‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 4 sur 28 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

,1 jt. comte Charles aimoit à se promener dans les environs de Rome , et quelquefois il n'avoit personne avec lui. Le jour où le baron et mademoiselle de Santaagélo, trompés par une prétendue lettre de Madeleine, ëloient allés à la chaumière écartée , où un affreux complot leur avoit fait perdre leur liberté, le comte Charles, livré à ses réflexions, s'éloit éloigné seul de la ville en suivant une roulq qu'il avoit souvent préférée pour ses promenades. Le soleil éloit couché depuis quelque temps, et il alloit revenir sur ses pas, lorsqu'un jeune enfant, couvert de -haillons, courut à lui, et lui demanda quelque secours pour sa pauvre mère qui

se mouroil de maladie el de besoin, dans une maison délabrée qu'il lui montra à quelque distance du cLemin. Le comte Charles, qui ne connoissoit pas de plus grande jouissance que celle 'de soulager le malheur, sui-, il l'enfant , à qui il dit de le conduire auprès de sa mère. 11 traverse plusieurs chambres à demi-ruinées; et, au moment où il alloit , à la prière de l'enfant , monter un vieux escalier, la porte d'une cave obscure s'ouvre rapidement, et il est lancé dans le souterrain par plusieurs hommes qui tombent sur lui par derrière, se précipitent avec lui danscelle cave très-profonde , le saisissent , le garrottent avec force , malgré sa résistance , et le laissent étendu sur la terre , a^'ant à peine la faculté de respirer.

Lorsque la nuit fut très-avancée , on vint le chercher ; el y sans lui laisser aucun moyen de voir, décrier, ni même de parler, on l'attacha sur un cheval, derrière uu des hommes qui 1 avoient jeté

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dans le souterrain ; un autre liomrae de la même bande étoit déjà sur un second cheval, et, tous deux bien armés, partirent au grand galop , au milieu d'un ©rage des plus violens.

DU CHARLES D ELLIVAL

LETTRE

De Dominique au comte Antoine de V^olenta.

(( Fabrice vient d'arriver avec uu de « ses compagnons. Ils ont amené le jeune u comte. Ainsi tout a réussi au gré de vos a désirs , et j'espère que vous serez con- « lent de moi. Le comte a élé renfermé <( dans une prison particulière , aussi éloi- « gnée que cela a été possible de celle dû frère et de celle de la sœur. J'a\ ois prévenu le concierge de la venue de son troisième prisonnier. 11 est bien endoc- (k triné, et tient trop à la vie , pour ne (( pas exécuter tous vos ordres avec le K soin le plus attentif. Il ne négligera auu cune précaution. 11 a vu seul conduire ((les trois prisonniers; lui seul entrera « dans leurs chambres , leur portera à « manger^ pourvoira à leurs besoins. Sa

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« famille ne sera mise dans aucune con- « fidence. Fabrice et soti camarade ont « paru bien coatens de ce que je leur ai « donné au-delà de la somme convenue.

i< Us sont repartis sans se reposer, ainsi « que ceux qui avoient conduit le frère « et la sœur. Le comte est bien éloigné « de penser qu'il est renfermé dans les « mêmes murs que son ami et celle qu'il « aime avec tant d'ardeur.

« N'ayant plus d'arrangemens a pren- (c dre , ni de recommandations à faire «dans ce château, je vais me rendre au- « près de vous. La prolongation de mon <( séjour ici ne pourroit maintenant servir « qu'à donner des soupçons.

« J'avois envie de parcourir, avant de « partir, ces vastes soulerrains dont une <( issue donne dans une foiot asse/s éloi- « gnée , et qui ont servi pendant si long- « temps de retraite à celte nombreuse « bande de brigands dont vous aviez « gagné le capitaine, et dans les cachots

u de laquelle Amëde'e et Aurore recurent « la mort ; mais je n'aurois pas pu trouver « seul les escaliers qui y aboutissent, et « je n'ai voulu donner au concierge au- « cune connoissance de ces souterrains, a m de leur histoire. Je l'ai prie seulement « de me conduire dans la salle noire. Au « moment où nous ouvrions la porte , « j'ai cru entendre le bruit d'une boiserie « qu'un ressort faisoit jouer avec violence; u mais je n'en ai rien dit au concierge , u pour ne pas ajouter aux craintes qui « peuvent le prendre de temps en temps. « J'iji tout examiné dans celle salle luguu ]}ie , et je n'ai pu rapporter le bruit qui « av(»it excité mon attention, qu'à une « fenêtre mal fermée que le vent avoit pu (( faire battre. Le drap funèbre qui cou- « vre le cercueil est toujours en bon état,- « il n'y a que la brodej'ie des armes de K feu madame , qui paroît un peu gâtée. (( I^e concierge n'a pas pu encore s'ac- « coutumer assez à l'appareil de deuil de

ET ALPIIONSINE DE FLORENTINO- Sq

ji celle salle, pour y entrer sans trouble. ((Au resle , je ne suis pas elonné qu'il « lionne beaucoup à son posle. 11 a un « traitement considérable ; son logement (( est très-beau , et les paysans des envi- « rons lui font la cour. S'il venoit à mou- « rir , et que vous voulussiez me donner (( sa place, je sercis Irès-reconnoissant de 4C votre bonté. Ses enfans pourroient être « plac(is ailleurs, et vous n'auriez besoin « de confier à personne les secrets relatifs « aux prisonniers.

« Je n'ai pas manqué de rappeler au <( concierge l'anniversaire pour lequel il « devra , d'après vos ordres , prévenir le « curé. i>

LETTRE

Dt' la comtesse d'ElUval à la princesse CharloUe de

c( Quels épouvanlables malheurs nous « éprouvons, ma chère cousine ! La fouii dre vleut de uous frapper ; et nous ne « prévo^'ons encore aucun terme aux pr maux affreux qui nous accablent. Puisse u le ciel donner h d'EHival la force de (( re'sister au coup terrible qui vient de <( nous atterrer ! Nous ne savons ce que « Charles est devenu. Jugez du désespoir "» d'une mère. Madame de Sanlangélo « a aussi perdu Gustave et Victorine.

H Les jumeaux ont disparu. Voilà deux « jours écoulés, et nous ne recevons auu cune nouvelle. Combien de lettres, H combien de courriers sonJ déjà partis ! « N'ayant aucun renst^ignemsnt, nous (( sommes obligés de diriger nos recher- « ches de tous les côtés. Ce pauvre Charles,

ET ALPHONSINE DEFLORENTINO. 4^

« l'objet de tant d'aûeclions, l'amour et « l'orgueil de sa famille , que son père a (( élevé avec tant de soin , qui devoit , u a^ ec sa sœur , honorer noire vieillesse , « serois-je donc condamnée à ne plus le « revoir? Ma léle se perd ; mon cœur est « déchiré. O mon Dieu ! ayez pilié de ma « douleur extrême !

K II est sorti avant-hier pour une de ses « promenades favorites ; il étoit seul et à ^L pied , ainsi que cela lui arrive souvent. u On ne l'a pas vu revenir. Nos gens, qui « lui sont très-attachés, sont allés d'eux- « mêmes sur les différentes routes qu'il a « toujours paru préférer. Ils n'ont pu « avoir aucune nouvelle de mon fils ; « personne ne l'avoit vu passer. Quelle u n'a pas été notre inquiétude! et combien a elle deveuoit plus vive , à mesure que « la nuit avançoit !

« Vers le point du jour , la princesse de « Sanlangélo est arrivée. Elle éloil désole lée. La veille, les jumeaux étoient sortis

« en voilure. Ils s'éloieul fait conduire « darivS la campagne, éloient descendus, (( avoient recommandé de les attetidre, « s'éloient avances fori gais \eis un grand (( bois , et n'avoient plus paru. On avoil i< employé une grande parlie de la nnil a « parcourir le bois , à faire des feux , à rt appeler. Toutes les recherches avoient « été inutiles. On n'avoit trouvé qu'une « cliaumière abandonnée ; personne n'a- <i voit répondu.

u Celte bonne princesse n'épronveroit « pas un chagrin plus grand, si les ju- « meaux éloient ses propres en fans.

wMa mère , Dulac, le baron de Lisberg, « sont navrés de douleur; et Adélaïde , <( que je crains qu'elle ne succombe à « tout ce qu'elle ressent ! Vous conboissez « son affection pour le baron, sa tendresse u pour smn frère , son amitié pour Viclo- « rine. Elle ne se plaint , ne pleure , ni t< n'ose interroger. Immobile à sa place , « les yeux fixés sur Ja porte , elle paroît

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« presque iuanime'e. Je la presse dans mes <( bras; elle me regarde comme quelqu'un « qui implorela pilié, mesourilde manière (( à m'arracher l'âme, el reprend machl- « nalement son tffiayante al lilude. Jamais (( une mère n'a plus soullerl que moi ; et (( d Ellival , d'Ellival , ma fille, ma mère , « o Dieu ! pourquoi ne pui.s-je désirer la K mort !

« Peut-on tomber dans un abîme plus i) affreux ?

« On a de'péclié un courrier a Aurore « et à Amédée. »

AUTRE LETTRE De la même à la même,

« Amédée et Aurore, ou phuôt Am- « broise et Lucie sont arrivés cette nuit. « Nous les avons loge's dans une aile f( e'carlée du palais que nous habitons. Ils « n'auront à craindre les regards d'aucun « de ceux par lesquels ils ne veulent pas " être reconnus. La princesse , à qui d'El- « lival a e'crit un billet , est accourue. (( Nous nous sommes tous renfermés dans (( la chambre de Lucie. Combien de lar- (( mes nous avons répandues !

« Lucie et Ambroise ne sont pas sans « espérance. Ils ne doutent pas que mon « nis et les jumeaux n'aient été enlevés. « Ils soupçonnent fortement le comte « Antoine de Volenta et la marquise de » Florenlino d'élre les auteurs de cette « horrible machination. Mais comment « découvrir la prison dans laquelle ils ont

ET alpiionstm: de florentino. 45 « fait ivn fermer ces innocentes victimes w de l'ambition ia plus crilnincllu?Et quels (( moyens prendre ensuite pour parvenir (f à les délivrer , sans exposer leur vie ?

(( Ambroise et Lucie ont d'abord pensé (( à cet immense château dans les souter- « rains duquel Lucie a été sous le poi- « gnard de féroces brigands. Mais elle <c ignore le nom de ce château , et ne croit K pas qu'il appartienne au comte Antoine, <c ni à la marquise.

«Eu y réfléchissant davantage, ils se sont a convaincus que les trois jeunes gens « dévoient élre gardés dans les habitations (( souterraines du château ruiné , si bien « connu de Lucie ; et, peu d'heures après , « ils sont partis avec le comte d'Ellival, u Dulac , Lisberg , et plusieurs domesli- « ques, pour la forêt voisine des sources « du Téverone. Quelle peine on a eue à « m'empècher de les accompagner ? Et « avec quelle impatience j'attends leur « retour, ou une lettre d'Ellival ! »

AUTRE LETTRE

De la même à la même.

(c L'espoir que Lucie et Ambroise nous « avoient donné, s'est dissipe'. On n'a « trouvé ni Charles, ni Viclorine, ni le « baron , dans les souterrains des ruit)es. « On a tout visité, tout parcouru; on a (( examiné tous les réduits ; on a suivi (( tous les défilés, ouvert toutes les j^ortes ; « aucune trace d'habitation ne s'esl pré- « sentée ; on n'a découvert ni habitant , <( ni prisonnier, ni geôlier. Mais une « nouvelle espérance nous est donnée, tf Puisse-t-elle se réaliser !

« La princesse de Sanlangélo sort de « chez Lucie. Elle étoit venue, pleine M d'impatience, nous communiquer ce « qu'elle venoit d'apprendre. Une de ses « parentes venoit par hasard de lui dire 4( que le comte Antoine de Voleula pos- <c sédoit un château très-grand et très-

(( ancien dans les montagnes des Apen- « iiins , et près des frontières du ro^'aume (( de Naples ; que ce cLàteau porloit le « nom de Saint-Paul ; que la femme du (( comte y élolt morte il y a plusieurs « années, et que son cercueil y avoit tou- « jours été conserve depuis, dans une « espèce de chapelle ou de grande salle « tendue de noir. Celte salie noire, ce «cercueil, cette espèce de catafalque, c< ont rappelé à Lucie ce qu'elle avoit vu <( eu s'échappant du cliàleau dans les sou- (< terrains duquel elle devoit périr sous « le fer de brigands. Elle n'a plus doute (t que ce ne fût dans le chàleau de Saint- « Paul qu'elle eût ëlé renfermée; elle a pu « indiquer les diflérens endroits par où (t elle avoit passé pour retenir à Rome , « et n'a rien négligé pour nouscouAaincre « qu'on trouveroil à Saint-Paul Charles, « Gustave et Victorine.

« Ellival , Lisberg , Dulac, Ambroise ic et Lucie parteut daus quelques heures;

K mais comme les cavernes, au-dessus des- L{ quelles le chàleaua été bâti, pourroient « renfermer encore une troupe nom- « breuse de brigands, mon mari et Am- « broise emmènent avec eux beaucoup «( plus de domestiques que lorsqu'ils sont « alle's aux ruines. La princesse et moi « nous avons tant insisté pour les accom- « pagner, qu'enfin nous l'avons obtenu.

« Adélaïde restera avec ma mère. Que « n'a-t-elle pas lait pour venir avec nous? « Mais combien de motifs nous ont forces « à la refuser !

et Une suite conside'rable escortera la « princesse. Ainsi , si mon fils et les ju^fi meaux sont renfermes dans Saint-Paul, « je pourrai peut-être vous annoncer leur (( délivrance. Je n'ose cependant embras- « ser cette idée; elle est trop heureuse « pour voire Caroliue. »

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