CHAPITRE XXXI
J iE comle d'Ellival, Dulac el Lisberg avoient fait Je tour du château de Saint- Paul. Combien de fois u'avoient-i!s pas appelé Charles, Gustave et Viclorine! Personne n'avoit répondu. De vieux donjons avoient attiré leur attention d'une manière parliculière. Ils s'en étoient approchés ; et, se plaçant de manière à se faire entendre avec le plus de facilité, ils avoient de nouveau appelé ceux qu'ils désiroient si vivement de retrouver. Deux cris partent de deux donjons differens : Sau\^ez Victorine , sauvez Victorine. D'Ellival et ses amis ne se possèdent plus ; ils reviennent à la hâte vers le concierge qu'ils trouvent auprès de la princesse , de la
comtesse d'Ellival et d'Amédée. Ils sont retrom'és , s'ecrieut-ils. — « Mallieureuy, H conduisez-nous à l'instant aux donjons, « ou vous êtes mort! » — Le concierge se jette à genoux, veut s'excuser sur l'affreuse certitude oii il éloit que sa désobéissance au comte Antoine seroit punie par la perte de la vie. On ne l'écoute pas. Conduisez' nous au donjon, lui répète-t-on d'un ton terrible. Il se presse d'ouvrir toutes les portes par lesquelles on peut arriver aux prisons de Charles et de Gustave. Avec quelle ardeur on le suit ! Charles, Gustave sont délivrés. Avec quelle joie on les embrasse ! Quels transports ils éprouvent et inspirent! A peine peut -on entendre, ma mère y mon fils , mes enfans y mon père. Mais on demande Victorine. Le concierge reste muet. II se jette de nouveau aux genoux du comte. Il proteste de la sii.cirité do ses aveux. Il dépose toutes les clefs aux pieds de M. d'Ellival. Il jure que maiuteaaul il a ouvert toutes
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les pièces du château. 11 ignore absolument ce que Viclorine est devenue. On le menace en vain deschàtimens les plus alfreux. 11 renouvelle ses proleslaiions et ses sermens ; il ramène tous ceux qui l'entourent dans la salle tendue de noir ; il raconte ce qui s'est passé la veille; il parle des tentatives d'un jeune inconnu entré dans le château , avec une suite considérable , par une brèche qu'avoit fait faire ce jeune audacieux^ et qu'il olfre de montrer; des efforts que cet inconnu a fails pour enlever Victorine ; de la résistance courageuse qu'elle lui avoit opposée; de Tempressement avec lequel il avoit accouru , averti parle bruit qu'il avoit entendu ; de la terrible apparition de l'ombre de la feue comtesse ; de l'enVoi que les menaces de l'ombre avoient fait naître; du poignard qu'elle lenoit dans sa main , et de la rapidité avec laquelle elle s'étoit échappée, emmenant Victorine , devant laquelle toutes les portes du château s'étoicnt ou-
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veiies , et qui avoit dispara avec le fantôme. Il a montré le catafalque qui avoit été renversé, le drap mortuaire qui s'éloit soulevé , la place où ses enfans et lui avoient été terrassés par la vue de la comtesse, et celle où l'inconnu éloit resté comme pétrifié.
Il a ajouté qu'il avoit voulu arrêter cet inconnu, mais que ses gens qui, avant l'apparition, s'étoient dispersés dans les dift'érens apparlemens pour trouver plus facilement Victorine , s'étant réunis autour de leur maître , il lui avoit été impossible, malgré le secours de ses enfans , de l'empêcher de sortir avec tous ceux qu'il avoit amenés.
Quelle consternation répand ce récit dans l'àme de tous ceux à qui il est adressé ! On ne croit pas à l'apparition de l'ombre. Mais où est Victorine ? Quelle est cette femme qui l'a emmenée? A-t-elle voulu la sauver, ou l'infortunée Victorine n'a-telle fait que changer de captivité, et tom-
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ber d'un abîme dans un autre? Telles sont les questions que Ton se fait, qu'accompagne l'expression de la plus vive sollicitude , et auxquelles on ne sait que répondre. Charles et Gustave veulent partira l'intant , et courir sur les traces de Viclorine. On leur parle en vain des nou- \eaux dangers que l'on redouteroit pour eux ,de l'inutilité des recherches qu'ils ne sauroient de quel côté diriger , de la situation plus affreuse à laquelle des tentatives imprudentes pourroient exposer mademoiselle de Santangélo. Ils n'écoutent que le sentiment qui les domine. Un ordre absolu de leurs parens peut à peine les retenir. Ou se méfie plus que Jamais de la sincérité du concierge. On visite tous lesapparlemens, comme si ou ne les avoit pas déjà parcourus. Et ce n'e.;t que lorsqu'on croit s'être assuré qu'aucune tour , aucune chambre, aucune galerie, aucun réduit, aucune cloison , n'ont échappé à l'examen le plus alleutif , qu'on se détermine à re-
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partir pour Rome , où peut-être on aura le bonheur de relrouA^er Viclorine.
Les trois familles réunies se promettent, cependant , avant de se mettre en route j de garder le plus grand silence sur les attentats du comte Antoine. Elles ne veulent que déjouer à jamais ses complots, et rendre au bonheur ses victimes. Il appartient à la famille de Volenla, et le désir de la vengeance sera toujours étranger à leurs cœurs généreux.
D'Ellival , en conséquence, fait venir le concierge, le menace des pins terribles effets d'un courroux bien légitime , s'il divulgue jamais les ordres qu'il avoit reçus du comte Antoine, et lui remet pour son maître le billet suivant.
j4u comte Antoine de T^olenta,
Le comte Charles d'Ellival , le baron (( Gustave et mademoiselle de Sanlangélo, « ont été par vos ordres, renfermés dans « votre château de Saint-Paul. Vous n'a-
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« viez aucun droit sur eux. Leurs parens « indignes sont venus rompre leurs fers. « Leur suile éloit trop nombreuse pour <( que vos gens pussent leur résister. Ils u auroient pu invoquer l'autoriîé des lois; « mais ils n'ont pas oublié le nom que «c vous portez , et jamais on ne saura H par eux combien vous les aviez oulra- « gés. Voire concierge pourra vous dire « de quelle manière ils lui ont prescrit le « silence le plus absolu sur votre audace cieuse eutreprise. »
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