‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 5 sur 28 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

CluELLE situalioii que celle de Charles, de Gustave et de Victoriue, renfermes dans un donjon très-éieve, dont les murs ctoient très-épais, les portes couvertes de lames de fer, et les fenêtres très-hautes et grillées I Le lendemain de leur arrivée, il leur sembla, vers le soir, qu'un grand calme régnoit dans le château. Ils conjecturèrent que ceux qui les avoient amenés éloienl repartis. Le concierge vint, à dix heures, faire sa visite. Combien de qnej;lions lui furent adressées ! Combien de promesses de fortune lui furent faites par les prisonniers ! Avec quelle instance le baron le pressa de déli^ rer sa sœur et lui, et de fuir avec eux ! Quelles assurances ne lui donna-t-il pas de la plus grande Tome m. 5

5o CHARLES d'eLLITAL

récompense ! Quelles oflVes ne lui fit pas Viclorine pour son frère et pour tlle ! Charles ne parla que pour lui. Combien il éloil éloigné de penser qre sa prison renfermoit son amante et son anji! Aucune instance ne réussit; aucuue ofire ne fut acceptée ; aucune réponse ne fut faite aux questions des malheureux captifs.

Minuit venoit de sonner jVictoriue n'avoit pas encore pensé à se coucher. Livrée aux pensées les plus tristes , elle éloit assise à côté d'une mauvaise table, sur laquelle brûloit sa lampe , et auprès d'une sorte de lucarne grillée et Irès-exhnussée. Elle croit entendre, au milieu du silence de la nuit, une voix qui l'appelle. Elle e'coule ; elle enienà F'ictorine; elle reconnaît la voix de son frère ., elle s'écrie : Gustave; et les échos des hautes el noires murailles répètent raélancoliquemenl :

Viclorine 3 Gustave.

Quelle consolation pour elle et pour son frère d'entendre leur nom prononcé

CT ALPllONSir^E DE FLORENTINO. 5l

par une voix si chère, mais qa'iis oui de la peitif à diblinguer celle voix fji.i , cependant , lenr est si comim.c ! lis habilent la même enceinte , mais qu'ils sont loin Tut) de rautre! Tout ce qn'ils veulent ajouter se perd dans les airs , ou ne parvient à leur oreille que comme un murmure confus. Us veulent au moins s'appeler encore, s'ils ne peuvent se parier. Vicforine s'écrie : Gw^'/fl^'e. Gustave s'c'crie : P^iclo-' rinc. Quel étonnement , cependant, quel plaisir et quelle peine ne ressent pas mademoiselle deSantangëlo, lorsque, après que les échos ont cesse de répéter son nom et celui de son frère , ces mots V^icLorine et Gustm'e sont redits non plus par une pierre froide et insensible, mais avec l'accent le plus tendre , et par celui qu'elle aime plus que saVie!» — Charles est ici, dit- « elle ; » et elle tressaille de joie, d'amour, et de douleur. — Charles , Charles ; elle répète Charles , du ton le plus ému ; Gustave , qui a entendu, réunit sa voix à

celle de sa sœur ; el Charles proférant ces mots si doux pour lui , de Viclorine el de Gustave, leurs trois noms volent, pour ainsi dire , d'un donjon à un autre , se mêlent, se confondent , et leur donnent, pour un moment , l'oubli de tous leurs maux , et le sentiment du bonheur suprême. Mais quelles inquiétudes, quels tourmens vont remplacer un instant si heureux !

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