‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 95 sur 126 · POLYPES, DIVERSES ESPÈCES · texte numérisé non relu

POLYPES, DIVERSES ESPÈCES

compenser la délicatesse extrême de cette frêle créature en lui donnant des propriétés vraiment merveilleuses, car outre son habileté dans Tart de reconnaître et de saisir tout ce qui peut lui servir de nourriture, il semble doué d'une faculté vitale qui le rend capable de résister à toutes les épreuves, et on pourrai! le considérer comme doué d'une sorte d'immortalité si l'on ne s'en fiait qu'aux seules apparences. Ainsi le polype peut être tranché, divisé en une infinité de morceaux sans que son existence soit aucunement compromise par de semblables épreuves; on peut rattacher l'un des morceaux coupés à l'une des extrémités, et ce morceau se greffe parfaitement. Ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'on peut le retourner entièrement et mettre le dedans en dehors, comme on retournerait un doigt de gant, sans que cette nouvelle manière d'exister semble lui être nuisible. 11 continue dans cet état à s'acquitter de toutes ses fonctions, comme auparavant, pêche sa nourriture et se multiplie par cette espèce de séparation naturelle dont nous avons parlé. Retourné, il cherche cependant pendant quelque temps à se remettre dans l'état primitif, ce que Bonnet et Trembley appellent se déretourner ; il y parvient quelquefois; dans ce cas il paraît satisfait de reprendre son état ordinaire; s'il n'y réussit pas, il demeure retourné à moitié et dans ce cas, malgré la bizarrerie de cette situation équivoque, sa faculté de se prêter à tout ne l'abandonne pas. 11 se remet à vivre, replié sur lui-même ; dans cette situation la bouche ou l'ouverture entoure le corps comme une ceinture avec ses franges, et il se formé plusieurs autres bouches à la place où était la première, de sorte qu'au lieu de mourir de faim, il devient une espèce d^hydre à plusieurs têtes. Om peut enlin couper la tête d'un polype et y ajuster celle ^un autre polype sans que son organisation en soit aucunement troublée. Tels sont en abrégé les faits

âS8 CHAPITRE DOUZIÈME.

curieux que présente la Contemplation de la tiature^et que Bonnet a décrits d'après les récentes expériences de son ami Abraham Trembley, qu'il avait lui-même reproduites un grand nombre de fois. Répétées de nos jours, elles ont manifesté exactement les mêmes résultats. Bonnet fait suivre cette description de réflexiohs philosophiques sur le degré de l'animalité dans les diverses espèces et fait remarquer combien il faut apporter de circonspection dans le classement des individus que séparent souvent des différences à peine sensibles.

Les observations de tout genre qui naissent de l'examen des petits animaux, en particulier de ceux que Ton découvre dans les infusions et qui ne se révèlent qu'à Tœil aidé du microscope» font l'objet de la neuvième partie. On y retrouve en abrégé les curieuses découvertes de Needham qui, malgré les plaisanteries de Voltaire, a mérité un nom dans la science. Il a vu le premier, à l'aide du microscope qu'il maniait parfaitement, les atiimalcules contenus dans les laites du calmar et en donna une description. Il fut moqué de son temps par quelques beaux esprits qui aimèrent mieux rire que de véritier ses découvertes. Mais qu'auraient dit ces aimables persifleurs s'ils avaient appris ce que nous ont montré depuis Ehrenberg, Muller et Gleichen, qui ont vu^ sous leur instrument perfectionné, des millions d'êtres s'animer dans des milieux où certes Voitftire n'aumïi jamais été les chercher? Qui croirait que Gruithuiseti a trouvé des animalcules microscopiques, non-seulement dans toutes sortes d'infusions animales, mais dans des eaux où Ton avait fait infuser du granit, du marbre coquillier, de l'anthracite, et lorsque ces eaux avaient été préalablement distillées et privées du contact de l'aire C'est cepen* dant ce que nous apprend aujourd'hui la ^ysiologie de Burdach. Needham et Bonnet n'avaient pas pous^ aussi loin

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