‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

JLja marquise cVAniance et sa petite fille Adélaïde d'Ellival, restées à Rome, y éprouvoient cependant une trop grande contrainte, au milieu du grand nombre de personnes qu'elles ne pouvoient pas refuser de recevoir , et auxquelles tant de raisons les engageoient à cacher leur douleur , les démarches de leurs amis, leurs espérances et leurs continuelles appréhensions. Elles ne trouvèrent pas de meilleur moyen de se soustraire h ces dures et fréquentes contrariétés, qu'en allant au château de Santangélo , attendre le retour de leur famille. Elles dévoient y être d'ailleurs plus rapprochées de Saint-Paul , et plus à portée de recevoir des nouvelles de tous ceux qui les intéressoieot si vive-

ment. Le concierge Marco les y reçut comme les meilleures amies de sa bonne princesse; et avec quelle satisfaction secrète Adélaïde auroit revu les jardins où Gustave avoit paru pour la première fois à ses y eux , si la destinée de ce Gustave, qui lui ëtoil si cher, ne lui avoit pas inspiré l'inquiétude la plus cruelle.

Les évènemens funestes qui afïïigeoient si vivement la famille d'Ellival et celle de Santangëlo, avoient été tenus aussi cachés qu'ils avoient pu l'être. Les personnes étrangères à ces deux familles n'en avoient pas été informées; ils étoient même ignorés de Léopoldine. Ayant su que la marquise d'Amance et Adélaïde étoient allées à Santangélo, elle n'avoit pas douté que la princesse n'y fût avec Victorine , et que Charles n'y eût accompagné sa grand' mère et sa sœur. Sa jalousie s'en irrite. Elle ne peut supporter l'idée que Charles et Victorine sont sous le même toit , qu'ils peuvent se voir à chaque instant. Tome III. 5

— » Cette pense'e est horrible, s'e'crie-t- (( elle.Dausleniomentoù je parle, Cljarles « est peut-être au près de ma rivale; il jure i( à ses genoux un amour èleineî; il jouit i< auprès d'elle du bonheur suprême ; et « pendant que, seule, délaissée, mèpri- « se'e, je souftVe toutes les peiues de lab- « sence, tous les tourmens de la jalousie, (f toutes les douleurs de l'orgueil humilie, (f il ne s'informe pas du sort de Le'opol- « dine. Heureux auprès de celle qu'il )) aime , uniquement occupé du bel objet « de sa tendresse, pourroil-il trouA er pour K moi linslant dune seule pensée^ d'un « seul regret ? Que dis-je , bit n loin de a me plaindre , s il connoit tout ce qu'il a me fait souffrir , ne s'empresse-t- il pas « d'en faire hommage à mon indigne ri- « vale? Ils en rient peut-être; et la cerh litude de mon malheur ajoute au Iriom- « phe de celle qu'il me préfère. INon, leur (( félicité sera bientôt détruite, je la disc. siperai comme une vaine fumée. Je ne

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u résiste plus à ma passion funesle. L'ou- « Irage seroit trop grand. Léopoldine « sera vengée. Ils connoîlronl aussi l'Iiu- « mlliallon et les lourmens. En vain elle u implorera Léopoldine. Je rirai de ses « larmes ; je jouirai de son supplice ; et , (( à mon tour, j insulterai à ses maux et (( à ceux de son perfide amant. >? — Furieuse, hors d'elle-même, elle marche avec précipitation dans sa chambre, el, pendant que sa tète exallée ne lui permet aucune réflexion, elle fait venir un servileur de sa mère, à qui elle peut tout commander, parce que le hasard lui ayant découvert sa conduite secrcle et coupable , d'un mot elle peut le perdre. — « A\ez- (( vous exécuté mes ordres ? — Oui , ma- « demoiselle. — Tous les préparatifs que u je vous ai prescriis sont-ils faits? Tous (( les hommes dont vous avez besoin soul- « ils trouvés? Pouvez-vous compter sur « leur zèle et sur leur discrétion ? — Oui , «. mademoiselle. — lié bien! voici le mo-

« ment d'agir. Je ne dois plus différer. » «— Elle regarde avec méfiance autour d'elle , s'approche du serviteur, lui parle bas. — (( C'est-là que vous serez en em- <( buscade. N'oubliez aucune précaution.

t( — Non , mademoiselle. — Je ne serai « pas éloignée. Je vous rejoindrai lorsc( qu'il en sera temps, et je vous donnerai « mes ordres ultérieurs. Vous savez que i( mon nom ne doit jamais être prononcé. « Votre vie dépend de votre obéissance. « Parlez. »

ET ALPnOiVSINE DEFLORENTINO. lOl

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