‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 96 sur 126 · DESCRIPTION DES ANIMALCULES DES INFUSIONS · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES ANIMALCULES DES INFUSIONS

les expériences, mais ils avaient déjà beaucoup vu et parfaitement observé les petits'animalculesqui se laissent apercevoir dans le blé rachitique ou avorté. La découverte n'était pas facile, car d'autres observateurs qui les avaient égalennent vus, avaient cru s'être trompés et les avaient pris pour des globules mouvants produits par la partie tibreuse des grains que, suivant eux, l'humidité agitait, absolument comme Buffon avait pris les animalcules des liqueurs séminales pour ce qu'il appelait des molécules organiques. Les animalcules ou. anguilles du blé offrent au naturaliste le spectacle le plus intéressant ; si on humecte un grain de blé semblable avec une goutte d'eau, dit Bonnet, on y coutemple un spectacle étonnant; tout l'intérieur paraît s'animer et on y apercevra bientôt une multitude de iilaments déliés semblables à des anguilles qui se plieront et se replieront dans tous les sens. Ces anguilles, quelques instants auparavant privées de mouvement ou n'ayant même aucune existence apparente, semblent recevoir la vie au contact de l'eau ; on peut les voir s'agiter et se replier dans tous les sens ; on reconnaît leurs organes intérieurs, on aperçoit les œufs dans le corps des femelles et dans ces œufs les petits vivants.

La substance du blé rachitique est blanchâtre, on y trouve des anguilles de toutes les grandeurs, des mâles et des feuilles et des petits qui viennent de naître. Ce qui augmente encore l'étonnement^c'est que ces singuliers animaux peuvent se dessécher de nouveau et perdre pour ainsi dire momentanément l'existence qui du moins cesse entièrement d'être apparente, pour la reprendre ensuite au bout de plusieurs années lorsqu'ils se trouvent placés dans des conditions favorables, si l'on humecte de nouveau les grains de blé. Ce n'est pas d'ailleurs seulement dans le blé que l'on trouve ces êtres extraordinaires, on les a découverts également

dans la tige de la plante, dans la racine et même dans la terre qui l'environne, mais c'est seulement dans le grain qu'ils achèvent de prendre tout leur développement *.

Bonnet avait donc déjà vu en 1769 ce qui depuis a été ccmstaté avec des instruments beaucoup plus exacts.

Les merveilles des anguilles du blé sont encore surpassées par celles que présente le rotifère, petit animal d'abord étudié par Leuwenhoek, et que nous trouvons également bien décrit dans la Contemplation de, la nature. Ce petit iut'usoire vit dans la poussière des toits et sur les gouttières. Il y demeure enseveli comme les anguilles dans le blé ou dans la terre. C'est là qu'il brave les plus grandes chaleurs de l'été comme les plus grands froids de l'hiver. Gélatineux, transparent et fort agile, il se transforme comme le Prêtée de la mythologie et change de figure suivant sa volonté. Son ventre est renflé et l'on découvre dans l'intérieur de son corps un petit organe dont les mouvements imitent ceux du cœur, mais que l'on a reconnu cependant comme complètement distinct de cet organe, ce qui a fait ranger le rotifère dans une classe spéciale, celle des systolides. Le rotifère offre cette particularité que la partie antérieure du corps façonnée en entonnoir se divise dans plusieurs espèces en deux autres parties dont le sommet, couronné de pointes ou cils mobiles, paraît, à cause de leur mouvement continuel, tourner rapidement à la manière d'une roue ; c'est de celte illusion d'optique que vient le nom donné à ce petit zoophyte. Les premiers observateurs avaient cru réellement lui voir porter à la tête deux roues mobiles. La même illusion a lieu pour d'autres animalcules du même genre. Ces prétendues roues ne sont autre chose que le mouvement ondulatoire et croisé très-rapide des cils ou barbillons qui envi-

* Coniamplation, IX' partie, ch. ii.

SYSTOLIDES, ROTIPÈRES. 24 1

ronnent la bouche et qui excitent dans l'eau un courant qui enlraîne Ters l'animal les petits corpuscules dont il fait sa nourriture. La partie postérieure de son corps est garnie d'une espèce de trident qui lui sert d'ancre pour se fixer. Placé en liberté dans une goutte d'eau, le rotifère présente le spectacle curieux de ses cils vibratiles en mouvement et de sa locomotion, mais si l'eau s'évapore, il se contracte de plus en plus, se ride, se déforme et ne paraît plus enfin que sous la forme d'un fragment de parchemin desséché. On le croirait mort; il ne l'est cependant pas, et gardé dans la terre ou dans le sable pendant plusieurs années, il reprend le mouvement et la vie dès qu'on l'humecte de nouveau. Une circonstance assez remarquable préside à cette résurrection des rotifères; c'est qu'il est nécessaire pour les conserver de les recouvrir de quelques grains de poussière. Si leur corps est entièrement nu quand ils se dessèchent, ils ne ressuscitent pas, dans le cas contraire, ils ne tardent pas à revenir à la vie dès qu'on humecte la poussière qui les recouvre. Transportés par les vents sur les toits de nos maisons, et ensevelis dans le sable et la terre qui recouvrent à plusieurs endroits la surface des gouttières, les rotifères y sont exposés à toutes les vicissitudes du chaud et du froid et à toutes les températures les plus diverses des saisons, mais ces rudes épreuves ne sont pourtant rien pour des animaux en apparence si délicats, car ils peuvent soutenir, sans périr, une chaleur de cinquante-six degrés Réaumur et un froid de dix-neuf degrés, pourvu que ce soit dans leur état de dessèchement. Mais les odeurs fortes, les liqueurs alcooliques et salines, les font périr comme les autifs animalcules des infusions pour lesquels ces liqueurs sont un poison mortel. Ils sont androgynes, c'est-à-dire qu'ils possèdent les deux sexes et se reproduisent eux-mêmes. Spallanzani en éleva dans la plus parfaiXe solitude jusqu'à la cinquième gé-

nération, et il les vit distinctement pondre leurs oeufs'.

 côté de ces animalcules, nous mentionnerons à la suite de notre naturaliste le tardigrade» autre petit infusoire ainsi nommé à cause de la lenteur de sa marche, et qui ressuscite comme lerotifère. Il est un peu moins petit et porté sur six pattes ; sa forme imite celle d'une fête de haricot. La partie antérieure est arrondie et la partie postérieure garnie de petits crochets à l'aide desquels il se cramponne. Il n'est pas diaphane comme le rotifère. Quand il commence à se dessécher, ses jambes et ses crochets rentrent dans son corps, et il revêt à p^ près la forme d'une petite sphère. 11 ressuscite encore plus facilement que le rotifère quand il est desséché, car il n'a même pas besoin comme ce dernier d'être recouvert dépoussière *.

Les observations de Bonnet, quoique faites il y a t)rèsd*uD siècle, ont été vérifiées et justifiées de nos jours, et l'emploi d'excellents instruments maniés par les mains les plus savantes et les plus habiles a conduit à apprécier presqu'en tout la justesse de ses recherches» Seulement il parait avoir exagéré le nombre d'années que lerotifère peut passer daos un état de sécheresse et d'immobilité complète. Ce temps qu'il croit pouvoir être prolongé jusqu'à vingt ans se réduit en réalité à une ou deux années, au bout des(]uelle6 le rotifère ne peut plus revivre ; mais en revanche eet ayantage ne se borne pas à lui seul, il s'étend encore à presque tous les zôophytes de l'espèce des infusoires, car l'eipérience a démontré que presque tous, placés dans les conditions de dessèchement dont nous venons de parler, r^susciteot quand on les humecte d'eau.

On peut observer, au sujet des zoopbytes iafusoires deat

* Cometnkpkuiim, IX* parUe, chap. lu

Page 1