‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 19 sur 28 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

IVJLadame de Florealino avoit ëcril au comte Antoine; elle ne lui avoit rien caché de son entrevue avec le curé , et lui avoit annoncé la résolution qu'elle veiioit de prendre , et que rien ne pouvoil ébranler. Livré à la plus horrible inquiétude , le comte s'eiîipressa d'aller chez la marquise. Que ne lui dit-il pas pour l'obliger à renoncer à son projet ! Mais tous ses eflbrls furent inutiles ; elle résista à ses raisonnemens , à ses prédictions , à ses craintes , à ses prières , à ses promesses , à ses menaces ; elle fut inflexible ,* d'ailleurs plusieurs de ses lettres étoient déjà parvenues à leurs adresses , et on y avoit répondu.

Le comte Auloiae ne contint plus la

ET ALPHONSINE DE FLORENTINO. iZZ

fureur qui l'animoit; mais la marquise y parul insensible, et persista dans sa ferme détermination. Il sortit désespéré; et, au lieu de retourner à son hùlel , il résolut à J'iustant de se réfugier dans une petite maison située dans un des faubourgs de Rome , et qui apparlenoit à Dominique , de s'y déguiser, et d'aller ensuite dans une retraite encore plus sûre , attendre le résultat des préparatifs qu'il devoit ordonner.

Pendant que, pour arriver à cette petite maison , il suivoit , seul et à pied , une rue écartée et solitaire, il vit venir vers lui une dame qu'il crut reconnoître , ainsi que celui à qui elle donnoit le bras. A mesure qu'il s'en approchoit, il distingua des traits dont le seul souvenir Tavoit souvent fait frissonner. Il frémit rc'éloient Aurore et Amédée qu'il croyoit morts depuis long-temps, et qui paroissoient à ses yeux. li voulut douter de la réalité de celte appariiioû si iuatlendue; mais bien-

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tôt convaincu qu'aucune erreur ne l'abusoit, il éprouva le Iremblement ie plus violent ; et , près de succomber à tous les coups qui venoient de le frapper, à peine put-il, en rappelant tout ce qui lui restoit de forces , se jeter, pour n'être pas reconnu lui-même, dans une petite rue qui se trouva sur sa droite , et se traîner jusqu'à l'habitation de Dominique. Là, renfermé dans une chambre, et n'osant demander aucun secours , il fut en proie pendant long- temps à des lourmens affreux. Sa raison etoit comme égarée. Aucune idée nette ne se fixoit dans son imagination que ne cessoient de fatiguer les images les plus noires. Il ne savoit plus pour ainsi dire ni ce qu'il avoil appris , ni ce qu'il avoit vu , ni où il étoit , ni ce qu'il avoit à redouter. Celte sorte de délire se dissipa cependant peu à peu. 11 put réfléchir sur sa position ; il put distinguer tous les abîmes dont il étolt environné. Il compara, pendant plusieurs heures, les

diflerens moyens d'échapper aux da-ii^^ers qui le meuaçoient ; il n'osoil en adopter aucun ^ lorsque, tout d'un coup, reprenant son audace et sa dissimulation , il écrivit à Aurore de Volenta et au comte Ame'dëe.

11 leur témoigna toute la joie avec laquelle il venoit d'apprendre qu'ils avoient dans le temps échappe aux périls auxquels tout le monde avoit cru qu'ils a\oient succombé. Il leur exprima le vif désir qu'il avoit d aller leur entendre raconter à eux-mêmes la suite des événemens qui avoient conservé leurs jours, les avoient tenus, pendant tant d'années, éloignés de leur patrie , et les avoient enfin ramenés heureusement dans Rome. Son impatience , ajoula-t-il , éloil extrême , d'aller leur rendre tous les biens qui leur appartenoient , et qu'il avoit maintenus dans le meilleur état , depuis le moment où la funeste nouvelle de leur mort avoit été répandue et universellement adoptée.

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Il ne douta pas que l'on ne sût chez la princesse de San la tigélo l'adresse d'Aurore el celle d' Amédëe , et il s'empressa d'envoyer à son palais la lettre qu'il venoit de leur écrire.

Il en fît parvenir une copie h la marquise , en lui annonçant la rencontre si inattendue qu'il avoit faite. Madame de Florentine fut d'abord saisie d'élonnement ; mais , persistant de plus en plus dans le parti qu'elle avoit cru devoir prendre , elle se hàla d'adresser à Aurore et à Amédée une prière semblable à celle qu elle avoil faite à madame de Sanlaugëlo.

ET ALPIIONSITVE DE FLORENTINO. 1 Sj

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