VÉGÉTAUX PARASITES
respiration chez les chenilles et chez les papillons. Ces stigmates sont disposés d'une manière tellement conforme et semblable que leur place est etactement la même sur le corps de l'un que sur le corps de l'autre, les intervalles les mêmes ^ de telle façon qu'on les dirait calqués l'un sur Faulre *. Avouons cependant que nous ne savons que trèspeu de chose sur un pareil objet et disons avec notre philosophe qu'il est sage d'assigner des bornes à notre curiosité sur un sujet qui dépasse ]es limites de la science.
La classification proposée par Bonnet dans cette partie de son ouvrage est ingénieuse ; mais fondée sur la variété des métamorphoses, elle n'a point sans doute paru assez générale ni, par suite, semblé digne d'être adoptée.
La dixième partie de la Contemplation de la nature est consacrée à un parallèle entre l'organisation des végétaux et celle des animaux. Il existe en effet des analogies marquées entre ces deux ordres de créations, toutes deux admirables par les phénomènes qu'elles présentent dans la perfection de leur composition et dans la manière extrêmement variée dont le but de leur existence se trouve atteint. Cette comparaison donne lieu au philosophe de déployer les richesses du tableau de la nature animée. Les faits nombreux qu'il a observés et réunis lui servent à élever le lecteur jusqu'au but suprême de la nature, l'unité et la grandeur qui forment elles-mêmes les attributs de l'être par excellence, le souverain Auteur de l'univers. La variété des moyens employés pour atteindre cette perfection infinie, et pour remplir le but principal, la vie et la conservation, se comprend mieux eueOBe en comparant entre eux les divers ordres d'êtres créés.
Là où nous voyons un animal faible, presque sans défense
• Contemplation^ IX® partie, ch, xiv.
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et sans ressources^ se clécouyreBt des mystères admirables qui révèlent une économie parfaite dans les moyens eo même temps que la grandeur dans le résultat. Tel faible animal; dédaigné, délicat à l'extrême ou de formes déplai* santés, a reçu en partage une organisation aussi complète (|ue celle du puissant éléphant ou du noble cheval. Même observation pour les plantes. Bonnet décrit la ^ie singulière des ^égétauK parasites qui semblent dépourvus eux-mêmes des ressources nécessaires pour exister et condamnés à les emprunter à d'autres. Ces végétaux qu'on pourrait considérer comme placés à un rang inférieur ne semblent pas s'appartenir eux-mêmes; tantôt ils se nourrissent de la substance même d'une plante voisine, taptôt ils prennent seulement sur elle l'appui qui leur est nécessaire pour se soutenir, pouvant d'ailleurs se suffire en puisant dans le sol les sucs alimentaires. U est de ces plantes qui croissent en toutes sortes de lieux et dans les conditioiii les plus différentes. Quelques-unes vivent sur des morceaux de bois sec, sur des tuiles, sur des pierres, et dans ce cas trouvent une alimentation suffisante dans l'huiNdité qui règne sur les corps durs auxquels elles sont attachées. Il décrit ensuite les guis et les lichens et montre comment ces végétaux vivent, croissent et se nourrissent. Mais les plantes parasites ne vivent pas seulement sur les autres plantes ou sur des objets inanimés ; elles se trouvent également sur des animaux. La production végétale appelée mouche végétante des Caraïbes en forme un exemple. Cette sorte d'excroissance ou de champi^on croit ordinairement sur la nymphe morte ou desséchée -d^ne espèce de cigale d'Amérique, on prétend même qu'il s'en est trouvé sur des pymphes vivantes. Ce champignon appartient à l'espèce appelée clavaire , parce que sa forme approche de celle d'un ( lou. Quelquefois on trouve deux ou trois clavaires sur la
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méQie nymphe. L(| graoéeur de ces champignons varie bei^ucoup, il en est de tnès-petits; il en est qqi ont jusqu'à deux ou trois pouces de longueur; la tige tantôt droite , tantôt recourbée sur la nymphe , se termine par un petit boMton; cette clayaire ne tient pas à Taniroal par des rar cines, mais par une espèce d'empâtement qui sert à l'attacher à la surface à laquelle elle doit adhérer. Bonnet dit que c'est pendant que la cigale s'enterra pour revêtir la forme de nymphe que ce phénomène se produit^ la elavaire nait alors et se développe sur sa surface. Fougeroux, qui a particulièrement étudié la clavaire des Caraïbes , en avait observé plusieurs $ur des imeetes desséchés qui semblaient apr parteoir au geçre Hanneton, et supposait qu'elles avaient pu végéter sur l'individu vivant, les faits curieux remarqués par le naturaliste genevois l'ont été encore plus réoemment par ceux de notre temps. Il paraît cependant que ce n'est pas ordinairement sur l'animal vivant que ces plantes parasites apparaissent 9 mais sur le cadavre des nymphes de cette sorte de cigale. On ne le trouve pas (pB plus chez les cigales d'Europe. D'autres champignons s'attachent à la corne de» chevi^ux morts. Des observateurs modernes ont vu ces champignons sur des insectes vivants^ entre autres sur une lepture et sur une cedémèce *. 11 est probable que bien d'autre végétaux vivent en parar sites sur certains insectes ou certains anûnaux. Bonnet avait vu un semblable phénomène sur la tête de quelques abeilles vivantes et il avait rencontré une de ces mouches dont le devant de la tête était paré de petites aigrettes, qu'il considérait comme de très -petits champignons de Tespèçe indiquée plus haut '.
* Espèces de coléoptère.
^ CottUmplatiûUj X* parUe, ch. xxi. V07. anifti ïiiet. pHi. tfhist. natur,. art. Mouche végétante, et Dictionn. de Yalmoiit de Bonuire.
24d CHAPITAB DOUZIÈME.
Après les plantes viennent à leur tour les animaux parasites, êtres dont quelques-uns ne nous inspirent qu'une extrême aversion, mais qui n'en doivent pas moins mériter l'attention du zoologiste et qui sont pourvus d'organes d'une merveilleuse complication. Où l'homme vulgaire n'aperçoit qu'un sujet de répulsion, le naturaliste , sans s'arrêter aux apparences, découvre, soit à l'aide du microscope, soit à l'aide de l'anatomie, des merveilles inouïes. Les intéressants travaux de Swammerdam sur les insectes parasites sont ici rappelés avec tous leurs détails. De leur organi«alion et de leur extrême multiplication notre philosophe tire des réflexions élevées sur la richesse de la nature qui semble avoir prodigué les existences au point de les rendre insaisissables à nos sens, et souvent aussi à nos meilleurs moyens d'observation. Elle a renfermé des animaux dans d'autres animaux, dans les premiers d'autres encore plus petits, nous ignorons même oii cette succession peut s'arrêter, puisque l'air, les liqueurs végétales, les liqueurs animales, les matières corrompues, les boues, les fumiers, les bois secs, les coquillages, les pierres même, tous ces corps fourmillent d'animalcules mi(;roscopîques. La mer elle-même n'est, dans certains temps, qu'un composé d'animaux infiniment petits. Quand nous la voyons briller d'une lumière bleuâtre, pendant les soirées orageuses , elle se couvre d'une multitude de petits vers phosphorescents, qui ressemblent à de petites chenilles et dont toutes les parties divisées brillent comme le ver tout entier. Ces animaux lumineux, déjà observés par notre naturaliste, parurent à plusieurs des savants de son époque de petites mouches ou crustacés d'eau assez semblables à des daphnies d'eau douce. L'abbé Nollet les avait étudiés dans les lagunes de Venise, et il les décrit comme ayant le corps très-mou, d'une forme allongée et composé d'anneaux; la partie postérieure est