‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 11 sur 28 · CHAPITRE XXXU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXU

J\. PEINE la comlesse Antoine ent-ellc dépassé, avec Victorine, Ja graîide porle du chàieau de Saint-Paul, qu'elle jeta lous les lambeaux noirs dont elle s'eloit couverte , pour inspirer une plus grande frayeur, et exécuter plus facilement sou projet. Les deux fugitives s'écartèrent ensuite , aussi vîle qu'elles le purent , de la route qu'elles avoienl prise, et se jetèrent dans un bois. Avec quelle ferveur elles y remercièrent le ciel de leur délivrance! Mais elles éprouvoient encore la plus grande inquiétude, elles étoient bien près du château, et le comte Rodolphe ne larderoit peut-êl;-e pas à les poursuivre.

Elles n'osèrent pas sortir du bois avant

que la nuit ne fût venue. Mais , dès que 1 obscurité fut un peu épaisse , elles quittèrent la forêt , et se dirigèrent vers un hameau qu'elles avoient vu à une assez petite distance. Elles vouloient arriver à Rome sans se faire connoitre. Les plus grands motifs paroissoient leur commander cette précaution. La comtesse n'avoit pas d'argent. Victorine avoit conservé quelques pièces d'or; mais la somme que ces pièces pouvoient former étoit bien peu considérable , et elles avoient encore beaucoup de chemin à faire.

Elles arrivèrent au hameau, et frappèrent à la porte de la première chaumière. Une vieille femme vint leur ouvrir ; elle habitoit seule sa petite maison. Les voyageuses demandèrent un asile jusqu'au jour , et des renseignemens pour se procurer des chevaux qu'elles pussent louer jusqu'à Rome. La vieille femme fut d'abord effrayée , et voulut leur refuser riiospilalité ; rassurée , cependant par le

ET ALPIIONSINE DE FLORENTINO. qS

Ion de voix et les manicres afleclueuses de la comtesse el de celle que celle dernière appeloit sa fille , el bien aise , d'ailleurs , de gagner la pelile somme que les dames lui ofïiirenl , elle les fit entrer, les plaça de son mieux, el leur présenta du pain et du laitage que Viclorine et la comtesse acceptèrent avec bien de l'empressement. Elle n'avoit qu'un lit ; elle le céda aux voyageuses qui se couchèrent tout habillées j mais à peine commençoient-elles à goûter un peu de repos , après tant de craintes, d'agilalions , et dinquiéludes , que le bruit de plusieurs chevaux les réveilla , et leur inspira une terreur nouvelle. La nuit étoit avancée; certauiement on les poursuivoit. Eloil-ce le comte Antoine, ou le comte Rodolphe? Avec quelle anxiété elles écoutent ! Elles n'osent faire aucune question à la Aicille femme qui dormoit sur un banc. Les hommes à cheval paroissent s'arrêter devant, la chaumière. Elles sont perdues;

elles ne peuvent respirer ; elles croient entendre des voix. Leur imagination se trouble de plus en plus; elles se persuadent que Ton a prononcé le nom de Victorine. Comment pourroient-elles échapper au danger qui les menace? On frappe fortement à la porte; elles frémissent. La vieille femme se réveille en sursaut, ne sait si elle doit ouvrir , consulte les dames qui sont hors d'état de répondre et dont le sommeil apparent l'étonné, s'approche de la porte , demande ce qu'on veut.

Mais, au lieu d'insister pour entrer, les cavaliers repartent avec précipitation, s'éloignent avec vitesse, et bienlôt on n'entend plus qu'un bruit sourd et lointain. La vieille femme ouvre cependant sa porte avec précaution , ne >. oit personne , s'avance dans le chemin , revient sur ses pas, s'approche du lit, et voyant que les voyageuses ne dorment plus. — « Ce « grand coup vous a éveillées. Je ne sais (( ce que Youloieut ces cavaliers; mais ils

ET ALPHONSINE DE FLORENTINO. qS

M sont déjà bien loin ; le jour commence « à paroître ; je les ai distingués qui coûte roienl vers le chàleau de Saint-Paul ; du « train dont ils vont , ils y seront bien- « tôt. » — liCS voyageuses, un peu rassurées, se lèvent, apprennent qu'elles ne pourront louer des chevaux que dans levillage qu'elles verront sur une montagne en sortant du hameau , remercient la vieille femme, la payent , et partent à pied pour le village.

Elles louent les deux seuls chevaux qu'elles trouvent , et se remettent en route avec le fiis de celui à qui ces chevaux appartiennent. La jeune homme les suit à pied ; et , quelque pressées qu'elles soient , elles sont obligée? de se reposer souvent , et peuvent aller d'autant moins vite que les chemins de traverse qu'elles se croient forcées de préférer, sont rompus dans beaucoup d'endroits.

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