‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 7 sur 28 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

V I CTO R I N E venoit de s'éveiller après quelques iiistans d'un sommeil Irès-agilë. Un grand silence régnoil autour d'elle ; sa lampe s'etoil éteinte, et rien ne dissipoit l'obscurité profonde de la chambre duiis laquelle elle étoit renfermée. Une crainte vague s'empara de son âme. L'horioge sonna une heure; et bientôt après elle entendit un bruit sourd qui paroissoit venir de très-bas, et s'élever le long du mur opposé à celui que touchoit son grabat. Sa crainte augmenta; elle écouta toute tremblante. Le bruit s'éloigna, cessa, recommença, et se rapprocha de nouveau.

11 lui sembla qu'elle dislinguoil une démarche lente et pénible.

Un des panneaux d'une vieille boiserie

5S CHARLES D ELLIVAL

s'ouvre rapidement ; une foible clarté pe'nètre dans chambre , el Victoriiie voit entrer une grande feinnie velue de noir et portant une lampe allumée. Elle est près de s'évanouir; ses jeux sont fixes ; sa voix expire dans sa bouche , el sa fVajeur redouble lorsque la grande femme s'approche de son lit. — K Qui èles-vous, mon enfant ? lui dit l'inconnue ^ d'une voix très-douce ,, mais avec 1 air d'un grand ëlonnemenl. » — Viclorine voudroit ea vain répondre ; son trouble ne le lui permet pas ; son oppression est encore trop forte; tout ce qu'elle peut faire, c'est de regarder la dame dont îa jih^siotiomie exprime tant de bonté et d'intérêt , qu'elle commence à se rassurer un peu. — u Qui ctes-vous, mon enfant? lui dit de nouveau la dame, en lui prenant la main elen la lui serrant avec affecîion. » — Viclorine fait un effort sur elle-même, et lui réno;id à demi -voix. — « Une jeune orplît'line, victime d'une noire trahison, n — u Com-

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meiil ^ ous nommez-vons ? » — Victorine hésite; elle ne sait si la prudence ne lui commande pasde garder son secret; mais lin scnlin)unt involontaire l'enlraine ; elle ne peut refuser sa confiance à l'inconnue ; son effroi se dissipe; elle s'abandonne à im doux pressentiment; et, avec toute la candeur de la jeunesse et de l'innocence, elle répond d'un ton plus rassure'. — «Oa (( me nomme Victorine deSanlangëlo.— u Seriez-vous la fille de la bonne princesse « de ce nom ? — Non , madame , mais (( elle me traite avec autant d'affection que (( si elle éloit ma mère. Quelle doit être « sa douleur? elle ignore ce que je suis « devenue ; elle l'ignore peut-être long- « temps ; el mon frère qui a e'ié enlevé (( avec moi , et que l'on a renfermé dans « une tour de ce château , quelle inquié- « tude il doit donner à la priticesse ! — • « Vo're frère est ici ? — Oui , madame , « mon frère jumeau. — vJnmcau , et quel ' âge avez -vous? » — Victorine lui dit soa

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âge. hsL dame réfléchit, compte, re'fie'cliil de nouveau. — « Voire nom est-il ti bien Sanlaisgclo.^ » — Viclorine ne repond pas. u Mon enl'anl , ne me cachez (( lien; pent-éire pourrai-je servir à votre i< délivrance, ainsi qu'à celle de votre frèie; u peut - être pourrez-vous favoriser la H mienne. Ne me confondez pas avec vos u ennemis ; comme vous , je suis captive , u et puisse votre malheur ne pas durer « aussi long-temps que les miens ! C'est « à vos persécuteurs que je dois mon af- « freuse iufoilune. Vous vojez devant « vous la femme du comie Antoine de <i Voienta. Il y a déjà bien des années u qu'il a répandu le bruit de ma mort. Il u a porté mon deuil. Tout le monde m'a t( cru et me croit dans le tombeau. C'est (( dans celte demeure qu'on me suppose' « enterrée. Mon catafalque s'élève dans u une des salles de ce château, où, chaque (( année, l'on vient prier pour moi. Hier « encore, on célébroit les saints mystères

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« dans celle salle où l'on avoil élevé un « aulel , lorsque ma subile apparilion au a milieu des assislans leur a persoadé « qu'ils vojoient mon ombre , et a reni- (( pli d'eftroi lous ceux que la cérémo- « nie avoil réunis. Le comle Anloine « vous a fait enlever; c'est son avidité in- « saliahle qui lui a inspiré ce nouveau « complot; la marquise de Florenlino doit « être sa complice. Avouez tout ; on doit « avoir pris bien des précautions pour dé- «. rober votre enfance et celle de votre « frère aux dangers qui vous menaçoienl; « on aura voulu écarter de vos télés innées cenlesceux auxquelsonl succombé deux « personnes dont j'ai bien déploré la fin « tragique , Amédée de Florenlino et {( Aurore de Volenla ; votre nom n'est (( pas Santangélo ,* voire frère et vous , (( mon enfant, vous avez dû le jour au « dernier marquis de Florcn.ino , dont la « mémoire doit être si clicre à votre « bonne princesse. » — Yicloriue se jeta

dans les bras de la comtesse Anloine ; et loul paroissanl lui commander de ne riea de'guiser h sa nouvelle proleciricc, tlle ne lui laissa ignorer aucun des délails de soa histoire et de celle de son frère; elle lui parla de la famille d'Elliral ; elle lui découvrit , en rougissant, ses senlimenspour Charles, et ceux de son frère pour Adélaïde ; et toute espérance l'abandonnant tout d'un coup , que de larmes ne répandit-elle pas dans le sein de la comtesse qui, assise sur une mauvaise chaise au chevet de son lit , profondément émue de tout ce qu'elle venolî. d'entendre , tl rappelant malgré elle tous les malheurs de sa vie, pleuroit sur les jumeaux , sur Charles , et sur elle-même! Ces deux victimes, si intéressantes, auroienl bien voulu ne pas se séparer encore. Mais le jour commençoit à paroîli e , et ia comtesse craignoit dêlre surprise par le concierge , 1 1 de voir ainsi détruire ilavatice tous les projets qu'elle pourroit former pour briser ses feis q\

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ceux des trois jeunes iuforlunës. Elle embrassa sa nouvelle pupille , lui recommanda et lui promit la plus grande discrëîion, lui dit qu'elle viendroif la revoir ]a nuit prochaine, la conjura de ne pas s'abandonner au désespoir, sortit par le panneau ouvert , le referma avec soin, et s'éloigna par l'escalier de la tourelle.

A peine fut-elle sortie que Victorine s'clança de son lit, et se pre'cipita à genoux pour remercier le ciel et implorer sa boulé.

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