CHAPITRE XLÎV
V/x cherche la princesse et ses amis; on leur annonce la fin tragique du comte ; sa veuve sans mouvement paroit insensible à tout ce qu'on fait pour la secourir; elle ne revient avec peine de son long évanouissement , que pour tomber dans une douleur profonde; les trois familles consternées la ramènent à Rome , et , fidèles aux promesses solennelles qu'elles ont faites à la marquise , elles ramènent aussi avec elles la triste Constance de Salini.
Lorsque madame deFlorentino apprit, peu de momens après son arrivée au couvent de Sainte-Thérèse , la mort effrayante du comte Antoine, elle gémit.
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saisie de terreur, invoqua le ciel , el , se jetant aux pieds de la supérieure qui ëtoit venue dans sa cellule , eîie la supplia avec tant d'instance de ne plus prolonger le temps de ses épreuves , que la supérieure consentit à lui donner avant peu de jours i'habit de carmélite. Elle le reçut en effet cet habit qu'elle désiroit si ardemment , au milieu de l'appareil lugubre prescrit par les usages du monastère. Le drap mortuaire fut étendu sur elle. Les prières que l'on adresse à Dieu pour ceux qui ont cessé de vivre, furent récitées; et, ayant rompu tous les liens qui l'avoient attachée au monde, elle se livra, avec tant de persévérance, aux jeûnes, aux veilles, et à toutes les austérités de la pénitence et de la vie religieuse , que sa santé y succomba bientôt. Une maladie des plus dangereuses fît craindre pour ses jours. La supérieure l'avoit exhortée en vain à retrancher une partie des exercices pénibles qu'elle s'éloit imposés. Elle n'avoit voulu rien changer
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au genre de vie qu'elle avoit embrasse' ; et elle ne cessa de s'y conformer, que lorsque sa foiblesse , qui croissoit pour ainsi dire à chaque instant , la réduisit à ne plus sortir de sa cellule, et même à ne pas quitter les planches grossières et funèbres qui lui servoient de lit.
Sa fin approchoil cependant , et le médecin déclara qu'il n'y avoit plus de ressource.
Ija supérieure vint lui annoncer qu'elle louchoil a« terme de ses miaux. Elle se souleva, prit les mains de la supérieure , et levant les yeux au ciel : — « Aidezu moi , ma mère , à remercier dignement « le Dieu miséricordieux qui termine mes «souffrances, et reçoit mon sacrifice.
« Que vos prières me soutiennent dans ce <{ moment redoutable où je vais paroilre M devant lui. Vous savez combien sa jus- (( tice doit m'inspirer de crainte; conju- <( rez-le d'accorder ma «jrâce à mon rc-
n pcnlir. »
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Elle demande à revoir l'ecclésiaslique qui a toute sa confiance ; et, lorsque leur pieuse et secrète conférence est finie , le saint prêtre va préparer la triste et dernière cérémonie que réclame la marquise.
Des religieuses entrent dans la cellule. On répand de la cendre sur le pavé ; on la dispose en croix ; ou étend la mourante sur ce signe vénéré ; la supérieure et plusieurs autres carmélites arrivent, un cierge jaune à la main ; elles précèdent le prêtre qui porte dans un vase d'or les saints mystères. Les religieuses se prosternent; le prêtre s'avance vers la malade , l'encourage, la bénit, prononce au nom du Très-Haut son pardon solennel, lui donne le pain consacré, la bénit de nouveau, et sort avec la supérieure et les religieuses qui l'avoient précédé.
Constance allendoit depuis long-temps dans un des parloirs, la permission de voir encore sa mère. On en prévient la marquise, qui désire qu'on l'introduise et
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qu'on la laisse seuleavec elle. <( Ma mère,» s'efforce-l-elle de dire , en entrant, et en se jetant sur le lit de cendres auprès de celle qu'elle ne doit plus revoir ; et elle ne peut rien ajouter; ses sanglots la suffoquent. — « Ma fiile , prenez courage , (( et ne pleurez pas sur moi ; je louche au u terme de ma délivrance. J'ai voulu vous (( voir avant de mourir ; j'ai voulu voir (( encore une fois ma fille chérie. J'ai du, « dans ce moment suprême , lui révéler i< un £>rand secret. Je vais mettre à l'é- M preuve son estime, sa tendresse peut- « être. — Ma mère, pourriez-vous croire.* « — Ecoulez-moi, ma fiile : peu de mo- « mens me restent, et bientôt je ne pourt( rai plus me faire entendre. Une voix « intérieure , celle de Dieu même , me « commande le plus grand des sacrifices. « Puisse-t-il apaiser entièrement sa justice! « Je vais paroilre à vos yeux bien diflé- « rente de ce que vous me croyez. L'or- « gueil a fait mon crime; que je k dompte Tome m. 8
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« a mon heure dernière; que je l'Iiumilie i< devant ma filie. Prenez sur celte table « ce papier cacheté, et lisez à l'instant.)) — Constance, désolée, incertaine, balance.
« — Lisez, ma fille, ne refusez pas votre « mère. » — Constance se lève , va à la table, décacheté le paquet , le lit ; c'étoit une copie de la déclaration faite par Valtî et ses amis. Elle ne se soutient plus , elle chancelle, elle tombe auprès de sa mère , et , tremblante , baise ses mains défaillantes qu'elle arrose de pleurs. — «Vous « voyez devant vous une femme bien (( coupable ; puisse son repentir efi'acer « son forfait ! Puisse le ciel avoir pitié de « celle dont le cœur maternel est dans « ce moment si cruellement déchiré ! « Vous brûlerez ce papier, ma fille. Les « familles d"Eîli\al, de Santangélo et de « Florenlino connoissent mon fatal sc- «c crel ; mais elles ne vous en parleront « jamais ; elles ont pris avec Valli et ses <t amis toutes les précautions nécessaires
ET ALPIîONSINE DE FLORE^fTINO. lyi
« pour qu'il fiil à Jamais oublie ; qu'ils a croient loujours que vous l'ignorez ; « fiez-vous à leur loyauté, à leur gené- « rosilé , à leur tendre intérêt. Que ma- H damedeSantangélo vous serve de mère, w Adieu, ma fille; priez chaque jour pour H moi... Je sens que mes forces m'aban- « donnent; j'ai peine à vous parler... Que « le Dieu protecteur des enfans orphelins « vous comble de bénédictions ! Soyez»
(( plus heureuse que votre mère. » — Elle fait signe à Constance de s'approcher encore davantage d'elle , pose sur son.
front ses lèvres décolorées, s'efforce de
lever sur sa tête sa main maternelle
La supérieure reparoit avec plusieurs religieuses. On emmène Constance qui res^ pire à peine. La marquise lâche encore de faire entendre quelques mots ; elle demande pardon de toutes ses fautes à la supérieure et à toutes les carmélites ; sou agonie commence; ses idées sont troublées; les religieuses récitent autour d'elle
les dernières prières, et répandent l'eau que le prêtre a bënie.
La marquise , comme se réveillant un moment d'un profond sommeil , el roulant ses yeux égarés : — « Quel violent « incendie !... Sauvez ceseufans.... » s'écrie-t-elle d'une voix assez forte. « Mon « Dieu, pardonnez, pardonnez. » — Et elle rend le dernier soupir.
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