‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 21 sur 28 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

E couvent de Sainfe-The'rèse n'e'loit pas Irès-éloigtié de Rome. La marquise néanmoins , n'élant partie que lard de chez la princesse , n'arriva au couvent qu'à l'entrée de la nuit. Elle congédia le postillon qui i'avoit conduite, prit ellemême le paquet qu'elle avoit fait préparer, et sonna pour demander à voir la supérieure. La porte de l'église étoit ouverte, et l'office du soir venoit de commencer. La supérieure étoit au chœur ; on ne pouvoit pas lui parler encore. Madame de Florentino entra dans l'église.

Une assez grande obscurité régnoit déjà dans le temple Les voix foibles et plaintives des Carmélites résonnoient dans les voûtes. Auprès d'une chapelle, quelques

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personnes pieuses allendoient à genoux le moment d'èlre admises devant un tribunal où un prêtre octogénaire accordoit, au nom de la clémence céleste, le pardon au repenlii". La marquise se plaça à leur suite. Elle pria, gémissante et prosternée. Appelée à son lour, elle confia au minisire de Dieu tous ses lourmens sccrels. Elle implora la grâce du ciel ; elle offrit sa vie en sacrifice expiatoire. Le prêtre la fortifia par des paroles de miséricorde contre les atteintes du découragement et du désespoir, invoqua pour elle la bonté suprême, la conduisit au parloir de la supérieure , et , avant de se retirer, la présenta à celle dame à qui tout le désir de la marquis» éloit maintenant de soumettre toutes ses pensées et toutes ses volontés.

Madame deFlorentino connoissoit toutes les vertus de la supérieure. Elle lui révéla ce qui lui faisoit rechercher avec tant d'ardeur les austérités du cloître ou elle vouloit terminer sa vie. La supérieure

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lui parla le langage sévère, mais touchant de la religion, lui promit tous les soins de ]a charité chrétienne la plus attentive et la plus compatissante , lui fît ouvrir les portes de Tinlérieur du couvent, et, lui faisant parcourir de longs et silencieux dortoirs, la mena dans une cellule où une lampe ne répandoit qu'une clarté foible et triste , et où elle la laissa seule.

Quel contraste avec les appartemeus somptueux que la marquise veuoit de quitter , et avec toutes les recherches du luxe et de la délicatesse auxquelles elle venoit de renoncer î Dispensée par la supérieure de descendre ce soir-là au réfectoire, et , cherchant dans la solitude quelques iuslans de repos que toutes les agitalions de cette journée lui avoient rendu si nécessaires , elle s'assit sur un banc , auprès de la table sur laquelle la lampe étoit placée. A cùlé de la lampe , elle trouva un livre de prières. A l'autre bout du banc , étoit une tête de mort. La mar-

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quise, en l'apercevant, frémit; le livre qu'elle venoil de prendre lui tomba des mains , et , absorbée dans d'affreuses réflexions, elle resta long-temps immobile, sans savoir si elle veilloit, ce qu'elle avoit éprouvé 3 où elle étoit , ce qu'elle éprouvoit encore. Une sueur froide couloit de tous ses membres. Trop affaissée pour pouvoir rester long-temps assise, elle voulut se coucher. Elle ne trouva d'autre lit qu'une espèce de coffre long et étroit , dans lequel elle s'étendit toute habillée ; elle étoit dans sa bière ; elle essayoit pour ainsi dire son cercueil. Une sorte d'horreur la saisit ; elle eut regret à la démarche qu'elle venoit de faire; elle voulut renoncer à celte mort anticipée. Mais , rappelant à l'instant toute sa \\q , elle se dévoua de nouveau, et, succombant enfin à son extrême lassitude , elle s'assoupit dans sa couche funèbre.

Levée de bonne heure , elle prit pari à tous les exercices des religieuses , malgré

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les instances de la supérieure, qui vouloit qu'elle n'en conlractâl que successivement l'habitude, et, s'ëlantfait donner un exemplaire de la règle du monastère, elle voulut, dès ce même jour, se soumettre à un des usages qui pouvoient le plus combattre ses anciennes pensées , et dompter ses premiers penchans.

La nuit étoil venue; la lune éclairoil h peine les jardins du couvent. Madame de Florentino alla à l'extrémité de ces jardins , dans l'enceinte consacrée à la sépulture des religieuses. Elle y vit un grand «ombre de fosses ouvertes; chaque carmélite avoit depuis long - temps creuse celle où elle devoit être un jour déposée. Elle se prépara à s'acquitter d'un devoir semblable que lui imposoil la règle à laquelle elle vouloit obéir. Elle prit, en tremblant, une bêche et une pelle, toujours préparées h la porte du cimetière , s'avança vers un endroit où la terre n'avoît pas encore été remuée, et commença son

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lugubre travail. Quelles idées, quels sonlimeiis se réveillèrent dans son âme ! Chaque coup qu'elle donnoit la faisoit frissonner. Ses mains, peu exercées, manioient avec bien de la peine les instrumens doul elle s'eiTorçoit de se servir. Sa tristesse devint profonde. Le de'couragemenl s'empara d'elle. II lui prit une grande foiblesse ; elle lomba sur la fosse commencée. Sa fermeté l'abandonna. Elle ne crut pas pouvoir résister aux rigueurs du cloître qu'elle avoit tant désirées ; elie résolut d'y renoncer. Biais, à l'émotion qiie lui causa ce changement soudain , succéda une fatigue extrême. Le fi oid de la nuit la saisit , ses yeux se fermèrent , et une sorte de demi-sommeil s'empara d'elle dans celte même place qu'elle avoit commencé de préparer pour son sommeil éternel. Pendantcelle espèce de léthargie, un rêve terrible lui montra un violent incendie, les jumeaux expirans , la foudre vengeresse suspendue sur sa tête. Elle se

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réveilla efifrayée , et , se relevant sur celle terre froide et humide qu'elle destina de nouveau à recevoir sa dépouille mortelle , se condamnant a la pénitence la plus austère, et prenant les tombeaux qui l'environnoienl à témoin de ses vœux, elle conjura l'être des êtres d'exaucer sa prière et d'accepter son sacrifice.

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