CHAPITRE XXVII
J JE jour de l'anniversaire de la mort de la comlesse Antoine , les ordres du comte furent exécutés comme les années précédentes. Le concierge avoit prévenu le curé de la paroisse dans laquelle le château éloit situé. On avoit dressé un autel dans la salle tendue de noir. Des cierges nombreux avoienl été allumés autour du cercueil et sur les gradins de l'autel. Ils éclairoient seuls la salle funèbre dont les fenêtres éloienl couvertes de tapis de deuil. Le curé , assisté de quelques ecclésiastiques des environs , venoit de célébrer les saints mystères. Il s'étoil avancé avec les autres prêtres vers le catafalque. La croix éloit devant lui, i'ejicens brùloit; il ré-
paudoil l'eau consacrée, el alloil prononcer les dernières prières. Le concierge , sa famille , el quelques voisins , ëloient prosternes le long des murs. Un orage qui menaçoit depuis plusieurs heures , passe au-dessus du château ; les vents mugissent autour de la salle ; le tonnerre éclate avec fracas; un bruit souterrain se fait entendre; les assistans croient sentir le parquet trembler sous eux ; une sombre terreur s'empare de leurs âmes|; le curé lui-même eiit interdit; il s'arrête; et au moment oùj cherchant à se rassurer, il veut continuer la cérémonie , un coup extraordinaire est frappé : le cercueil s'agite ; le drap mortuaire qui le couvre est soulevé ; el l'on v( il s'élever de dessous cet appareil funèbre une grande femme maigre , pâle, couverte d'étoffes noires, et dont le gesteparoît menaçant. L'effroi saisit tous ceux qui éloienl dans la salle. C est l'ombre de la comtesse qu'on a vue. On se précipite en désordre vers le vestibule;
les prêtres fuienl comme les autres; on referme la porte de la salle avec effort.
On s'arrête lorsqu'on est parvenu dans les premières pièces du château; l'effroi se dissipe insensiblement ; on se rassure un peu , on s'encourage , on veut rentrer dans la salle , on hèsile , on s'y détermine. Quelle surprise n'èprouve-t-on pas , lorsqu'on voit le cercueil recouvert de son. drap , et qu'on ne découvre , ni dans la salle ni dans les apnarlemens voisins , aucun indice de sprlie j aucune trace de l'apparition !
On lève, enlremldanl, le drap mortuaire ; OQ déplace le cercueil , on écarte les marches qui le supportent , on n'aper-; çoit aucune issue, on reste stupéfait.
On raccommode le catafalque ; le curé termine les prières sacrées, bénit les assistans , et se retire avec eux , ne pouvant se persuader, non plus que les autres prêtres, qu'il a vu l'ombre de la comtesse, et ne sachant cependant que penser d'un événe-
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ment aussi cxlraordinaire que celui dont il vieul d être le témoin. Le concierge ferme avec le plus grand soin la porte de la salle où celle scène vient de se passer, et n'ose plus y rentrer qu'accompagné de ses eufaus.
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