‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 87 sur 126 · LES ÉLÉMENTS · texte numérisé non relu

LES ÉLÉMENTS

Leibnilz; il parcourt l'univers, appuyé sur les faits qu'ils ont exposés et auxquels il ajoute ses propres découvertes. 11 parcourt successivement les agents les plus répandus de la nature, et fait voir leur utilité, leurs dangers, leur emploi et leur usage dans l'économie de l'homme et des animaux.

En parlant du feu ou calorique, il sait faire remarquer toutes les combinaisons de cet agent mystérieux qui constitue la lumière, la chaleur, et se rattache de si près à l'électricité, autre élément non moins important de la vie répandue à la surface du globe. Aussi apprécie-t-il en physicien, non moins qu'en philosophe, le rôle du calorique dans tous les phénomènes extérieurs et ses combinaisons avec l'électricité. Il décrit d'une manière intéressante, avec tout l'art d'un anatomiste, l'appareil électrique de la torpille, poisson dont la constitution singulière reproduit en lui-même le jeu puissant de nos meilleures machines électriques. Il signale les détails de l'appareil nerveux de ce poisson singulier, moins connu alors que de nos jours, et qui depuis a été étudié pHis souvent mais non pas plus exactement. 11 expose dans tous. leurs détails les propriétés physiques de cette espèce de raie qui possède un organe particulier propre à développer de l'électricité, organe qui s'étend depuis la tête jusqu'à l'extrémité de la poitrine, et se trouve divisé en deux parties, l'une placée du côté du dos, l'autre du côté du ventre, et tous les deux recouverts de peau. Ces organes singuliers paraissent composés d'une multitude de petites colonnes ou cylindres à plusieurs côtés, le plus souvent pentagones ou hexagones et formant un assemblage qui offre quelque rapport avec un gâteau de miel. Dans cet appareil compliqué, et dont la description est admirablement faite dans la Coi>templation de la nature *, la partie essentielle consiste en un

• Contemplation de la nature, V" partie, cb. xiii.

groupe de nerfs qui s'y distribue en très-grande quantité. Hunter avait déjà observé au siècle dernier dans ses travaux de dissection, que si Ton en excepte les organes des sens proprement dits, il n'y a dans aucun animal connu, même le plus parfait, aucune partie qui, proportionnellement à sa grandeur, soit aussi abondamment pourvue de nerfs et de nerfs aussi puissants que les organes électriques de la torpille. 11 en conclut que ces nerfs si considérables et si nombreux sont destinés à rassembler et à diriger dans tous les sens le fluide électrique au gré de Tanimal ; car toutes les expériences démontrent que la torpille peut, suivant sa volotOté, faire jouer sa machine électrique, mais pendant un temps limité cependant et au bout duquel l'animal fatigué doit nécessairemwit se reposer pour donner le temps à la nature de réparer les pertes de fluide qu'elle a éprouvées. De nos jours, les observations de Humboldt et de Matteucci (mt confirmé celles de Hunter et de Walsh, qui se trouvent réunies par Bonnet dans la Contemplation de la nature.

Ce philosophe a aussi très-bten montré que l'électricité, par son influence sur l'appareil de la sensibilité, pouvait produire des effets importants sur l'économie animale ; il a indiqué tout le parti que l'on en pouvait tirer pour le traitement des maladies qui ont leur siège dans le système nerveux.

Dans la sixième partie, Bonnet s'occupe spécialement de la physiologie végétale; il passe en revue les phénomènes de l'organisation des végétaux, moins merveilleuse peut-être en apparence, mais aussi compliquée que celle des animaux et non moins digne d'admiration. Il se sert de ses recherches précédentes sur l'usage des feuilles pour développer et expliquer toute la structure intime de la plante, il rappelle ses curieuses expériences sur la germination et la nu-

LA PHtSIOLOGlB VÉGÉTALE. 219

iritkm des Tégétaux. Il expose les faits les plus remarquables sur la formation et l'accroissement des plantes. La terre, que \'m aiait cm longtemps un élément indispensable à l'existence du végétal , n'est qu'un milieu plus partieulièremetit favorable à son développement, comme on a pti en voir la preuve dtns le Mémoire sur les feuilles dont nous avons parfê précédemment. D'après les vues exprimées dans ce travail spécial, la terre entretient les sucs nourriciers qui doivent alimenter la plante^ mais elle ne les forme pas seule, elle n*est qu'un véhicule, un élément; la nature^ observe Bonnet, se cache ici sous des apparences propres à tromper des hommes peu habitués à l'observation: Le simple cultivateur se borne à la pratique de son art, mais le physkien cherche à approcher plus près de la vérité ; il analyse l'emploi de la terre, il voit que son principal usage est de servir de point d'appui aux plantes qui y croissent.Yan Heimont avait déjà soupçonné cette vérité ; depuis, elle avait été mise en lumière par Boyle et par Haller. Pour se rendre compte de ce qu'il soupçonnait par iDStinct,van Heimont avait planté un saule dans un vase dont la terre avait été soigneusement pesée; cinq ans après, quoique le saule eût beaucoup grandi et se fût fortifié, on B'avait trouvé presque aucune diminution dans le poids de la terre contenue dans le vase. La terre n'avait donc rien peréa de ses molécules et le végétal ne lui avait rien enlevé, H avait éié puiser ailleurs les éléments de son accroissement. Bu|te, observateur meore plus instruit et qui vivait quarante ans plus tard, recommença cette expérience, fit sécher au four une certaine quantité de terre végétale, et l'ayant pesée après le dessèchement, il y sema de la graine de courge; cette plante ayant été arrosée, produisit dans cette première expérience une courge qui pesait trois livres ; dans un second essai elle en pesait quatorze. Cependant la

terre desséchée et pesée de nouveau n'avait rien perdu de son poids K C'est donc que la terre ne fournit point ellemême les éléments constitutifs de la plante. La végétation des plantes dans l'eau ou dans des substances différentes de la terre vient à l'appui du fait précédent, et doit nous faire considérer le sol simplement comme le véhicule de la nuirition des végétaux, tandis que l'eau est la véritable source des éléments de leur accroissement. Du temps même de Bonnet, le botaniste Duhamel, auteur de la Physique des arbres, tenta d'autres essais qui confirmèrent ces résultats. Il planta divei^s végétaux, des marrons, des glands, des amandes dans des éponges humides, et les vit parfaitement réussir: il obtint même de petits chênes par ce procédé; Bonnet, nous l'avons vu, le fit avec le même succès. Il vit, comme Duhamel, que ces plantes, soumises à l'analyse chimique, fournissaient les mêmes principes que d'autres petits arbres de même âge et de même espèce plantés en pleine terre. C'est donc Teau et non la terre qui sert à transporter les molécules infiniment petites que la plante doit s'assimiler pour croître, et il est certain que les organes si délicats de ces frêles créations sont d'aussi bons instruments d'analyse que nos meilleures cornues, et parviennent à décomposer et à s'assimiler les parties de l'eau nécessaires à leur existence et à leur développement.

Une grande partie des faits curieux rapportés par Bonnet dans cette sixième partie sont extraits de ses Mémoires sur les feuilles et sur les végétaux, et ne font que rappeler sommairement ce qui avait été exposé en détail dans cette ancienne publication.

En expliquant le mécanisme de l'ascension de la sève dans les plantes. Bonnet fait observer quil ne serait pas exact,

* Conlemplation de la nature^ Vi* pai Ue, cliap. Hi.

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