‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 22 sur 28 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Aurore et son mari parurent dans le monde sous les noms de comte et comtesse Amédée de Florenlino; et la princesse de Sanlangélo pre'senta à tous ses amis les deux jumeaux, l'un sous le nom de marquis Léon de Florenlino, et l'autre sous celui d'Alphonsine , sœur du jeune marquis. L'histoire des jumeaux et celle d'Amëdée et d'Aurore furent raconle'es ainsi qu'on l'avoit promis à la marquise. Tous les arrangemens qu'on lui avoil annonces furent terminés. Aucune précaution ne fut négligée. Valli , les trois habitans de Florenlino, Madeleine, Thadée, Anna et Victor, furent appelés auprès des jumeaux. Quelle joie leur présence

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leur causa ! el quel accueil ils en recurent, ainsi que de tous leurs amis !

Il fui bientôl convenu que Charles e'pouseroit Alphonsine, el que Le'on recevroit la main d'Adélaïde. Le même jour où ce double hymen fcroitle bonheur de tant de personnes, Germain devoit être uni à Pauline, et Michel à Charlotte.

Le comte Antoine cependant voyant sa fortune Irès-diminuëe, maigre l'admirable gëne'rosité d'Aurore et d'Amëdëe , et sachant que celle que les jumeaux et leurs parens laissoient à Constance, éloit conside'rable , désira de réunir cette dernière fortune à ce qui lui restoit. 11 imagina de demander à la marquise la main de mademoiselle de Salhii. Il éloit bien éloigné de croire que sa femme fût à Rome. Il iVavoil regardé ce que le concierge de Saint-Paul lui avoit écrit au sujet de l'apparition de l'ombre de la comtesse, et de sa fuite avec Alphonsine, que comme l'effet d'une iniaginalion frappée par de

vaines terreurs, et le résultat d'une machination ourdie par le jeune inconnu dont le concierge lui avoit parlé. Celle machinalion n'ayant pu réussir qu'à demi, n'avoit pas rendu l'inconnu possesseur de ]a jeune personne qu'il avoit voulu enlever , mais avoit produit l'évasion d'Alphonsine , qu'un concours de circonstances particulières avoil rendue à ses parens, el ravie à la femme gagnée pour représenter l'ombre de la comtesse. Il étoit convaincu que si la comtesse s'étoit réellement évadée du souterrain de Saint- Paul, la vieille paysanne, chargée de lui porter sa nourriture journalière , n'auroit pas manqué de venir l'informer d'un événement aussi important pour elle et pour lui. Il ignoroit que celle malheureuse paysanne avoit été si efiVayée des suites de la disparition de la comtesse , el du supplice dont elle se croyoit menacée , qu'elle étoit morte subitement. Il désiroit d'ailleurs de dissiper,, le plus possible, ses

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inquiétudes, de s'assurer plus que jamiais de Ja discrélion de la marquise , et de rendre les inlëréls de madame de Florentine iuse'parables des siens.

11 alla , en conséquence , au couvent de Sainte-Thérèse, et demanda une entrevue à la marquise. Il lui témoigna combien il désiroit d'obtenir la main de Constance , et de lui faire hommage de tous les biens qui pouvoient lui rester.

Madame de Florentino fut long-temps sans pouvoir se décider ; mais enfin l'envie de voir s'accroître de beaucoup la fortune de sa fille, l'emporta, et elle promit de donner son consentementàl'union souhaitée par le comte , si Constance lui accordoit le sien.

Le comte vola à Rome chez la parente de Constance. Que ne dit - il pas pour lâcher de réussir auprès d'elle et auprès de sa pupille? Mademoiselle de Salini trouvoit le comte bien âgé. Mais, ne pouvant plus conserver aucune espérance de plaire à Léon , et ne devant plus s'alteu-

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cire à se voir recherchée par des parus très-avanlageux , elle se laissa séduire ; sa vanité l'entraîna ; elle ne put résister au plaisir de porter un grand nom , et à toutes les jouissances que lui promeltoient les équipages , les parures, les diamans, les fêtes que le comte Antoine ne cessoit de lui annoncer.

11 fut donc résolu qu'elle accepleroit la main du comte ; que , suivant les désirs de ce dernier, le mariage auroil lieu Irès-incessamment ; et , comme la marquise ne vouloit plusreparoître à Rome , et que cependant elle souhaitoit de conduire sa fille à l'autel , il fut convenu que la cérémonie seroit faite dans la chapelle d'un château inhabité, voisin du couvent de Sainte-Thérèse , et qui appartenoit à la famille de la supérieure. La bénédiction nuptiale y seroit donnée, après minuit, par le curé de la paroisse, et le maiiage n'auroit pour témoins que ceux qui dévoient nécessairement s"y trouver. Plus

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d'appareil et d'assistans auroit trop contrasté avec la situation actuelle de madame de Florenlino.

La veille du jour où Conslancc devoit être unie au comte Antoine, la marquise écrivit à la princesse Oe Sanlangélo, à Aurore et a mademoiselle d'Ellival. Elle leur renouvela l'expression de son éternelle reconnoissance , leur rappela les senlimens qu'elles lui avoient promis pour sa fille , et leur fît part de la résolution qu'elle avoit cru devoir prendre d'unir Constance au comte Antoine de Volenla. a — Je ne vais pas vous Tan- « noncer moi-même, ajouta-l-elle, je H dois renoncer au bonheur de vous re- « voir, quelque pénible que soit ce sacri- « fice ; je ne dois plus penser qu'à assurer u la félicité de ma fille el a mourir. »

Plusieurs heures après , on vint lui dire que mademoiselle de Salini étoit au parloir. Elle ne l'avoit pas vue , depuis son départ de Rome. « Ma fille, lui dit-elle ;,

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(( lorsqu'elles farent seules , Dieu m'a fait « la grâce de m'appeler à lui. Il m'a ios- (( pire de finir dans celle saiule relraile (( des jours dont le nombre ne peut plus « èlre bien grand. Ne vous affligez pas , « ma.fille ; je sais combien vous m'aimez; w mais que votre tendresse ne vous porte (( pas à troubler la paix que cet asile pro- « met à la fin de ma vie. Vous allez don- « ner la main au comte Antoine de Yo- « lenta. \olre bonheur est en vos mains, u Que la piété , la vertu , la raison et la u bonté dirigent votre conduite, et vous « serez heureuse ; et les vicissitudes de la « fortune ne pourront altérer voire féliu cité. Quelle consolation n'éprouvera pas « votre mère, si le ciel exauce les vœux « qu'elle forme pour vous , et si , à son « heure dernière , l'estime dont vous <i jouirez ne lui laisse aucune inquiétude « sur sa fille. Croyez celle qui vous donna <( le jour, et qui ne conuoit que trop ce « moude dans lequel vous allez cootiauer

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« de vivre. ÎS>? cessez de vous garantir des « vaines promesses de ce monde Irom- « peur, des séductions des plaisirs, des « illusions de l'amonr-propre. Ma ten- « dresse pour ma Constance a toujours <c été ar.-dessus de toute expression ; elle <( ne saura jamais tout ce que j'ai fait pour u elle ; prouvez votre affection à votre « mère par le souvenir que vous conser- « verez de ce que sa tendresse et son « Dieu lui inspirent en ce moment pour <( vous. »

Constance, très-attendrie et aux genoux de sa mère , lui exprimoit sa reconnoissance , son amour, son dévouement, son désir extrême de la voir renoncer au cloître dans lequel elle ^ ouloit se renfermer pour toujours. Elle la conjuroit de ne pas abandonner sa fîUe qui ue pou voit vivre sans elle, lorsque minuit sonna. — « Ne K cherchez pas, ma fille, à émouvoir le « cœur de votre mère ; il n'est que trop « combattu par ce qu'il ressent pour vous;

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« n'attaquez pas une détermination ne'i( cessaire ; ne vous opposez pas àla vo-» « lonlé de Dieu. Voici le moment d'aller (( à l'autel; on nous attend; partons. » — Constance éprouvoit un pressentiment funeste. Elle se relève en silence , soupire, et , conduite par la marquise , monte dans une voilure qui les allendoit.

Elles arrivent dans la cour du château , dont les appartemens sont à peine éclaire's. Le comte Antoine vient au-devant d'elles. Il les itilroduit dans une grande salle qui précède la chapelle , et où ils ne trouvent que deux hommes de confiance du comte , qui doivent servir de témoins. On avertit que le curé est prêt ; la chapelle s'ouvre; on s'approche de l'autel; la marquise , dans une très-grande agitation , y présente sa fille , dont le coeur bat avec force ; les cierges ne répandoient qu'une foible lumière : le pasteur prend la main du comte , la met dans celle de Constance, et au moment où il leur de-

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mande s'ils consentent à leur union mutuelle ; — « Arrêtez , » s'écrie une voix qui fait frémir le comte. Une porle cède à une grande secousse ; une dame , vêtue de noir, paroît , s'arrête auprès du sanctuaire ; des torches l'environnent , le curé effrayé suspend la cérémonie. — «Gomie, «dit la dame, reconnoissez-vous celle « que l'on croit morte depuis tant d'an- « nées, et qui sort du tombeau pour vous « empêcher de commellre un crime ?

« Malheureuse Constance , Antoine esl « mon époux. » — Dans le même moment, arrivent dans la chapelle d'Eilival, sa femme, ses enfans, madame d'Amance, Dulac , Lisberg , la princesse de Sanlan-» gélo , Alphonsine, Léon, Aurore et Amédée. Constance se trouve mal. On court à elle. Le comte Antoine demeure anéanti ; sa raison s'égare ; le délire s'empare de sa tête ; on l'entraîne.

La marquise est presque inanimée ; l'horreur a saisi son âme; elle se relève

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avec violence , court à sa fille , la serre dans ses bras , la recommande à la proleclion du ciel , à la noble afleclion de la princesse, delà famille d'Elîival , de celle d'Amcdee , de la comtesse Antoine elle-même , cf , s'arrachant avec effort du lieu saint où elle laisse sa fille chérie : — • « Mon Dieu ! veillez sur elle ! » s'écrie- 1elle j et elle se précipite vers la voilure qui la ramène au couvent dont elle ne doit plus sortir.

Le comte Antoine avoit élé porté sur un lit, dans un apparlement voisin de la chapelle. La comtesse accourt auprès de lui ; mais , dès qu'il la voit , sa fureur redouble , ses cheveux se hérissent, ses yeux enflammés sortent de leurs orbites. Ceux qui le gardent ne peuvent résister à la violence de ses efforts ; il rompt les liens dont on l'avoit entouré; et, maudissant l'instant où il a vu la lumière, se dévouant à la vengeance à laquelle il ne croit plus pouvoir se dérober, poussant

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des cris terribles , il repousse et terrasse ceux qui l'entourent , enfonce une fenêtre voisine de son lit , s'elance, tombe sur des rochers qui biisenl sa léle , et expire à Imslaut.

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