couleurs varient suivant les espèces, elles sont tantôt noires, tantôt brunes, grises ou cuivrées ; les unes ont l'éclat de l'or, les autres brillent des couleurs de l'arc-en-ciel, et ce qui est plus curieux encore, il est de grands papillons dont les cornées sont de vrais phosphores et qui luisent comme des charbons dans l'obscurité.
(( Chacune de ces petites cornées peut donc être considérée comme une petite lentille, mais cependant ce serait une erreur que de considérer l'ensemble de toutes ces cornées ou lentilles, simplement comme un verrfe taillé à facettes; il faut s'en faire une idée plus relevée. Chacune de ces petites cornées est un véritable œil, qui a son nerf optique et toutes les parties nécessaires à la vision dont l'insecte est pourvu. De bons observateurs ont démontré que ces petits yeux sont au nombre de six mille trois cent soixante-deux sur la tête d'un scarabée, de seize mille sur la tête d'une mouche, et de trente-quatre mille six cent cinquante »ur celle d'un papillon. Si après avoir vidé une des grandes cornées, on l'adapte au foyer d'un microscope, et qu'on dirige l'instrument vers un chêne ou un soldat, on verra une forêt de chênes en miniature, ou une armée de pygmées.
« La cornée des insectes, suivant Swammerdam, peut être comparée à un réseau. A chaque maille de ce réseau répond par-dessus une petite pyramide hexagone, qui va en s'élargissant à mesure qu'elle s'approche de la maille, et
YE13X DES INSECTES. 4l3
qui se rétrécit au contraire de plus en plus à mesure qu'elle s'enfonce dans l'intérieur de la tête. La maille paraît s'adapter à tous les contours de la pyramide : elle a donc le même nombre de côtés que celle-ci^ et il y a ainsi autant de petites pyramides qu'il y a d'yeux ou de petites cornées dans le réseau. Une multitude de trachées infiniment petites rampent le long des pyramides, et ces dernières vont toutes aboutir à une membrane blanche, fibreuse, fine, transparente, parsemée de même de trachées et dont la forme convexe imite celle de la grande cornée. Au-dessous de cette membrane en est une autre plus fine et plus transparente, liée à la première par des trachées qui rampent de Tune à l'autre, et sur laquelle sont couchées des fibres transversales moins nombreuses, moins déliées que les pyramides, sur lesquelles appuie la pointe de celles-ci. Les fibres transversales tirent leur origine du cerveau, et lejir substance semble être la même que celle que l'on a appelée corticale. Les yeux de la mouche appelée Demoiselle, qui sont des plus apparents, diffèrent de ceux de l'abeille et de bien d'autres mouches par diverses particularités. Les facettes qui occupent la partie supérieure de la cornée sont sensiblement plus grandes que celles qui en occupent la partie inférieure, et les pyramides qui appartiennent à ces facettes supérieures sont aussi proportionnellement plus
« L'observateur a remarqué qu'il n'a point trouvé dans les yeux des insectes les trois humeurs qui entrent dans la composition de ceux de l'homme et des grands animaux. Il en infère que la vision s'opère chez les insectes suivant des lois différentes de celles que l'optique nous a fait connaître pour nous-mêmes. Il pense que les rayons de la lumière qui traversent les petites cornées ébranlent les pyramides, et que l'ébranlement se communique aux membranes placées au*
Il4 CHAPITRE ONZIÈME.
dessous^ puis dé celles-ci aUx fibres transversales^ puis enfin de ces dernières au principe des nerfs. De la sorte, on pourrait comparer cette espèce de vision à ce qui se passe chez les aveugies-hés qui parviennent à distinguer les couleurs par le toucher. Mais combien est^il ici de choses intéressantes qui échappeut aux recherches les plus profondes de Tana^tomiste? c'est déjà beaucoup qu'il soit parvenu à dé* monti^r les parties les plus essentielles de i'organe de la vision dans des animaux si petits, et construits sur des modèles si différents de ceux qui nous sont le plus familiers.
« Mais il n'y a pas seulenÉ«nt dans les insectes des yeui à réseau ou chagrinés. D'autres insectes, tels que les sauterelleS) les mouches, quelques papillons, ont encore des yeux lisses, placés sur le dessus dé la tète et beaucoup plus petits et incomparablement moins nombreux que les yeux chagHnés. Ces petits yeux lisses sont des cornées simples » ou qui ne sont point formés d'une réunion de cornées plus pe-^ tites. Au reste, les. deux sortes d'yeux ne se voient chei Tin-^ secte que lorsqu'il a pris sa dernière forme. Le papillon, qui> comme nous l'avons vu, a plusieurs milliers d'yeux> n'en avait que six de chaque côté de la tète» Sous sa pre>^ mière forme de chenille, et ces yeux étaient lisses. Ces yeux^ d'après le savant natur«Jiste Lyonnet, ont la forme d'uû vase, et la cornée qui ressemble au couvercle du vase est Xrès-transparente. Il â vu distinctement un véritable nerf optique qui se rend à chacun de ces yeut, et qui forme le prolongement d'un tronc principal divisé de la sorte en six branches. Une trachée accompagne ce tronc principal et se divise comme lut en sii branches qui aboutissent aux sii^ jyeux. Lyonnet, qui compte vingt-deux mille yeux sur la tète du papillon, dit que chaque œil peut être considéré cooiine un véritable télescope possédant trois lentilles pour le moins.
L*HOMME, lES SHiSATIONS. 215
Chacun de ces yeux peut donc être regardé eomaie un de nos meilleurs instruments d'optique ^ »
C'est ainsi que Bonnet saisit toutes les occasions d'intéresser h lecteur par d^s tableaux aussi animés que divers, et toujours empruntés à ses propres observations ou à celles des plus illustres conten^porains.
Dans la cinquième partie, il esquisse les divers rap<-
ports qui unissent Jes êtres terrestres entre eux. Il expose
succinctement les traits qui réunissent le pbysique et le
moral de rbqmme, analyse le mécanisme des sensations,
des opérations de l'esprit, des passions, de la mémoire, de
l'imagination, en un mot de tous les effets produits par le
jeu des organes qui constituent la vie par |a réunion des
deux substances spirituelle et matérielle. 11 s'arrête çur les
phénomènes du sommeil et des songes, qu'il considère comme
un eflet produit par le mouvement des fibres sensibles. On
doit se souvenir que dans son Essai analytique il avait ex*
pliqué les rapports du corps et de l'âme par l'intervention
de ces mêmes fibres qui correspondent du cerveaii à l'âme
et lui font parvenir l'ébranlement qui forme la sensation.
li pense donc que les fibres sensibles qui ont reçu l'impres-
ûon des objets pendant l'état de veille, ep conservent un
certain ébranlement, qui peut encore durer pendant le
sommeilr Si alors quelque mouvement imprévu vient agir
sur elles pendant la durée de cet état^ elles entrent eq vibrit^
lion et retracent à l'âme une partie des impressions reçuçs
pendant la veille. L'association et la succession des idées
correspondent à la nature des fibres mises en mouvement,
au lien qui existera en elles, à Tordre suivant lequel |es
mouvements tendraient à s'y propager. U naîtrai de la sprte
des images qui se présenteront à l'âme et formeront un
* Contemplation de la nature, W parUci e)|. %y\Vi»
216 cuâmtre onzième.
songe plus oa moins composé^ plus ou moins bizarre, suivant le plus ou moins de cohérence qui pourra exister entre les diverses impressions physiques et morales reçues dans le courant de la journée, ou. des journées qui auraœiilprécédé^
Dans cette cinquième partie, on trouve reproduites beaucoup d'idées qui avaient déjà leur place dans l'Essai analytique sur les facultés de Tâme ; car ce qui distingue éminemment notre philosophe, c'est la conséquence, renchaînement et l'unité de ses points de vue ; soit qu'ils appartiennent à la philosophie proprement dite^ soit à l'histoire naturelle^ soit à toutes deux à la fois.
Puis vient une excellente exposition du mécanisme des sens. Bien- que la physique de Bonnet soit en quelques parties en arrière des découvertes et des observations modernes, il y aencorelàdequoi beaucoup apprendre. Ses explications de l'action de nos différents sens, et particulièrement de celle de la vuCj'sont du plus grand intérêt ; il sait faire ressortir avec art les admirables combinaisons de la nature pour arriver à son but, le jeu à la fois simple et puissant de ses immenses ressources ; il le fait avec un charme infini et une certaine poésie natureUe du style empruntée de la nature du sujet lui-même ; il faut avouer pourtant qu'on regrette d'y retrouver parfois une sorte de pompe lyrique qui pourrait faire croire à des lecteurs prévenus que l'écrivain cache l'ignorance des véritables faits scientifiques sous la forme poétique de l'expression. Il n'en est rien cependant, et quoique enthousiaste de la; nature et de ses beautés, il est toujours savant et toujours naturaliste quoique philosophe, soutenu par les autorités les plus respectables de son temps, par Euler, Réaumur, Stahl, Hunter, Newton, Bernouilli,Buflbn,
^ ContempUnions de la naimre, V" partie, ch. vu.