CHAPITRE XXXV
X ENDANT qu'Adélaïde , que l'on avoit prise pour Viclorine , éloit eiitraÎDee loin de Rome, mademoiselle de Sanlangélo el la comtesse Antoine pressoicnt, autant qu'elles le pouvoieut, leur arrive'e dans cette capitale. Le soleil alloit se coucher, et elles allendoieul avec impatience d'avoir dépassé une colline, pour voir de loin le sommet des pavillons du clialeau de Santangélo. Leur espoir d'être bientôt hors de tout danger, el de rendre à la liberté Gustave et le comte Charles, augmcntoit à chaque instant , et la joie renaissoit dans leurs âmes que tant de douleurs avcient déchirées, lorsque la comtesse , en se retournant , aperçut un nuage de poussière. A mesure que ce nuage
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s'approchoit, elle distingua un assez grand nombre de cavaliers qui s'avançoient avec vitesse. — « Que nous sommes malheu- « reuses, dit-elle tout bas à Yictorine ! « C'est nous que cherchent ces cavaliers (( que nous voyons. C'est le comte An- « loine , ou le comte Rodolphe, qui sont « parvenus à découvrir la roule que nous «.avons prise. Comment échapper à leur « violence ? Quel secours pouvons-nous <c implorer? Ma chère Victorine , que je « vous plains ! Noire seconde captivité « sera bien plus affreuse que la première. « O mon Dieu ! protëgez-nous', vous êtes « notre seule espérance. >> — Les voyageuses pâlissent, tremblent, ne peuvent plus se soutenir. Les rênes échappent de leurs mains ; elles vont tomber. Leur jeune conducteur court à elles ; elles ne voient plus > elles n'entendent plus; les chevaux s'arrêtent ; elles glissent , presque sans connoissance, sur l'herbe qui borde le chemin.
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Le jeune homme, cjui n'a pas entendu ce que la comtesse a dit à Viciorine, va au devant des cavaliers qui sont maintenant très-près, et les conjure de secourir deux dames qui sont hors d'état de continuer leur roule. Les cavaliers mettent pied à teire, volent aux dames. Quelle n'est pas leur joie en les reconnoissant ! Et que n'éprouvent pas mademoiselle de Sanlangélo et la comtesse , lorsque Viciorine, revenant à elle , se trouve dans les bras de la priticesse , d'Aorore, de la comtesse Caroline , de Gustave, voit de- Tanl elle le comte d'Ellival, Dulac, Lisherg f et Charles qui ne peut contenir le transport qui l'anime , et que , dans ses exclamations si vives et si touchantes de bonheur et de reconnoissance envers Dieu, elle prononce les noms de tous ceux qui l'entourent , et qui lui sont plus chers que jamais ! Le trouble délicieux , le délire enchanteur auxquels ils s'abandonnent , se calme cependant;- ils peuvent se parier.
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se répondre, se compreodre, sentir toule leur félicite. Victoriiie nomme à ses amis la comtesse Antoine j on devine plutôt qu'on n'entend une partie de son histoire; et j à un premier moment d'étonnement , succède l'expression du plaisir avec lequel on voit la libératrice de Vicloriuc. On appelle le conducteur, on le récompense , et on se hâte de continuer d'aller vers Rome où l'on croit qu'on doit être attendu, avec tant d'impatience , par Adélaïde et la marquise d'Amance.
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CPIAPITRE XXXVI.
JLja précaution qu'avoienl prise les trois familles d'Ellival, de Florentino, et de Sautangélo, de choisir, pour leur relour, les chemins les moins frëquenlés, les avoit conduits très-près de l'endroit où Lëopoldine avoit joint la troupe qui emnienoit Adélaïde. A peine eurent -elles fait le tour de la colline la moins éloignée de Santangélo, qu'elles virent une voiture qui venoit vers elles, et qu'entouroient plusieurs hommes à cheval. Gustave, plus pressé que personne d'arriver à Rome , ëtoit seul en avant, et , au moment où il atleignoit la troupe qui avoit enlevé Adélaïde , les cavaliers qui la composoient , redoutant l'approche de ceux qui venoient de Saial-Paul , quoique ces derniers fus-
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sent encore Irop e'Ioignés pour êlre reconnus, se déterminoient à quitter le chemin , el à traverser les champs qui le bordoient. Le mouvement brusque que l'on imprima à la voiture, pour lui faire franchir le fossé , fît baisser les jalousies ; Gustave voit Adélaïde , la reconnoît , l'appelle à grands cris, poursuit la voilure, quoique seul el éloigné des siens. Léopoldine effrayée ne peut donner aucun ordre; sa troupe lire sur Gustave , dont les amis accourent avec leur suite; les cavaliers de Léopoldine veulent se défendre, une nouvelle décharge part de leurs rangs; on est obligé de tirer sur eux ; trois sont blessés à mort, et expirent en tombant; et Léopoldine, qu'on n'a pas pu reconnoîlre, est tuée avec eux , au moment où elle prenoit la fuite. Sa mort fait cesser lecombat. Ceux de ses agens, qui n'ont pas été atteints, emportent son cadavre et ceux de leurs complices , se sauvent avec la plus grande vitesse, et s'enfoncent dans la foret la
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plus votsine. Un seul d'eux , celui qui ëloll dans la voiture avec Adélaïde, ne peut s'échapper. On l'arrête avant qu'il ail pu s'enfuir a\ec le conducteur delà voilure.
On secourt Adélaïde , que le passage le plus rapide de la terreur et du désespoir à la joie la plus vive , avoit fait évanouir. Quel bonheur elle fait éprouver , et qu'elle est heureuse elle-même , lorsqu'eu rouvrant les yeux , elle se trouve sur les genoux de la meilleure des mères; qu'elle se voit entourée de ceux qu'elle aime si tendrement , et que ses regards reiiconlrent ceux de Gustave devenu son libérateur !
Mais l'étonnement des trois familles est toujours extrême. Qui a pu vouloir faire enlever Adélaïde? Quel motif a pu déterminer à commettre un pareil forfait?
On éloigne les gens , on interroge le principal agent q ue l'on a pris dans la voilure. L'espoir de sa grâce lui fait tout
dévoiler. Il nomme Lcopoldine comme l'auteur du complot. Une secrète horreur s'empare de tous ceux qui l'entendent.
II cite les ordres qu'il avoit reçus pour enlever Vlctorine. A ce nom , on l'interroge de nouveau. On découvre le ve'ritaLle objet de la trame qui avoit e'té ourdie. On voit que la présence d'Adélaïde dans le château de Santangélo, l'a fait prendre pour Victorine; qu'on n'en vouloit qu'à celte dernière. On devine le motif du sort qu'on lui réservoit. On se regarde , mais on se laît ; on frémit , et cependant on oublie le crime de la malheureuse Léopoldine ; jamais on ne rappellera la passion funeste qui l'a précipitée dans l'abîme où elle a trouvé la mort.
On relâche celui des agens de celle infortunée qu'on avoit retenu , et ou se hâte de quitter le lieu où l'on vient d'être témoin d'un événement si terrible.
Adélaïde apprend à ses parens qu'elle a laissé sa graud'nière à Santangélo ; on
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y court pour dissiper la mortelle inquîëlude de madame d'Amance , et, dès le le lendemain , on arrive à Rome où la comtesse Antoine habitera secrètement dans le palais de la princesse.
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