‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 89 sur 126 · DIGESTION · texte numérisé non relu

DIGESTION

a?aient su apprécier la force de trituration de cette partie du tube alimentaire des oiseaux qu'on appelle gésier ; ils avaient remarqué Ténergie particulière que possède cet organe et l'avaient constaté d'une manière sensible en faisant avaler de petites boules de verre à des dindons et à des canards, lesquelles avaient été pulvérisées au bout de peu de temps. Réaumur poussa plus loin ces premières expériences, et non-seulement il constata de nouveau la grande puifl<sance de l'organe eu question, mais il sut encore préciser assez exactement son degré de force. Ayant fait avaler des tubes de fer-blanc à des oiseaux, il les vit au bout de quelque temps aplatis ou défoncés entièrement par l'une dès extrémités ; dès lors, pour apprécier le degré de force nécessaire pour produire cet effet, il le compara à celui qu'il aurait fallu employer pour rompre ces tubes dans les mêmes conditions; il vit ainsi, en plaçant de semblables tubes entre les branches d'une tenaille et chargeant Tautre successivement de différents poids, qu'il fallait un poids de quatre cent trente-sept livres pour produire sur le tube un effet semblable à celui de l'estomac des oiseaux. Dans d'autres expériences, il aperçut que les gésiers des oiseaux de proie étaient d'une nature différente de ceux des oiseaux domestiques ; au lieu d'être membraneux comme ceux des carnassiers de leur espèce , ceux des oiseaux domestiques sont musculeux. Les oiseaux de proie dissolvent les aliments non pas en les broyant à la manière des meules de moulin et par voie de trituration, mais simplement par une action chimique produite par la combinaison des sucs particuliers de leurs estomacs. Les oiseaux granivores agissent au contraire sur les aliments en les brisant et les triturant. Ainsi les gésiers des carnassiers, puissants pour dissoudre les os les plus durs, demeurent complètement sans action sur des graines qui servent de nourriture aux oiseaux

de nos basses-cours ; cependant des os de bœuf donnés à des l3uses furent réduits en bouillie peu de temps après avoir été avalés, par leur seul séjour dans Testomac, tant la nature a su mettre de variété dans l'emploi des moyens dont elle se sert pour accomplir la loi de la conservation des êtres si divers qu'elle a créés *.

A la suite des expériences de Réaumur, Bonnet rend corapte également de celles de Spallanzani, qui ne furent pas moins fécondes en résultats. Il aperçut comme Réaumur que les gésiers des oiseaux qui possèdent des estomacs musculeux, émoussent, cassent, brisent des aiguilles d*acier, des lamelles enfoncées dans des boules de plomb; ces boules elles-mêmes recevaient des atteintes profondes. Un grenat, pierre extrêmement dure, ne fut pas plus à Tabri que les autres substances de Taction mécanique du gésier. Rejetée au bout d'un certain temps, on vit que les angles de celle pierre avaient été émoussés. Rien donc de plus digne de remarque que cette puissante organisation des oiseaux dont le bec si délicat en apparence produit des effets plus considérables que les dents les plus fortes des grands animaux. Les faits recueillis par Bonnet sur cette importante fonction, quiiorme la base de la conservation des animaux, s'étendent aux diverses classes; il les analyse, compare le jeu de ces diflérentes machines , et montre dans chacune les particularités les plus saillantes et les plus caractéristiques. Puis, descendant aux espèces les moins parfaites, il fait voir que chez certains zoophytes, les polypes par exemple, ces fonctions ne sont pas moins remarquables, malgré la simplicité apparente de leur organisation. Le polype d'eau douce ou hydre qui ne consiste que dans une espèce de sac membraneux est en quelque sorte tout estomac. Il ne forme

' Contemplation de la nature, Vll« partie, ch. m.

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